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La culture est une idée neuve en Europe

CHRONIQUES | jeudi 14 juin 2012 à 17h45

  • Nous vivrons sans aucun doute un week-end méditerranéen et je ne parle pas du temps météorologique qui nous sera attribué, je parle des embruns politiques qui viendront à coup sûr bousculer doute nos nuages d’averses.

    On est là-dessus assez formel car on n’est plus dans la prévision depuis longtemps : l’a-t-on jamais été ?, c’est la question et c’est sans doute aussi le problème. Alors bien sûr, nous aurons les yeux tournés vers Athènes, ses élections et cet Alexis Tsipras et son parti Syriza qui font trembler l’Europe et que François Hollande a récemment refusé de recevoir : la France ces temps-ci préfère les tweets, c’est une question culturelle.

    Et justement, par la grâce de ces réseaux sociaux, une interview parue dans le journal " Le Temps " de Genève nous est arrivée tout à l’heure sur nos écrans et elle parle précisément de cela : elle dit que la situation de la Grèce n’est pas structurelle mais culturelle.

    Le philosophe qui s’y exprime s’appelle Stelios Ramfos : ce n’est pas un perdreau de l’année, il a 73 ans — quand il parle il remplit à Athènes des salles entières — et il dit cela que " la Troïka (vous savez les envoyés de l’Union europénne, du FMI et de la BCE chargés de mettre la Grèce sur notre ordre de route) aurait mieux fait de s’entourer d’anthropologues ou de philosophes, au lieu de s’enfermer dans les ministères ".

    Les Grecs ne sont pas gens de raison mais de sentimentalisme, dit-il. Religieusement orientés vers un présent tout puissant et un avenir d’apocalypse : “Vous parlez aux Grecs du salut de leur Etat, alors qu’eux sont obsédés par le salut de l’âme. Comment vous faire comprendre? "…

    Et de cette interview passionnante qui concerne un pays dont on apprenait hier qu’il avait encore la fabuleuse somme de deux milliards d’euros en caisse jusqu’au 20 juillet, on déduisait qu’effectivement, la culture était décidément une idée neuve en Europe. 

    On veut dire qu’il faut annoncer aux Européens qu’aucun plan économique ne tiendra jamais si l’on ne consulte pas les poètes. " En Grèce, la Troïka doit changer d’interlocuteurs : rencontrer ceux qui écrivent, qui font vibrer l’âme grecque " ajoute encore Stelios Ramfos.

    C’est étrange, mais les richesses de l’Europe se sont fondées sur le nomadisme de ses élites et les croisements culturels qu’il provoquait. Depuis que l’Europe n’est plus un continent mais un espace économique, qui voit-on encore voyager aujourd’hui sinon les sans papiers et les étudiants en Erasmus ? Qui va encore rencontrer les poètes et d’ailleurs qui les connaît ?

    Il y avait un Grec, un Domenikos Theotokopoulos, né en Crète au 16ème siècle, il n’était pas poète mais peintre et mieux connu sous le nom de " El Greco ". C’est un surnom espagnol qui décrit un artiste qui a fait ses classes en Italie. Il en aurait eu des choses à dire, sans doute, sur cette Méditerranée qui cherche à se refinancer et qui sombre. Aujourd’hui encore, il inspire la peinture contemporaine, c’est dire s’il aurait pu aider à, comme disait Stelios Ramfos, " nous faire comprendre "..

    Alors, ce week-end, on pense qu’on enverrait bien un tweet à l’Europe : " Recherche Greco désespérément ". Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.

    Paul Hermant

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