Aller directement au contenu principal

La vie politique et l'histoire personnelle

CHRONIQUES | mardi 17 juillet 2012 à 6h34

  • Beaucoup de personnes à Washington s’indignent à propos du récent intérêt porté à l’histoire personnelle de Mitt Romney dans cette campagne présidentielle – faire des bénéfices alors que des travailleurs souffrent, son rôle très ambivalent au sein de Bain Capital après 1999, son refus tout aussi mystérieux de rendre publiques ses avis d’imposition avant 2010.

    Certains s’indignent que l’on puisse présenter cette élection comme les riches contre les autres. D’autres encore s’emportent contre la personnalisation : pourquoi ne pas simplement parler politique ?

    Et aucun de ces groupes ne vit dans la réalité.

    Tout d’abord, l’élection concerne fondamentalement – à proprement parler et en termes politiques – les riches contre les autres. Voici les faits : l’ancien président George W. Bush a imposé de forts crédits d’impôts en faveur des revenus les plus hauts. Il en résulte que les impôts des très riches sont actuellement les plus faibles depuis 80 ans. Le Président Barack Obama propose de laisser s’éteindre ces forts crédits d’impôts estampillés Bush ; à l’inverse, Romney propose davantage de crédit d’impôts pour les gens riches.

    Au sommet, l’impact serait très important. Selon des estimations du Tax Policy Center, qui est non partisan, le plan de Romney, comparé à celui d’Obama,  réduirait les impôts annuels payés par les membres du 1 pourcent le plus riche de 237 000 dollars ; ce chiffre s’élève à 1,2 million de dollars pour le 0,1 pourcent le plus riche.

    Il ne faut pas s’étonner que les événements visant à récolter des fonds pour Romney dans les Hampton attirent tellement de donateurs enthousiastes qu’il y a eu des embouteillages de voitures de luxe.

    Qu’en est-il de tous les autres ? Selon ce même organisme, les crédits d’impôts de Romney augmenteraient le déficit annuel d’environ 500 milliards de dollars. Il prétend qu’il y pallierait en supprimant des niches fiscales, de telle façon que la charge fiscale ne soit pas supportée par la classe moyenne – mais il a refusé de donner des détails et il n’y a aucune raison de le croire. Si l’on se montre réaliste, ces forts crédits d’impôts pour les riches seraient compensés, à un moment ou  un autre, par des impôts plus élevés et/ou des prestations plus faibles pour les classes moyennes et les gens pauvres.

    Ainsi que je l’ai dit, cette élection est, au sens propre, les riches contre les autres, et cela serait rendre un bien mauvais service aux électeurs que de prétendre le contraire.

    En ce cas, pourquoi ne pas mener une campagne basée sur cet état de fait et ne pas se soucier de l’histoire personnelle de Romney ? En bref, soyons réalistes !

    Voyons, les électeurs ne sont pas des experts en politique qui se nourrissent des analyses du Tax Policy Center. Et lorsqu’un homme politique – disons, Obama –avance des chiffres dans un discours, il se trouve toujours un politique du camp adverse pour le contredire. Comment les électeurs sont-ils donc censés savoir qui dit la vérité ? En fait, plus tôt dans l’année, des groupes de discussion ont refusé de croire qu’un homme politique pouvait prendre une telle posture lorsqu’ils ont pris connaissance des mesures proposées par Romney.

    Dans un monde meilleur, l’on pourrait peut-être compter sur les media pour faire le tri dans ces affirmations contradictoires. Pourtant, dans notre monde, la plupart des électeurs tiennent leurs informations de bribes entendues à la télévision, qui ne contiennent quasiment jamais la moindre trace d’analyse politique. Les journaux offrent certains articles d’analyse – mais ces articles, dans un désir de paraître "équitables" répètent trop souvent le style des discours politiques "il a dit/elle a dit". Croyez-moi : vous verrez très peu d’analyses de journalistes disant que Romney propose de gigantesques crédits d’impôts pour les riches, avec aucune autre compensation plausible que des coupes dans les prestations de tous les autres – même si c’est la vérité pure et simple. Au contraire, vous verrez des articles rapportant que "voilà ce que disent les démocrates" à propos des propositions de Romney, accompagnés de citations contradictoires émanant des républicains.

    Comment la campagne d’Obama peut-elle alors sortir de ce brouillard politique et médiatique ? En parlant de l’histoire personnelle de Romney et de la façon dont l’histoire résonne avec la réalité de ses propositions politiques en faveur des riches et allant à l’encontre des classes moyennes.

    C’est pour cela que les charges à l’encontre de Romney et de son désir d’amener le taux d’imposition des riches à un taux historiquement bas sont en parfaite cohérence avec son extraordinaire bilan d’évasion fiscale – tellement extraordinaire qu’il est à l’évidence effrayé de laisser les électeurs prendre connaissance de ses avis d’imposition avant 2010. L’accusation également vraie selon laquelle il soutient des mesures qui bénéficieraient aux riches aux dépens des travailleurs américains lambda concorde avec le bilan de Bain qui faisait d’énormes profits alors même que les employés souffraient – un bilan tellement austère que Romney tente de s’en éloigner en partie en insistant sur le fait qu’il n’a rien à voir avec ce qu’a fait Bain après 1999 et ce même si l’entreprise le présente comme le PDG et unique propriétaire jusqu’en 2002. Et ainsi de suite.

    Ce qu’il faut comprendre c’est que parler de l’histoire personnelle de Romney n’est pas une diversion pour ne pas vraiment parler politique. Au contraire, dans un monde politique et médiatique fortement allergique au contenu, parler de Bain et des comptes bancaires à l’étranger est la seule façon de mettre les vrais problèmes politiques en lumière.

    Et nous devrions applaudir, et non condamner la campagne d’Obama de résister à ces indignations.

    Paul Krugman

    Derniers commentaires

    • de C. Léonard pour de l'argent ...n'y a-t-il pas moyen de trouver qq millions dans la construction d'une gare qui n'a pas besoin d'être remplacée . a réfléchir.

      17-07-2012 10:57 | Répondre

    Signaler un abus

    Une erreur a eu lieu, veuillez essayer plutard. Merci, votre remarque sera prise en compte dans les plus bref délais.
    1000 caractères max
    • de C. Léonard pour de l'argent ...n'y a-t-il pas moyen de trouver qq millions dans la construction d'une gare qui n'a pas besoin d'être remplacée . a réfléchir.

      17-07-2012 10:57 | Répondre

    Signaler un abus

    Une erreur a eu lieu, veuillez essayer plutard. Merci, votre remarque sera prise en compte dans les plus bref délais.
    1000 caractères max

Chroniques