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La déprime des Belges

CHRONIQUES | lundi 18 juin 2012 à 12h52

  • La semaine dernière, la RTBF a publié une enquête sur le bien-être psychologique des Belges, en collaboration avec le journal Le Soir et Solidaris, les Mutualités socialistes. Le tableau est sombre. Le moins qu'on puisse dire, c'est que les Belges n'ont pas le moral.

     8% des Belges déclarent avoir déjà tenté de se suicider : 10% souffrent d'angoisse, d'anxiété, de dépression ; 45% craignent de tomber dans la précarité ; 57% sont inquiets pour l'avenir de leurs enfants et 57% également ont besoin d'un accompagnement psychologique. N'empêche qu'il y a un paradoxe. Je veux bien qu'il y a la crise de l'Euro, la dette, pour ce qui nous concerne en Belgique, eh bien une NVA qui caracole dans les sondages, mais enfin les magasins et les restaurants ne désemplissent pas ; voitures, GSM, électro-ménagers, Internet, bientôt c'est les vacances - Thomas Cook et le Club Med affichent complets.

    Nous vivons beaucoup mieux que nos parents et nos grands-parents. Rappelons-nous qu'il y a encore 40 ou 50 ans, beaucoup n'avaient pas de sanitaires à la maison, ne mangeaient pas de la viande tous les jours, et quand on partait en vacances, c'était souvent dans le fond du jardin, quand il y en avait un. Et pourtant, eh bien, ils étaient plus heureux.

     

    Actuellement à Liège se tient une exposition sur les Golden Sixties (" J'avais 20 ans en 1960 ") qui montre bien ce paradoxe : une monde exténué après deux guerres mondiales effroyables, qui entrait à peine dans la société de consommation et qui pourtant débordait d'énergie, de confiance et d'imagination.  Alors comment, comment expliquer cela ? En fait, cela montre bien le ressort psychologique principal de l'être humain : c'est l'espoir. Peu importe finalement ce que je suis, quelle est ma situation présente, ce qui compte, c'est demain, c'est comment je me projette dans le futur.

     

    Ce qui nous rend heureux, c'est l'idée toute simple que demain sera meilleur, que nos enfants vivront mieux que nous. Celui qui se trouve dans une situation sociale pénible, eh bien, s'il a confiance dans l'avenir, s'il pense que ses enfants vivront mieux que lui, eh bien, celui-là sera bien dans sa peau, il n'aura pas besoin d'aller chez un psy. 

     

    A l'inverse, même quelqu'un qui vit bien, confortablement, comme c'est le cas de la majorité d'entre nous, s'il est persuadé que demain sera sombre et que ses enfants vont descendre dans l'échelle sociale, eh bien, celui-ci sera stressé ou dépressif. Et c'est le point où nous en sommes. On ne vit pas trop mal, mais on pense que l'avenir est bouché d'où la souffrance psychologique de nos compatriotes. Mais c'est partout pareil en Occident. Le marché des antidépresseurs, dans le monde, c'est plus de 20 milliards de Dollars, autant que ce qu'il faudrait pour éradiquer la faim dans le monde.  Le budget consacré aux stupéfiants, plus de 700 milliards de Dollars et celui de la publicité, plus de 1.000 milliards de Dollars : des sommes colossales uniquement pour traiter notre mal être (l'addiction, l'envie, le stress).

     

    Le secrétaire général de Solidaris, Jean-Pascal Labille, qui a commandité cette enquête, tire la sonnette d'alarme : il faut revoir dit-il, notre système de Sécurité sociale pour prendre en charge ces milliers de personnes au bout du rouleau ; mais il faut aussi changer la société en profondeur, changer nos modes de vie, de consommer, de travailler.

     

    Tout le monde en convient, mais en attendant, eh bien, on continue à consommer, à s'endetter, à concocter des plans d'austérité, et tout cela pour nous permettre, demain, de consommer, de nous endetter, de concocter de nouveaux plans d'austérité. Alors on comprend Marie Laure, l'angoisse des papas et des mamans de nos chères têtes blondes qui commencent aujourd'hui leur CEB, quelle pression sur leurs petites épaules.

     

    Mais allez, Monsieur se détendra ce soir en regardant l'Euro de Foot et Madame en surfant sur Facebook mais pas sûr que ça les rende plus heureux !

    Edouard Delruelle

    Retrouvez les chroniqueurs de Regards croisés du lundi au vendredi dans le grand journal de la mi-journée sur La Première.

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