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Le Parti de la Pollution

CHRONIQUES | vendredi 21 octobre 2011 à 21h43

  • Le mois dernier, le président Barack Obama a dévoilé un plan sérieux de relance de l'économie - encore trop loin de ce que j'aimerais voir mais c'est un pas dans la bonne direction.

    Comme prévu, les républicains l'ont bloqué. Mais ce nouveau plan d'action, associé aux manifestations du mouvement Occupy Wall Street semblent avoir changé le sujet de conversation du pays. Tout à coup, on est concentré sur ce dont on aurait dû parler depuis le début : l'emploi.

    Quel est donc le plan d'action des républicains? La réponse implique en grande partie de permettre plus de pollution. Ainsi ce que vous devez savoir est qu'affaiblir les réglementations en matière d'environnement ne permettrait que peu de création d'emplois et cela nous rendrait à la fois plus pauvres et plus malades.

    Il serait faux de dire que tous les républicains voient une pollution accrue comme la réponse au chômage. Herman Cain dit que les chômeurs sont responsables de leur sort - une affirmation qui a été accueillie par un tonnerre d'applaudissements lors du débat présidentiel de mardi.

     Cependant, Rick Perry et Mitt Romney ont tous deux placé cette question de l'affaiblissement de la protection de l'environnement au centre de leurs propositions économiques, tout comme les sénateurs républicains. Perry a avancé un chiffre précis - 1,2 million d'emplois - qui semble être basé sur une étude faite par le American Petroleum Institute, une association commerciale, qui prétend qu'ôter les restrictions sur le forage de pétrole et de gaz aura des effets favorables sur l'emploi. La même étude sous-tend les affirmations des républicains au Sénat.

    Mais cette étude, soutenue par l'industrie pétrolière, est-elle crédible pour faire de l'affaiblissement de la protection de l'environnement une stratégie pour la création d'emplois? Non.

    Une partie du problème est que cette étude s'appuie fortement sur un supposé effet "multiplicateur" dans lequel chaque nouvel emploi dans le secteur de l'énergie conduit indirectement à la création de 2,5 emplois ailleurs. Peut-être vous souvenez-vous que les républicains étaient méprisants à l'égard de ceux qui affirment que l'aide gouvernementale visant à éviter les licenciements des professeurs permet de façon indirecte de conserver des emplois dans le secteur privé. Mais j'imagine que les lois de l'économie changent dés lors que c'est une compagnie pétrolière qui embauche et non une école.

    De plus, si on prend les affirmations de l'étude pour argent comptant, elle offre bien peu de raisons de croire qu'un air et une eau plus pollués peuvent résoudre notre problème actuel de la crise du chômage. Dans ce rapport, tous les chiffres à plusieurs zéros sont des estimations pour la fin de la décennie. Le rapport prédit moins de 200 000 emplois l'année prochaine et moins de 700 000 d'ici à 2015.

    On pourrait peut-être comparer ces chiffres avec deux autres chiffres : les 14 millions d'Américains aujourd'hui sans emploi et les 1 à 2 millions d'emplois que des observateurs indépendants estiment possibles grâce au plan Obama, pas dans un futur lointain mais en 2012.

    Ainsi, plus de pollution n'est pas la voie vers le plein emploi. Mais y a-t-il un motif économique à plus long terme pour abaisser la protection de l'environnement ? Non. En fait, une analyse économique sérieuse dit qu'il nous faut plus de protection, pas moins.

    Il est important de comprendre que le fait de contrôler la pollution n'est pas dû à une sorte de dégoût esthétique pour la société industrielle. La pollution fait de vrais dégâts, mesurables, en particulier sur la santé des hommes.

    Et les hommes politiques devraient prendre ces dégâts en compte. Nous avons besoin de davantage de politiciens comme ce gouverneur courageux, en faveur de contrôles écologiques sur une centrale alimentée au charbon, malgré des avertissements que la centrale pourrait fermer ses portes, parce que " Je refuse de créer ou maintenir des emplois qui tuent les gens." En réalité, il s'agissait de Mitt Romney, en 2003 - le même homme politique qui exige aujourd'hui que l'on utilise plus de charbon.

    Quelle est l'ampleur de ces dégâts ? Une nouvelle étude réalisée par des chercheurs des universités de Yale et Middlebury a rassemblé des données venues de sources variées afin de chiffrer en dollars les dégâts causés par les différentes entreprises sur l'environnement. Les estimations sont loin d'être exhaustives puisqu'elles ne prennent en compte que la pollution de l'air et qu'elles n'essaient même pas de s'intéresser à des problèmes à plus long terme comme le réchauffement climatique. Mais même ainsi les résultats sont édifiants.

    Il semble bien que le coût des dommages crées sur l'environnement par certaines entreprises est supérieur à la somme des salaires versés et des bénéfices engendrés - ce qui revient à dire en fait qu'ils détruisent de la valeur plutôt que d'en créer. En haut de la liste, d'ailleurs, on trouve l'électricité produite par le charbon, celle là même que le Mitt Romney d'autrefois combattait. Comme le disent les auteurs de l'étude, constater qu'une entreprise provoque de forts dégâts sur l'environnement comparé à son rendement économique apparent ne veut pas dire qu'il faille fermer cette entreprise. Par contre, ça signifie que "les niveaux réglementaires d'émission des entreprises sont trop élevés". Ainsi, les réglementations en matière d'environnement ne sont pas assez strictes.

    Bien entendu, les républicains ont tout intérêt à affirmer le contraire : les entreprises à forte valeur sont concentrées dans les secteurs de l'énergie et des ressources naturelles, secteurs qui alimentant en grande majorité le parti républicain, le GOP. Mais la réalité est que davantage de pollution ne résoudrait pas notre problème d'emplois. Cela ne ferait que nous rendre plus pauvres et plus malades. 

    PAUL KRUGMAN
    © 2011 New York Times News Service

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