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Le Tour de France de catch

CHRONIQUES | mercredi 27 juin 2012 à 13h33

  • Chaque année avec le mois de juillet, vient le Tour de France, vous le savez. Et comme à chaque fois, les détracteurs du cyclisme se demandent bien pourquoi continuer à regarder une course dont la plupart des vainqueurs récents ont été déclassés ou sont fortement soupçonnés de dopage.

    Trois grandes réponses possibles à cette question métaphysique. Première thèse, première réponse : celle du catch. On pourrait conclure que le public est devenu cynique, qu'il ne se soucie plus que du spectacle, reléguant l'aspect sportif au second plan, assumant le dopage finalement. C'est le cas, de manière totalement assumée, pour le catch. Pur spectacle, le catch : les catcheurs qui suintent la testostérone, les anabolisants. Le match est scénarisé d'avance, tout le monde le sait et c'est d'ailleurs pour ça que le public vient, et ça marche.

     

    Deuxième explication possible, c'est celle du télé-tourisme. Ici, le public regarde la France plutôt que les coureurs. C'est un télé-tourisme de trois semaines, une évasion pour ceux qui restent ici dans la grisaille. Dans cette explication, les coureurs servent de décor à la vraie star du Tour : les paysages de France.

     

    Troisième explication possible, celle qui à ma préférence : c'est la madeleine de Proust. Ici, la vraie star, ce n'est pas le coureur, ce n'est pas le paysage, mais la légende du Tour de France. Le public cherche à compléter une histoire qui a marqué les étés de son enfance. C'est l'éternel retour du même… Dans cette explication, ce n'est pas le décor du Ventoux qui attire le public, ce n'est pas le coureur qui sue sur les lacets du Ventoux, c'est ce qu'incarne le Mont Ventoux, la souffrance des coureurs, la mort de Simpson.

     

    Le public vient sur le Ventoux pour supporter les coureurs bien sûr, mais il vient d'abord pour toucher une part d'histoire, pour illustrer son propre souvenir. Une madeleine de Proust, donc, à chaque fois retrouvée…L'amateur a cette impression grisante que l'histoire est en train de s'écrire.

    Bertrand Henne

    Retrouvez les chroniqueurs de Regards croisés du lundi au vendredi dans le grand journal de la mi-journée sur La Première. 

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