Il est 2h44 du matin. De mon petit observatoire discret dans le bunker du 16, rue de la Loi, j'observe mes collègues épuisés par une attente du Graal interminable, le sauvetage de Dexia. L'une d'entre elles s'est couchée directement sur le sol dans l'espoir de grappiller quelques minutes de sommeil. Mais visiblement, malgré la moquette, c'est trop dur. Un autre pianote comme un forcené sur son iPhone dernier cri (le 4S, adieu Steve !) et j'entends les pauvres petits cochons tués par les oiseaux. Les initiés comprendront. Deux autres discutent de tout et de rien, surtout de rien. Trois ou quatre consultent leurs mails, des fois qu'ils en auraient reçus beaucoup depuis 2 heures. Qui sait? Madame ou Monsieur les attend peut-être patiemment dans le grand lit conjugal en leur envoyant des courriers torrides.
Et qu'attendons-nous tous? La bonne parole d’Yves et de Didier. Tout de suite, un peu plus tard ou encore un peu plus tard, ils vont venir nous annoncer l'heureux événement, la renaissance de Dexia, ou plutôt la "re-renaissance" de Dexia cette banque où personne n'a compris que la crise repasse toujours deux fois.
Aïe, un bruit. Derrière moi le gardien de la sécurité arrive. J'ai indument mobilisé son PC où il regardait "Pirates des Caraïbes III" en streaming. Sympa le gars, il me laisse continuer à rédiger cette petite chronique. Pourtant il n'a pas l'air plus frais que moi. Merci !
Tiens, un mail de Dexia! Enfin le communiqué de presse qui va tout nous dire du point de vue de Laurel Mariani et de Hardy Dehaene. Zut, c'est du pur "Zean-Luc" dans le texte. Trois mots pour annoncer une conférence de presse à 9h. Cela valait bien la peine de poireauter depuis des heures devant la tour Dexia place Rogier à Bruxelles.... Notez que tout en haut de la même tour, les 18 administrateurs de Dexia n'en finissent pas de faire leurs comptes, de vérifier les chiffres. Dame, ce n'est pas tous les jours que l'on dépèce un grand groupe binational. Pas de raison de se presser, Mesdames, Messieurs. Dîtes, vous n’avez pas une pensée pour les malheureux journalistes qui poireautent sous la pluie?
Allez, je laisse mon nouveau copain à son film car en bas cela s'agite. Allez donc, vont-ils enfin arriver Yves et Didier. Pour une fois, j'ai vraiment envie de les voir.
Michel Visart




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