Sur la piste du Marsupilami
Bien avant de s’attaquer à l’univers d’Astérix, Alain Chabat nourrissait un rêve : adapter au cinéma un célèbre diptyque de Spirou et Fantasio, "Z comme Zorglub" et "L’ombre du Z" de Franquin et Greg. Mais il s’était rapidement heurté à des problèmes de budget et... de droits : Spirou est propriété des éditions Dupuis, tandis que Franquin a vendu le Marsupilami à l’homme d’affaires Jean-François Moyersoen, éditeur de "Marsu Productions". Chabat a fini par changer son fusil d’épaule, et a choisi de s’emparer uniquement du personnage du Marsupilami en bâtissant une intrigue de son cru autour de l’attachante créature.
Le fil conducteur de son film "Sur la piste..." est un tandem. D’un côté, Dan Géraldo, reporter parisien incarné par Chabat lui-même, censé rapporter un scoop de la jungle de Palombie : l’interview exclusive du chef de la tribu des Payas. De l’autre, Pablito (Jamel Debbouze), son guide roublard qui va lui parler d’une créature mythique et mystérieuse – le Marsu, bien sûr… Autour de ce duo gravite une galerie de personnages plus ou moins pittoresques : un dictateur d’opérette (Lambert Wilson) fan inconditionnel de Céline Dion, un vieux scientifique qui découvre l’élixir de jeunesse (Fred Testot), sa jeune assistante idéaliste (Géraldine Nakache), sans oublier la tribu des Payas… Tout ce petit monde va croiser de près ou de loin la route du Marsupilami.
On aurait adoré aimer ce film, tant Chabat est sympathique et y a mis tout son cœur et son amour de la bande dessinée. Mais on sort embarrassés devant ce film bancal et poussif. Comment expliquer ce rendez-vous manqué entre le génial Franquin et l’ancien humoriste des "Nuls" ? Plusieurs pistes de réflexions s’imposent…
- Le génie comique de Franquin réside à 80% dans son dessin. Prenez des gags de Gaston et imaginez-les dessinés par un auteur moins doué, la saveur disparaît. Car Franquin, c’est le maître absolu du mouvement et de l’expressivité en bande dessinée. Et c’est un dessin qui ne supporte aucune transposition, ni en dessin animé, ni en film "live" : la poésie et la drôlerie de son univers s’évaporent… Alors que dans "Mission : Cléopâtre", Chabat pouvait mettre entre parenthèse le dessin d’Uderzo pour se reposer sur le scénario très charpenté et l’humour au second degré de Goscinny. Ici, il peut juste reprendre quelques codes graphiques de Franquin : les uniformes des militaires de "Le Dictateur et le champignon", un look à la Comte de Champignac pour Fred Testot… C’est maigre.
- Le Marsupilami n’est pas un personnage principal, susceptible de nourrir tout un long-métrage. L’animal est né comme une mascotte de Spirou et Fantasio, et Franquin ne lui a consacré véritablement qu’un (magnifique) album : "Le Nid des Marsupilami". Et quand il arrête de dessiner Spirou à la veille des années 70, il se garde les droits d’utilisation du Marsupilami… Mais il le laissera finalement en veilleuse pendant près de vingt ans, se rendant compte que sa créature fonctionne mille fois mieux comme personnage secondaire aux côtés de Spirou et Fantasio que comme héros à part entière. (Quand il s’agira de lancer une série dévolue au personnage à la fin des années 80, il en délèguera d’ailleurs le dessin à un jeune assistant, Batem). Lorsque Chabat essaye de développer une intrigue avec le Marsu, il se heurte au même problème que Franquin. Résultat : la créature n’apparaît que dans dix petites minutes de son film, tandis qu’une multitude d’intrigues parallèles faites de bric et de broc sont là pour relancer l’intérêt du spectateur, mais peinent à tenir la distance.
- Sur la piste…" est un patchwork d’inspirations hétérogènes. On y trouve en vrac quelques gags vaguement franquiniens, le one-man-show habituel de Jamel Debbouze, un humour référentiel hérité des "Nuls", un soupçon de comique visuel… Et jamais ces différentes inspirations ne parviennent à se mêler en un tout cohérent et efficace. Une fois encore, Franquin ne permet pas le même traitement que Goscinny : le mélange de genres si réussi par Chabat dans "Mission : Cléopâtre" s’avère inopérant lorsqu’il l’applique à l’univers singulier et rétro de Franquin des années 1950/60, période de gloire du Marsupilami.
- Le Marsupilami n’est pas une mignonne peluche. Fourrure proprette, long cils, yeux de biche… Ce Marsupilami créé en images de synthèse, n’a pas le côté rageur, parfois "fouteur de merde" qu’il a chez Franquin, et perd de sa force dans le film.
Alain Chabat aime l’œuvre de Franquin, c’est indéniable. Mais parfois il faut savoir se tenir à distance respectueuse de ce que l’on admire. Et surtout ne pas y toucher, sous peine de l’abîmer… "Sur la piste du Marsupilami" en est un triste exemple.
Hugues Dayez




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de Alix' J'ai été voir ce film en grande admiratrice de Franquin et j'en ai été profondément deçue. Certes si l'on a jamais lu de BD où cet attachant animal apparait, le film en lui même est sympathique et les rôle bien tenus. Mais au point de vue du Marsu, outre sa forme physique qui ne représente pas vraiment son caractère, on reste sur sa faim...
18-04-2012 16:39 |
de lion MERCI, grand Merci Hugues pour cette bonne et très juste critique. Ami et voisin d'André Franquin pendant plus de trente ans je suis très exigeant et intolérant quand un des ses héros subi une contre façon. Des enfants vont peut-être aimer la peluche,moi pas.. Anecdote: Comme organisateur de grands bals à la Madeleine (Bruxelles), André a créé une affiche très drôle pour la MARSUPILANUIT du 31 décembre. Annie Cordy en sautait de joie
17-04-2012 16:40 |
de Attila m. dayez, merci pour vos critiques de films hebdos que j'écoute avec intérêt en me rasant. chaque fois j'attends impatiemment le moment où vous allez sortir immanquablement vos expressions toutes personnelles "au premier degré" ou "au second degré" et je me demande si les auditeurs vous comprennent vraiment. esk'un cinéphile se pose ces questions lorsqu'il regarde un film qui lui plaît ou ne se laisse-t-il pas croire que tout est au premier degré. autrement dit, quel est l'intérêt pour un cinéaste (metteur en scène/producteur) de chercher le second degré: brouiller les pistes, créer la confusion, égarer le spectateur sur ... une mauvaise piste du marsupilami ? j'aimerai connaître votre ais sur l'usage de ces expressions originales. merci, lol.
12-04-2012 10:56 |
de Attila m. dayez, merci pour vos critiques de films hebdos que j'écoute avec intérêt en me rasant. chaque fois j'attends impatiemment le moment où vous allez sortir immanquablement vos expressions toutes personnelles "au premier degré" ou "au second degré" et je me demande si les auditeurs vous comprennent vraiment. esk'un cinéphile se pose ces questions lorsqu'il regarde un film qui lui plaît ou ne se laisse-t-il pas croire que tout est au premier degré. autrement dit, quel est l'intérêt pour un cinéaste (metteur en scène/producteur) de chercher le second degré: brouiller les pistes, créer la confusion, égarer le spectateur sur ... une mauvaise piste du marsupilami ? j'aimerai connaître votre ais sur l'usage de ces expressions originales. merci, lol.
12-04-2012 10:54 |
de bernadette décidément nous n avons pas les memes gouts ! vous adorez Tintin de spielberg qui pour moi est Indiana Jones et pas du tout Tintin d Hergé et la vous " cassez " le marsupilami de Chabat qui est un film qui ne demande qu à distraire petits et grands et qui y parvient vu le succes dans les salles! Pourquoi cette méchanceté !?
11-04-2012 12:06 |