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Les parasites de l'Etat Providence

CHRONIQUES | Mis à jour le dimanche 19 février 2012 à 14h44

  • Tout d'abord, Atlas haussa les épaules. Puis, perplexe, il se gratta la tête. Les républicains actuels sont très, très conservateurs ; l'on pourrait même dire (si vous étiez Mitt Romney) sévèrement conservateurs. Les politologues qui se servent des votes du congrès pour mesurer de telles choses ont trouvé que la majorité actuelle du GOP est la plus conservatrice depuis 1879, limite au-delà de laquelle leurs estimations ne peuvent aller.

    Et ce que ces conservateurs sévères détestent par-dessus tout, c'est la dépendance aux programmes gouvernementaux. Rick Santorum déclare que le Président Barack Obama est en train de rendre l'Amérique accro à "la drogue de la dépendance". Romney prévient que les programmes gouvernementaux "engendrent la passivité et la paresse". Le représentant Paul Ryan, qui est à la tête du House Budget Committee, impose à ses employés de lire l'ouvrage d'Ayn Rand "Atlas Shrugged", dans lequel les capitalistes héroïques se battent contre les "parasites" qui essaient de voler leurs richesses totalement méritées, un combat que les héros finissent par emporter en suspendant leurs efforts de production et en faisant des discours interminables.

    Un grand nombre des lecteurs du New York Times furent ainsi surpris d'apprendre, grâce à un excellent article publié le week-end dernier, que les régions d'Amérique les plus dépendantes à la drogue qu'évoque Santorum – les régions dans lesquelles les programmes gouvernementaux représentent la partie la plus importante des revenus personnels – sont précisément les régions qui élisent ces conservateurs sévères. Est-ce que l'Amérique républicaine n'était pas censée être celle des valeurs traditionnelles, là où les gens ne mangent pas Thaï et ne dépendent pas des allocations ?

    L'article étayait sa thèse grâce à des cartes montrant la répartition de la dépendance, mais l'on obtient le même résultat avec une comparaison plus formelle. Aaron Carroll de l'Université de l'Indiana nous dit qu'en 2010, les habitants des 10 états listés comme les "plus conservateurs" par Gallup ont reçu 21,2 pourcent de leurs revenus en allocations de l'état, tandis que ce chiffre n'était que de 17,1 pourcent pour les 10 états les plus libéraux.

    Il n'y a pourtant pas de mystère quant à la dépendance des états républicains aux programmes gouvernementaux. Ces états sont relativement pauvres, ce qui veut dire à la fois que les gens ont peu de sources de revenus autres que les programmes du filet de sécurité et que davantage d'entre eux remplissent les critères des aides "soumises à revenus" tels que Medicaid.

    D'ailleurs, c'est la même logique qui explique pourquoi il y a eu un tel bond dans la dépendance depuis 2008. Contrairement à ce que Santorum et Romney suggèrent, Obama n'a pas radicalement augmenté le filet de sécurité. C'est plutôt l'état désastreux de l'économie qui a réduit les revenus et rendu ainsi plus de personnes bénéficiaires des allocations, notamment les allocations chômage. En fait, le filet de sécurité reste le même, mais davantage de personnes tombent dedans.

    Cependant, pourquoi des régions qui comptent sur le filet de sécurité élisent-elles des hommes politiques qui souhaitent le démanteler ? Je vois trois explications principales.

    Tout d'abord, il y a la thèse de Thomas Frank dans son ouvrage "What's the Matter With Kansas ?". Les Américains de la classe ouvrière sont amenés à voter contre leur propres intérêts grâce à l'exploitation que le GOP fait des problèmes sociaux. Il est vrai que, par exemple, les Américains qui vont à l'église régulièrement sont plus susceptibles de voter pour les Républicains que ceux qui n'y vont pas, quels que soient leurs revenus.

    Pourtant, comme le montre Andrew Gelman de l'Université de Columbia, la différence vraiment frappante entre le vote républicain et le vote démocrate se situe parmi les riches : les habitants des états républicains qui ont des revenus élevés sont républicains en masse ; les habitants des états démocrates ayant de forts revenus sont à peine plus républicains que leurs voisins plus pauvres. Tout comme Frank, Gelman invoque des questions sociales, mais en sens inverse. Les électeurs aisés du Nord-Est sont plutôt des sociaux libéraux qui bénéficieraient de crédits d'impôts mais qui sont révoltés par certains aspects, comme la guerre menée par le GOP contre la contraception.

    Finalement, Suzanne Mettler de l'Université de Cornell indique que bon nombre de bénéficiaires des programmes gouvernementaux semblent perdus quant à leur place dans le système. Elle affirme que 44 pourcent des bénéficiaires de la Sécurité Sociale, 43 pourcent de ceux recevant l'allocation chômage et 40 pourcent des bénéficiaires de Medicare déclarent qu'ils "n'utilisent pas un programme gouvernemental".

    L'on peut donc imaginer que dans la tête des électeurs, les promesses de sabrer les dépenses de l'état veulent dire stopper les mesures en faveur des pauvres paresseux, pas les mesures sur lesquelles eux-mêmes comptent. Et c'est une confusion entretenue par les hommes politiques de façon délibérée. Par exemple, lorsque Romney a réagi au nouveau budget d'Obama, il a condamné Obama car il ne prenait pas en compte les dépenses sociales et, dans la même phrase, il l'a attaqué car il s'en prenait à Medicare.

    Bien entendu, la vérité est que la majeure partie des dépenses sociales va aux personnes âgées, aux handicapés et aux familles qui travaillent, ainsi une quelconque baisse des allocations serait subie principalement par des gens qui sont persuadés qu'ils n'utilisent aucun programme gouvernemental.

    Le message que je retiens de tout ceci est que les experts qui décrivent l'Amérique comme un pays fondamentalement conservateur se trompent. Oui, les électeurs ont déjà envoyé des conservateurs sévères à Washington. Mais ces électeurs seraient à la fois choqués et indignés si de tels hommes politiques imposaient leurs programmes visant à réduire l'importance de l'état.

    Paul Krugman

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    • de RayKem Cher Mr Krugman, il faut relire 3 fois votre article pour comprendre les références, leurs liens et votre conclusion. La rédaction des chroniqueurs de la RTBF est souvent pénible à suivre, voire lamentable. Ne pourriez-vous vous inspirer des "bons" journalistes de la presse quotidienne? RayKem

      24-02-2012 18:22 | Répondre

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