A entendre les discours socialistes et libéraux de ce 1er mai, un observateur étranger aux avanies politiques de notre pays aurait eu bien de peine à imaginer que ces deux-là gouvernent ensemble depuis 13 ans ! Et qu’ils viennent ensemble de se mettre d’accord sur un plan d’austérité de plus de 13 milliards !
Et encore ce débat ne concerne que la partie du sud du pays, la Flandre aura connu un 1er mai des plus classiques. Là-bas, pas de débat sur le " vrai " travail, l’assistanat ou le chômage. En Flandre, qui vote à plus de 80% à droite et qui reste relativement épargnée par le chômage, la fête du Travail ne fait pas débat, même si le Vlaams Belang a lui aussi organisé son 1er mai.
Il y a clairement en Belgique francophone, la contagion du débat français et la volonté du Mouvement Réformateur de lutter contre l’hégémonie socialiste en Wallonie. C’est déjà cette logique d’affrontement qui prévalait chez Louis Michel lorsque, président du PRL, il organise les premières fêtes libérales. C’est devenu à présent tout le dilemme et le paradoxe du MR : tant Didier Reynders que Charles Michel tentent de cliver le paysage politique francophone, jouent la confrontation avec le PS, mais gouvernent sans cesse avec lui et viennent d’adopter avec les socialistes le plus grand plan d’austérité depuis la guerre. Ces remarques valent également pour les socialistes qui attaquent le libéralisme mais gouvernent avec lui, dénoncent les " diktats " européens mais les font appliquer chez nous ! Et à ce petit jeu, le PS a sans doute plus à perdre que le MR. Les libéraux sont en effet exonérés de toute concurrence à droite et pour l’instant, la petite Fédération Wallonie-Bruxelles est épargnée par le vaste courant populiste qui se propage en Europe.
Par contre, par sa participation et sa position centrale dans un gouvernement que d’aucun voit de " centre-droit ", le PS prend des risques sur sa gauche. La base de la FGTB commence à renâcler à suivre sans regimber le parti-frère même si à la tête du syndicat, on préfère un PS au pouvoir qui peut peser sur les orientations politiques. Toutefois, on sent poindre à gauche du PS une nouvelle volonté politique qu’Ecolo n’arrive pas à incarner. L’extrême-gauche belge a disparu du champ parlementaire avec le Parti Communiste dans les années 80 et on n’en a souvent retenu depuis que l’éclatement en mini-partis. Le repositionnement médiatique du PTB permet à présent aux ex-maoïstes de disposer de relais. Le relatif succès de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle a redonné quelques espoirs à cette " gauche de la gauche ".
Mais ce 1er mai aura été celui de toutes les illusions. PS et MR, en perte de vitesse dans les sondages, ont ressenti le besoin de réaffirmer leur personnalité, à cinq mois du prochain scrutin, tout en tentant de faire oublier qu’ils sont condamnés à gouverner ensemble, jusqu’en juin 2014… au moins.
Philippe Walkowiak




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