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La souris grecque

CHRONIQUES | jeudi 21 juin 2012 à 8h16

  • C'était donc vrai. Les dessins animés qui montraient des éléphants terrorisés par une souris, ce n'était pas que de la blague. Comment je le sais? il suffit de regarder l'éléphant de l'économie mondiale debout sur la table tremblant devant une minuscule souris grecque.

    Une souris grecque qui représente 2% des richesses produites dans toute la zone Euro. Une souris grecque qu'à mon avis, il y a 3 ans encore, au Japon ou au Mexique, on avait bien de la peine à placer sur une carte. Et aujourd'hui selon l'éléphant de l'économie mondiale, c'est cette souris grecque qui est la cause quasiment de la fin du monde annoncée. Lundi encore au G20, les pays émergents et les Etats-Unis ont engueulé les Européens. "mais qu'est ce que vous foutez avec cette crise grecque? mettez y un terme quoi".

    Le monde entier connaît désormais tout de ce petit pays, de ses armateurs chouchoutés, de son église non imposée, de ses îles aux 700 faux aveugles qui veulent toucher les indemnités, de sa situation sociale digne du moyen âge. Depuis des années, les Européens savaient que la Grèce filait du mauvais coton mais personne n'a cru que ce petit pays les mettrait tous en danger. Et l'éléphant de l'économie mondiale se croyait invulnérable ou en tout cas ne croyait pas qu'il serait terrassé par la souris grecque. Et ça en dit long sur la manière dont les économies sont désormais entrelacées. Les pays émergents, et les Etats-Unis peuvent bien hurler que les Européens sont des incapables, la crise d'abord bancaire puis économique est partie des Etats- Unis avec la faillite de Lehman Brothers.

    Contagion européenne.

    A l'époque les Européens découvraient avec une certaine horreur qu'ils ne savaient rien de leurs banques qui pourtant venaient leur réclamer une aide massive. A l'époque, les Européens creusaient leur dette pour venir en aide à leurs banques avant de voir les banques et les marchés leur reprocher de s'être endettés. Mais à l'époque, la situation grecque était toujours classée par les Européens dans la catégorie des "légères inquiétudes" sans plus. Qui peut bien avoir peur d'une souris? On le voit aujourd'hui: tout le monde. Et l'on ne peut que sourire en entendant en France ou ailleurs certains politiques vouloir revenir à un certain protectionnisme. Mais c'est trop tard, on est dans la même barque. On ne peut que sourire en entendant les mêmes refuser que leurs banques soient surveillées non pas par un superviseur national mais qu'elles soient sous la surveillance d'un superviseur européen qui verra... peut être.. arriver les ennuis plus tôt que quand la banque est au bord du gouffre et qu'il faut que tous les contribuables s'endettent pour la sauver. Peut-être, sans doute, que les Américains ont mieux réglé la crise que nous l'avons fait mais ils ont aussi connu leur psychodrame quand il a fallu rehausser le plafond autorisé de leur dette, les agences de notation, plutôt anglo-saxonnes gardent les Américains à l'oeil et rien n'est réglé là bas. Alors si la souris grecque pouvait juste au moins permettre à l'éléphant de se remettre un peu en question, on n'aurait pas tout perdu.

     

    Anne Blanpain

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