Pierre-Louis Basse est un ancien reporter sportif qui fit les beaux jours du ballon rond avant de s'accomplir en écrivain et de nous offrir quelques pages d'une littérature hors du commun. Le cœur du récit - sa surface de réparation- est l'histoire méconnue d'un " match invisible " dont il n'existe pas d'image, celui qui, le 9 août 1942, opposa les joueurs ukrainiens du FC Start à une sélection des meilleurs joueurs de l'Allemagne nazie.
Au stade du Zénith, les joueurs ukrainiens - souvent issus du Dynamo-, savaient que s'ils gagnaient, ils risquaient la mort. Les occupants exigent la victoire. Et pourtant, les Ukrainiens jouent et gagnent. " C'était un match à pas comptés vers la mort ", écrit Basse. Ils seront arrêtés, emprisonnés, et pour la plupart exécutés par les nazis pour le prix d'une victoire qui était une résistance. Mais avant d'en arriver là, Pierre-Louis Basse prend des chemins de traverse.
" J'ai aimé le foot comme on aime son enfance ", écrit-il. Mais ce foot était d'emblée mâtiné d'histoire car l'auteur nait et grandit dans une famille communiste à une époque, rappelle-t-il, où " le Parti Communiste représentait encore 20 % de l'électorat et où, comme il dit, sa mère Esther " ne plaisantait pas avec la construction du socialisme ". Le jeune Pierre-Louis Basse regardait donc les matchs avec les yeux d'un petit Komsomol, d'un jeune militant communiste, et ne supportait que les équipes soviétiques. Et c'est ainsi qu'il retrouva la trace de ce match du 9 août 1942.
Mosaïque de mémoire personnelle entrelacée de fragments d'histoire de la Seconde Guerre mondiale, confrontations des mots et des morts et souvenirs de cette culture communiste aujourd'hui perdue pour l'auteur mais qui a laissé des traces. Il y a des moments privilégiés pour lire un livre : pour dépasser la bourrasque médiatique de l'Euro, aujourd'hui est le temps de " Gagner à en mourir ".
Hugues Le Paige
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