C’était assourdissant, les sons venaient de partout en même temps, il y avait de l’écho et jamais de silence. A Florange, chez Arcelor, ça couvrait même le bruit des aciéries en train de fermer.
La France d’en bas est en souffrance, nous dit-on aujourd’hui, une fois les urnes dépouillées, comme un corps social qu’on aurait autopsié. La sous-France souffre de ne savoir vers qui porter ses douleurs et à qui présenter ses écrouelles. On se précipite à son chevet. On l’ausculte. On dit : cette souffrance est exogène, elle est due aux autres. Au monde, à l’étranger, à la concurrence qui mangent l’identité, insécurisent la sécurité et dévorent le travail.
On entendait hier Nicolas Sarkozy, par exemple, comme à court de mots pour haranguer le labeur et la sueur. Répétant sa réponse à la sous-France : le travail, le travail, le travail. Et encore, du véritable travail ! Du dur, du vrai, du tatoué, du travail qui se lève tôt et se couche tard ou ne se couche même pas comme le soleil sur l’empire de Charles-Quint.
Ah ça : le véritable travail, c’est celui du travailleur qui gagne plus que le travailleur qui ne travaille plus ! C’est cela qu’il proclamait, le candidat en promouvant sa fête du vrai travail, son rassemblement laborieux du 1er mai.
Hé bien, je vais vous dire : il y a encore du travail ! Car tout à l’heure, je lisais ceci, un courrier des lecteurs, un courrier des électeurs même dirions-nous : “J’habite à Idron, un village du 64 (ce sont les Pyrénées-Atlantiques, du côté de Pau, je précise). Village tranquille, exclusivement résidentiel. C’est un peu un village dortoir entre les deux plus grosses sociétés du coin. Les maisons y sont complexes, la terre est hors de prix, les jours y sont paisibles. On a tendance à dire qu’Idron c’est chic et huppé. Côté sécurité, je pense que l’acte de délinquance le plus grave de ces 10 dernières années a été commis par une vache qui, avec sa queue, a tué de sang froid les trois mouches qui lui tournaient autour.
Aujourd’hui j’ai découvert que 10,7 % des votants de ma commune ont donné leur voix à Marine Le Pen. 299 personnes résidentes dans ces quartiers chics où il fait plus que bon vivre ont voté Front National ".
On lit cela et on se dit : bien sûr, ce n’est pas nouveau que les plus grosses secousses se mesurent au plus loin des épicentres. Il y a eu par le passé des exemples célèbres de villages sans étrangers, sans chômage, sans délinquance, mais avec la télévision.
Cette France profonde et nantie qui travaille calmement au fin fond des quartiers résidentiels ne semble pourtant intéresser ni n’inquiéter personne. Elle sait pourtant mieux que quiconque sans doute faire la distinction entre un choix et une sanction.
Et l’on se dit alors que peut-être que la vraie campagne à gagner, c’est la campagne résidentielle. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.
Paul Hermant




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de nsx Il faut quand même préciser que le village mentionné (Idron) est mitoyen d'un important site où sont implantés de nombreux "gens du voyage". Le vote de la population s'explique aussi par cela.
25-04-2012 11:30 |
de Cat de Bordeaux Excellent !! C'est tellement vrai !!
25-04-2012 02:19 |