Et il ne faut pas nécessairement de grandes théories pour les présenter. Il suffit parfois d’un épisode de la vie quotidienne.
Lundi dernier, Karen Klein, 68 ans, surveillante de bus dans l'État de New York assurait son service. Aux Etats-Unis, il n’est pas rare de voir des personnes de cet âge encore au travail, par choix ou par nécessité. Face à elle, quelques ados entre 12 et 14 ans qui s’en prennent à elle. Pendant de longues minutes, ils lui font subir un déferlement d’invectives : "Tu n'as pas de famille parce qu'ils se sont tous tués, ils ne voulaient pas être près de toi". Les insultes pleuvent : "éléphant", "gros tas". Objet des moqueries : son surpoids, sa coiffure, son appareil auditif.
La scène a été filmée. Sur la vidéo, on voit la surveillante assise dans le bus. Elle tente de paraître indifférente avant de fondre en larmes au milieu des sarcasmes.
C’est un élève qui a filmé la scène et l’a postée sur YouTube.
Et il l’a intitulée "Comment faire pleurer une surveillante de bus". C’est loin d’être un cas isolé. Les scènes d’humiliation et de bagarres, quel que soit leur niveau de gravité, sont de plus en plus souvent filmées et postées sur le net. L’exhibition de la violence, c’est une des conséquences les plus inquiétantes de la facilité de l’accès aux technologies aujourd’hui et de la dictature de l’image.
Mais cette vidéo a aussi suscité une énorme vague de sympathie.
La scène a été vue des millions de fois. Et d’autres jeunes ont à leur tour posté des vidéos pour dénoncer un comportement qui les a profondément choqués. Celui-ci explique qu’il n’a pas l’habitude de commenter tout ce qu’il voit sur le net. Mais là, il prend la parole pour exprimer son dégoût et dire qu’il se sent obligé s’excuser au nom du groupe des jeunes de son âge.
Et ce n’est pas tout. Max, un jeune canadien a même lancé une souscription en ligne pour permettre à Karen de prendre quelques jours de vacances. L’objectif était de réunir 5000 dollars et ce matin, le montant atteint dépasse les 640 000.
Karen Klein a quant à elle expliqué sur la chaîne NBC qu’elle est très "impressionnée" par les lettres, courriels et messages sur Facebook qu’elle a reçus. "C'est un peu comme si je réalisais qu'il y avait tout un monde qui m'était inconnu jusqu'à maintenant. C'est vraiment génial".
Génial ou inquiétant, internet peut être tout à la fois, parce qu’il n’est en réalité que ce que nous en faisons. Le web, c’est nous.




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