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Génie électrique?

CHRONIQUES | jeudi 5 juillet 2012 à 12h08

  • Bras-de-fer entre le gouvernement belge et Electrabel (GDF-Suez). Deux réacteurs fermeront à Doel, un autre à Tihange sera prolongé de 10 ans. Les Français refusent de se laisser dicter leur conduite. Melchior Wathelet menace de nationalisation.

    Verra-t-on les hommes du 4ème bataillon du Génie d’Amay, tout proche, s’emparer en avril 2015 de la centrale nucléaire de Tihange pour la garder en fonctionnement, au grand dam d’Electrabel et de son actionnaire GDF-Suez ?

    Le secrétaire d’Etat à l’Energie, Melchior Wathelet (CDH) a effectivement laissé entendre[1] que le gouvernement belge ne céderait pas au chantage de GDF-Suez et que le plan adopté en comité ministériel restreint serait respecté : fermeture des réacteurs de Doel 1 et 2 avec une prolongation de Tihange de 10 ans avec en sus, une mise en concurrence plus large du marché de l’électricité en Belgique.

    Il y a enfin une vision claire d’une sortie partielle du nucléaire mais sera-ce suffisant ?

    Les  " soucis " (ou le véritable débat) remontent au premier gouvernement Verhofstadt né des élections de juin 1999 : les chrétiens-démocrates sont écartés du pouvoir et les écologistes grands triomphateurs du scrutin. Pour les faire monter rapidement à bord d’une coalition, socialistes et libéraux leur concèdent la sortie du nucléaire. La loi de sortie du nucléaire ne sera finalement concédée que du bout des lèvres en 2003, quelques mois avant les élections qui entérineront une déroute des Verts. Et donc par la suite, le nouveau gouvernement Verhofstadt, sans les Ecologistes, ne se précipitera pas pour préparer la sortie du nucléaire. Il n’y avait aucune volonté politique et le lobbying d’Electrabel restait puissant. La crise politique de 2007, le gouvernement Leterme puis Van Rompuy sans programme, la crise bancaire de 2008, la profonde crise politique de 2010-2011 bloqueront toutes les initiatives même si Paul Magnette, ministre de l’Energie a obtenu quelques avancées comme le versement de la rente nucléaire.

    Le secteur électrique en Belgique a toujours été très puissant, le privé disposant d’un monopole de fait que leur offraient les pouvoirs publics. Après-guerre, pour éviter une nationalisation comme en France, Italie ou Grande-Bretagne, les sociétés Unerg, Intercom ou Ebes (où l’on retrouvait la Générale ou GBL notamment)  ont su se concilier les bonnes grâces des partis politiques. Toutes les communes ou provinces touchaient d’importants dividendes de leurs participations dans ces sociétés. C’est aussi ce monopole de fait qui allait faire des prix de l’électricité en Belgique, l’un des plus élevés d’Europe. Avec la crise pétrolière de 1973, la Belgique basculait dans le nucléaire (le taux le plus élevé après la France). Les autorités laissaient un blanc-seing au secteur privé. Les problèmes sont apparus avec la prise de contrôle de la Générale par Suez en 1988 et ensuite par la stratégie du groupe français qui est venu perturber le compagnonnage entre le monde politique belge et son secteur électrique.

    C’est donc à présent l’affrontement, chacun défendant ses propres intérêts. Mais la situation actuelle n’est jamais que le résultat d’une non-gestion politique d’un secteur stratégique pendant de trop nombreuses années associée à des gouvernements de coalition où il est toujours très périlleux de choisir une option claire.

    Sera-ce le cas en 2015 ? A voir…

    Philippe Walkowiak

    [1] Dans Matin-Première ce 5 juillet http://bit.ly/MWaAlX

     

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