Jusqu’à présent, l’attaque des charlatans de la fiscalité a surtout été un problème national plutôt que le problème des états, avec Paul Ryan, le président de la House Budget Committee, comme exemple principal. Comme le savent les lecteurs réguliers de cette chronique, Ryan a acquis une certaine réputation d’un faucon intransigeant en matière de fiscalité, en dépit de propositions budgétaires qui, bien loin d’être centrées sur la réduction des déficits, portent surtout sur le fait d’alléger les impôts pour les riches tout en réduisant les aides pour les pauvres et les moins chanceux. En fait, une fois que l’on ôte "l’astérisque magique" de Ryan – les affirmations selon lesquelles il augmentera les recettes fiscales et abaissera les dépenses tout en refusant de préciser de quelle manière – il nous reste des projets qui augmenteraient la dette fédérale plutôt que de l’alléger.
L’on peut dire la même chose de Mitt Romney, qui prétend qu’il équilibrera le budget mais qui propose surtout actuellement des crédits d’impôts gigantesques (pour les grandes entreprises et les riches, évidemment) ajoutés à une promesse de ne pas toucher au budget de la défense.
Ainsi, Ryan et Romney sont tous deux de faux faucons du déficit. Et la preuve de leur supercherie n’est pas simplement leur faible niveau en mathématiques ; c’est le fait que malgré leur soi-disant inquiétude quant aux trous dans le budget, cette inquiétude n’est pas suffisante pour les amener à abandonner quoi que ce soit – vraiment rien du tout– que leurs appuis financiers et eux-mêmes veulent.
Ils sont prêts à arracher la nourriture de la bouche des bébés (littéralement, de par des coupes dans des programmes cruciaux d’aide à la nutrition) mais c’est un point positif selon leur point de vue – le filet de sécurité sociale, affirme Ryan, ne devrait pas devenir un "hamac qui berce les gens valides dans une vie de dépendance et de complaisance ". Cependant, maintenir de faibles impôts sur les profits et les gains de capitaux, et faire encore des crédits d’impôts sont sacrosaint.
Pourtant, Ryan et Romney jouent à l’échelle nationale. Est-ce que les gouverneurs républicains, qui doivent gérer de réelles contraintes budgétaires, sont différents ? Eh bien il y a eu de nombreuses affirmations en ce sens ; Christie a en particulier été largement cité en exemple, lui-même n’a pas été le dernier à le faire – comme un homme politique prêt à faire des choix difficiles.
Pourtant la semaine dernière nous l’avons vu se trouver face à un choix difficile – et à part crier sur les gens, il s’est montré fidèle à l’image habituelle d’un charlatan de la fiscalité.
Voici les faits : depuis quelques temps Christie fait du racolage avec ce qu’il nomme le "retour du New Jersey". Même avant sa dernière sortie, il était difficile de voir de quoi il parlait : certes, il y a eu des créations d’emplois dans l’état des McMansion (ndlt : terme d’argot désignant des demeures de taille excessive) depuis que Christie est en poste, mais il est resté à la traîne à la fois sur le plan national et par rapport au Connecticut et à New York, qui sont les deux points de comparaison évidents.
Pourtant, Christie est inflexible sur le fait que le New Jersey est sur la voie du retour et que cela laisse libre cours, vous l’aurez deviné, à des crédits d’impôts qui bénéficieraient aux riches de façon disproportionnée.
Voici la dure réalité de la semaine dernière : David Rosen, l’analyste indépendant et non partisan du budget de l’état, a dit aux législateurs que l’état faisait face à un découvert de 1, 3 milliard de dollars. Comment le gouverneur a-t-il réagi ?
Il a tout d’abord attaqué le porteur du message. Selon Christie, Rosen – un défenseur de longue date du service public qui offre des prévisions budgétaires souvent plus pertinentes que celles du bureau du gouverneur – est "le Docteur Kervokian des chiffres". Des amabilités, donc ! (ndlt : Jack Kervokian était un médecin américain connu pour sa pratique de l’aide au suicide lors de cas médicaux très graves)
D’ailleurs, même les membres du cabinet de Christie prédisent un déficit très important, mais pas aussi énorme. Et les deux agence de notation que sont Moody’s et Standard & Poor ont récemment averti le New Jersey quant à l’état de son budget, que S&P a décrit comme " structurellement déséquilibré " à cause des assomptions optimistes du gouverneur à propos des revenus fiscaux.
Ainsi, le New Jersey est toujours en très mauvaise posture fiscale. Notre gouverneur au discours si dur est-il prêt à revoir ses déficits d’impôts chouchous ? Laissez tomber. Il veut plutôt combler les trous avec des trucs budgétaires à usage unique, y compris revenir sur sa promesse de réduire les emprunts pour l’investissement dans les transports et détourner à d’autres fins les fonds prévus pour des programmes d’énergie propre. Tu parles d’une fiscalité responsable.
Est-ce que les caprices budgétaires de Christie vont mettre un terme aux spéculations selon lesquelles il pourrait devenir le compagnon de campagne de Romney ? Je ne sais pas. Mais cela n’a vraiment pas d’importance. Qui que Romney choisisse, il ou elle sera ravi d’aller dans le sens de la ruine du budget, aller à l’encontre des mesures à la Robin des Bois qui vont arriver si l’ancien gouverneur l’emporte.
La droite américaine moderne ne se soucie pas des déficits, et ne s’en est jamais préoccupée. Tous ces discours à propos de la dette n’étaient que des prétextes pour attaquer Medicare, Medicaid, la Sécurité Sociale et les coupons alimentaires. Quant à Christie, eh bien il n’est qu’un charlatan de la fiscalité de plus, que l’on reconnaît à son affection pour les invectives.
Paul Krugman




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