C’est au Brésil qu’ils ont eu cette idée,au pays de Rio plus 20. C’est un programme pour les prisons surpeuplées, suivez mon regard. Quelque chose de totalement révolutionnaire. De parfaitement nouveau. Il s’agit en effet de lire des livres. Des œuvres du patrimoine littéraire, philosophique ou scientifique. Et d’en lire douze par an, exactement. Chaque lecture donnant droit à quatre jours de réduction de peine. Et donc à 48 au maximum par an, car si on lit on peut aussi compter.
Pour les esprits chagrin ajoutons : il y a un examen et des règles. Quatre semaines au maximum par ouvrage et, à la clé si on ose, une dissertation " respectant l'usage des paragraphes, de l'orthographe, des marges et lisiblement présentée " ainsi que le précise officiellement le Journal officiel brésilien. Et puis un jury décide.
J’en vois sourire. Ceux-là n’ont qu’à aller voir aux Etats-Unis où l’on lit Steinbeck ou Jack London en prison et où des détenus vont en parler sur les campus universitaires. Là aussi, lire conduit à une réduction de peine. C’est né d’une discussion entre un prof et un juge, un truc autour de la réinsertion, les récidivistes, comment faire, à quoi ça sert… Le prof, Robert Waxler, dit alors : "Mettons huit ou dix taulards autour d'une table, donnons-leur des bouquins à lire, discutons-en avec eux. Et pour qu'on ne vienne pas nous taxer de facilité, choisis-moi des types coriaces."
Ça fonctionne depuis 15 ans et là, c’est six livres en douze semaines qu’il faut lire pour échapper à la prison ferme ou obtenir une réduction de peine. Et là, aussi, il y a un examen. Et des sanctions. Certains, pour n’avoir pas lu un livre ont été renvoyés en prison, raconte un conseiller d’insertion.
C’est très étrange : ce sont les juges qui parlent littérature avec ceux qu’ils ont condamnés, des durs, des tatoués. Et c’est aussi très efficace. Là où le taux de récidive moyen est de 45%, celui des détenus lecteurs est de moitié moindre. Et puis c’est peu couteux : 400 euros et quelque par détenu et par an. Mais le plus intéressant, c’est que l’on finit par aimer vraiment lire. Les histoires de rédemption par la lecture sont assez édifiantes, en tout cas, elles sont plus performantes que les douches de merde de la prison de Mons.
Je dis cela, c’est juste pour dire que ça pourrait intéresser un pays, enfin pardon une " fédération ", où, comme le révélait hier une enquête, 28% des habitants sont des désengagés culturels. Qui n’écoutent rien, ne sortent pas au théâtre ou au cinéma et ne pianotent même pas. Alors, lire… Faut faire gaffe, ce serait idiot d’attendre d’être en prison pour commencer, si jamais il y avait encore des bibliothèques…
Mais si je dis cela, c’est surtout pour dire : le massif, c’est une fois qu’on le contourne qu’on voit la mer, les allumeurs de réverbères et le retournement de la colère. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.
Paul Hermant




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