Mais cette fois, les règles du jeu et le contexte ont changé.
Les règles du jeu tout d'abord: jusqu'à présent, les Européens signaient et ratifiaient des traités ... européens. Logique me direz-vous et les traités européens ont besoin de l'unanimité pour entrer en vigueur. Quand un Etat disait non, tout le monde se précipitait à son chevet; "qu'est ce qu'on peut faire pour toi? que te faut-il pour dire oui?". Il fallait renégocier, ou amender ou oublier comme on l'a fait avec la Constitution après les non français et néerlandais.
Le pacte budgétaire ce n'est pas un traité européen, c'est un texte signé par 25 états, la République Tchèque et la Grande-Bretagne n'en ont pas voulu.
Et comme ce n'est pas un texte européen officiel, les 25 ont changé les règles: il suffit de 12 oui pour qu'il entre en vigueur.
Les Européens inquiets
Les Européens préfèrent cependant un oui irlandais. Parce que cela ferait mauvais genre d'avoir un "non" au seul référendum organisé sur le sujet. Le "non" irlandais serait sans arrêt brandi par les opposants au Pacte budgétaire dans tous les autres pays qui ne passent pas par le référendum.
Mais officiellement un non ne bloquerait rien.
D'autant que rejeter ce pacte qui organise la discipline budgétaire ne signifie pas échapper à l'austérité, une bonne partie de ce qui se trouve dans le texte a déjà été adopté par les Etats dont l'Irlande sous forme de directives ou de règlements. Bien sûr, le Pacte contient la fameuse règle d'or qui empêche quasiment à l'avenir tout déficit. Dire non signifierait échapper à cette règle d'or mais l'Allemagne a tout prévu.
Les Etats qui ne ratifieraient pas ce Pacte ne pourront pas accéder aux financements du Mécanisme Européen de Stabilité (le fonds de secours de la zone Euro).
L'Irlande a déjà obtenu des prêts à hauteur de 85 milliards d'euros, ceux là ne seraient pas remis en cause en cas de non. Mais l'Irlande aura peut être encore besoin d'un p'tit coup de pouce de ses partenaires dans les mois qui viennent. Et pour cela il faut dire oui. Aujourd'hui ou plus tard, parce que le référendum d'aujourd'hui pourrait en cas de "non" être suivi d'une autre consultation plus tard.
Alors ce référendum présenté par le Premier ministre irlandais comme "l'occasion de renforcer le lien entre l'Union européenne et l'Irlande" ressemble surtout à un choix entre la peste et le choléra. Donner l'impression d'approuver une austérité présentée comme LA solution ou se priver d'une aide future sans doute incontournable qui de toutes façons ira de pair avec une austérité.
Anne Blanpain




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