Longtemps, le couvent des Clarisses de Malonne n’échappait guère à l’image suggérée. Et c’est précisément pour cela, quand bien même le lieu n’a ni les séductions architecturales ni le prestige de certains autres établissements du même genre, qu’il attirait régulièrement des civils qui choisissaient de s’y abstraire un instant de l’agitation et du bruit du monde.
Donc, le silence. Ce silence-là, jusqu’au moment où la dizaine de sœurs qui vivent à Malonne une vie contemplative choisirent d’y accueillir Michelle Martin qu’elles connaissaient notamment parce que l’une d’elles, obéissant aux sollicitations de sa vocation, correspondait régulièrement avec elle et lui rendait visite en prison. Puisque accueil il y a, faut-il vraiment rappeler qu’il intervient au terme d’un parcours judiciaire obligé qui a vu le tribunal d’application des peines de Mons, conforté par la Cour de Cassation, juger que la libération conditionnelle de Michelle Martin était aujourd’hui possible.
Seulement voilà, à partir de là s’est développé un feuilleton plutôt agité qui a nourri la chronique journalistique jusqu’à ses derniers jours, mobilisant activement la presse d’ici et même d’ailleurs. Pages spéciales, titrailles majuscules, envoyés spéciaux devant la prison ou le monastère aux portes également fermées, interviews de certaines victimes de Dutroux, rencontres de juristes, de religieux, de consciences, interventions politiques plutôt consensuelles ; si l’on excepte la controverse assez déplaisante autour de la notion de peines incompressibles entre le MR et le PS -il est vrai-, sur fond de campagne électorale, on ne peut en douter.
Et tout cela sans compter, bien entendu, les multiples réactions de ce qu’on nomme "l’opinion publique " sollicitée tant et plus. Réactions navrées, graves, impulsives, cédant même ici et là à des pulsions populistes, confondant dangereusement vengeance et justice. Comme on était loin alors, en tout cas, de l’esprit de la marche blanche de jadis, qui ne rappelait vraiment pas, par exemple, la violence de ce groupuscule qui cherchait à caillasser le couvent de Malonne, transformé pour un temps en camp retranché.
Tiens, les Clarisses entendaient-elles la rumeur à ce moment-là ? Ont-elles vu les images de ces braillards musclés, suant la haine devant leur refuge ? Eh bien, on ne le saura pas, pas plus qu’on ne peut deviner comment elles se confrontent désormais au lourd secret de Michelle Martin. Le bruit multiple de l’extérieur se heurte ainsi au silence d’au-delà les murs clos. Un mur du silence, en somme, qui, mieux sans doute que n’importe quelle autre défense, protègera ce lieu, jusque-là calme, d’un paisible village connu surtout, il faut bien le dire, pour abriter la tombe du Frère Mutien-Marie.
Il n’empêche, tout cela, en fin de compte, dit aussi combien, décidément, le traumatisme né de l’affaire Dutroux est toujours dramatiquement présent. Avec leurs manières très diverses de réagir, les " parents ", comme on disait alors, l’ont aussi rappelé. Les uns en enchainant les mots douloureux comme autant de cris, les autres en s’enfermant, au contraire, dans le silence. Cet autre silence, seul capable peut-être de contenir leur interminable douleur.
Pierre Delrock




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de Un parmi d'autres couvent ≠ monastère.
10-09-2012 11:40 |