Et que tout à coup vous envisagiez un avenir bucolique et rupestre. A l’écart d’Angela Merkel, de l’euro et de la radio. Mais hélas, cent fois hélas, avec toutes les demandes que j’ai reçues, il est aujourd’hui, je pense, suffisamment repeuplé.
Mais ça ne fait rien, j’en ai un autre. Un pas mal non plus et cette fois j’ai vu plus grand : 21 maisons, les ruines d’un château médiéval, deux fontaines miraculeuses, une chapelle du 13ème siècle, un ancien restaurant et même, en prime, une piscine du siècle dernier. Et comme le dit un lointain voisin, quelqu’un du coin, de la vallée, au moins quelques kilomètres : " C’est un lieu habité même s’il n’a plus d’habitants ".
C’est tentant. C’est en France. C’est dans le Limousin. C’est à Courbefy. Et c’est à vendre. Mise à prix : cent sous. Je veux dire, 330.000 euros : le prix, comme dit la presse parisienne, d’un studio à Paris. Bon, c’est vrai : tout ça est un peu en ruine, des pillards se sont chargé d’emporter tout ce qui pouvait s’emporter et l’électricité est à refaire et puis, avouons-le, je ne suis pas le seul sur le coup, ce hameau qui n’intéressait personne est devenu " the place to be " depuis qu’il est passé chez Jean-Pierre Pernaut. La France d’en bas perchée à 557 mètres d’altitude attire du monde quand elle passe à la télévision. En ce compris des Belges.
Peut-être d’ailleurs, selon le maire de la commune de Bussière-Galant qui accueille Courbefy, l’offre la plus stimulante : des gens venus en avril dernier en avion privé — ça se fait beaucoup ces jours-ci— afin d’y installer une centre pour handicapés. " Ils m’ont parlé de 50 emplois. Quand on me dit de telles choses, je suis dans le rêve absolu ", ponctue Bernard Guilhem, en très heureux élu.
Et c’est là qu’on se dit, voyant le sourire du maire : il y a quelque chose qui ne fonctionne décidément pas avec les vases communicants. Voilà que des Belges voudraient faire souche en France dans un village fantôme pour y loger des handicapés et y créer de l’emploi : ça c'est l'invasion sociale. Pendant que, dans le même temps, des Français, nous dit-on partout, lorgnent sur Tournai et sur la place Flagey pour éluder l’impôt et planquer leurs sous dans un pays fantoche : ça, c'est l'exil fiscal. Des fois, c’est vrai, on se demande. On se demande si finalement, c’était pas une bonne idée, les frontières.
Allez, demain on parlera des nazis grecs et on tâchera de leur trouver une île déserte, ça nous changera. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.
Paul Hermant




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