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Le candidat de l'amnésie

CHRONIQUES | mardi 24 avril 2012 à 9h16

  • Mitt Romney pense-t-il vraiment que nous sommes complètement stupides? Si vous avez suivi sa campagne depuis le début, c'est sans doute une question que vous vous êtes posé un bon nombre de fois.

    Cependant, la question est apparue de façon particulièrement forte la semaine dernière lorsque Romney a tenté de faire d'une usine de placoplâtre fermée en Ohio le symbole de l'échec économique de l'administration Obama. Pour un symbole, c'en est un mais pas celui auquel il songeait.

    Tout d'abord, beaucoup de journalistes ont rapidement noté un élément que Romney avait omis de mentionner : c'est George W. Bush, et non Barack Obama, qui était président lorsque l'usine en question a fermé. La campagne de Romney s'attend-elle à ce que les Américains en veuillent à Obama pour l'échec des mesures de son prédécesseur ?

    Eh bien oui. Romney ne cesse de parler des pertes d'emplois sous Obama. Cependant, toutes les pertes d'emploi nettes ont eu lieu dans les premiers mois de 2009, c'est-à-dire avant que la moindre mesure de la nouvelle administration n'ait eu le temps de faire effet. Ainsi, le discours de l'Ohio est la parfaite illustration de la façon dont la campagne de Romney table sur l'amnésie, sur l'espoir que les électeurs ne se souviendront pas qu'Obama a hérité d'une économie déjà en chute libre. Comment l'équipe de campagne traite-t-elle ceux qui mettent le doigt sur cette réalité peu plaisante, que toutes  les pertes d'emploi "d'Obama" se sont produites avant que les mesures d'Obama n'aient fait effet ? L'argument de repli - qui fut énoncé lorsque les journalistes ont posé des questions quant à la fermeture de l'usine - c'est que même si Obama a hérité d'une économie en forte crise, il aurait dû la résoudre aujourd'hui. L'un des conseillers de Romney a déclaré que cette usine était toujours fermée à cause de l'échec d'Obama à "vraiment relancer l'économie".

    En fait, cette usine serait certainement fermée même si l'économie avait fait des progrès, le placoplâtre étant surtout utilisé dans les nouvelles habitations, car même si l'économie se remet sur pied, ce n'est pas le cas de la bulle immobilière.

    Cependant, si l'on omet le mauvais choix d'usine de Romney pour sa séance photo, j'imagine qu'accuser Obama de ne pas en faire assez pour relancer l'économie est un meilleur argument que de le blâmer pour les effets des mesures de Bush. Pourtant, ce n'est pas beaucoup mieux, puisque Romney appelle essentiellement à un retour à ces mêmes mesures de Bush. Et il espère que vous ne vous souvenez pas du fait que ces mesures ne fonctionnaient pas du tout.

    L'ère Bush ne s'est pas simplement terminée de manière catastrophique ; elle a également mal commencé. Oui, le bilan d'Obama sur le front de l'emploi est décevant, mais il est indéniablement meilleur que celui de Bush sur une période comparable de son mandat.

    Cela est particulièrement vrai si l'on regarde de près les emplois dans le secteur privé. Le chômage total des années Obama a été plombé par des licenciements massifs des enseignants ainsi que d'autres emplois d'Etat et de fonctionnaires des gouvernements locaux. Mais l'emploi dans le secteur privé a regagné presque tout le terrain qu'il avait perdu lors des premiers mois du gouvernement Obama. En comparaison avec l'ère Bush, c'est très favorable : en mars 2004, le chômage du secteur privé était encore de 2,4 millions en dessous du niveau qui était le sien lorsque Bush avait commencé son mandat.

    Ah, et où ont donc eu lieu ces licenciements massifs de professeurs ? En grande partie dans des Etats contrôlés par le GOP : 70 pourcent des pertes d'emploi dans le secteur public ont eu lieu soit au Texas soit dans des Etats dans lesquels les Républicains venaient de prendre le pouvoir.

    Tout ceci m'amène à un autre aspect de la campagne de l'amnésie : Romney veut que l'on attribue toutes les insuffisances de la politique économique depuis 2009 (et un peu de ce qui s'est passé en 2008) à l'homme en place à la Maison Blanche, et que l'on oublie à la fois le rôle des gouvernements locaux contrôlés par les Républicains et le fait qu'Obama a dû faire face à une opposition politique féroce depuis son tout premier jour à la tête du pays. En fait, le GOP a bloqué les efforts de l'administration Obama au maximum, puis a fait volte-face et a accusé l'administration de ne pas en faire assez.

    Suis-je donc en train de dire qu'Obama a fait tout ce qu'il pouvait et que ce tout aurait suffi s'il n'avait pas fait face à une opposition politique ? Bien sûr que non. Même avec les contraintes politiques, l'administration Obama a fait moins que ce qu'elle aurait pu et dû faire en 2009, surtout en ce qui concerne le logement. De plus, Obama fut un participant actif du changement d'orientation à Washington qui s'est davantage concentré sur la réduction des déficits que sur les emplois.

    Et l'administration souffre fréquemment d'excès de confiance - en prenant quelques mois de nouvelles positives comme excuses pour se reposer sur ses lauriers plutôt que d'insister fortement sur le besoin d'agir encore plus. C'est ce qu'elle a fait en 2010, elle l'a fait en 2011 et dans une certaine mesure elle fait la même chose cette année aussi. Voici donc une critique valide quant à la façon d'appréhender l'économie de la part du gouvernement Obama.

    Mais ce n'est pas la critique faite par Romney. Au contraire, il attaque Obama quasiment sur le fait de ne pas avoir agi, comme si George Bush avait effectué un troisième mandat. Est-ce que les Américains et peut-être plus important encore, les médias, ont la mémoire si courte que cette attaque pourrait fonctionner ? Je suppose que nous le saurons bientôt. 

    Paul Krugman

    Derniers commentaires

    • de SuperMaggie Le problème c'est que les américains sont encore plus cons que les français... et que le show est pour eux bien plus important que le résultat...

      24-04-2012 14:29 | Répondre

    • de erv OBAMA se trouve dans la même position que SARKOZY : il a hérité d'une situation pourrie et on lui en reproche les conséquences. La différence c'est que les médias volent au secours d'OBAMA mais enterrent SARKOZY.

      24-04-2012 12:15 | Répondre

    • de Serge Lamioul Une autre différence c'est que Obama a hérité sa situation catastrophique d'un gouvernement républicain alors que Sarkozy à hérité sa situation d'un gouvernement dont il a été ministre des finances et ministre de l'intérieur. C'est plus facile (et adroit) de dénoncer ses prédécesseurs quand on en a pas fait partie...

      24-04-2012 16:51 | Répondre

    • de Régis Nicolas Sarkozy a fait les choix qui ont mené la France dans cet abîme: cadeaux fiscaux aux grandes entreprises, fiscalité avantageuse pour les ménages les plus aisés, austérité qui prive le pays d'une relance économique, non remplacement d'un fonctionnaire sur deux qui a durablement porté atteinte à l'aménagement du territoire et qui favorise des dysfonctionnements...

      27-04-2012 10:03

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    • de SuperMaggie Le problème c'est que les américains sont encore plus cons que les français... et que le show est pour eux bien plus important que le résultat...

      24-04-2012 14:29 | Répondre

    • de erv OBAMA se trouve dans la même position que SARKOZY : il a hérité d'une situation pourrie et on lui en reproche les conséquences. La différence c'est que les médias volent au secours d'OBAMA mais enterrent SARKOZY.

      24-04-2012 12:15 | Répondre

    • de Serge Lamioul Une autre différence c'est que Obama a hérité sa situation catastrophique d'un gouvernement républicain alors que Sarkozy à hérité sa situation d'un gouvernement dont il a été ministre des finances et ministre de l'intérieur. C'est plus facile (et adroit) de dénoncer ses prédécesseurs quand on en a pas fait partie...

      24-04-2012 16:51 | Répondre

    • de Régis Nicolas Sarkozy a fait les choix qui ont mené la France dans cet abîme: cadeaux fiscaux aux grandes entreprises, fiscalité avantageuse pour les ménages les plus aisés, austérité qui prive le pays d'une relance économique, non remplacement d'un fonctionnaire sur deux qui a durablement porté atteinte à l'aménagement du territoire et qui favorise des dysfonctionnements...

      27-04-2012 10:03

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