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A quoi nous assistons...

CHRONIQUES | mercredi 2 mai 2012 à 17h53

  • Il n’y avait qu’un premier mai et maintenant il y en a trois. Il voulait trois débats mais il n’y en aura qu’un. Ça, c’est la France comme elle va.

    Et comme nous la suivrons sans doute tout à l’heure — car nous autres d’outre Quiévrain aimons beaucoup, en effet, toucher du doigt les ors de la République —  comme nous la suivrons donc sur le coup de 21 heures, sur les écrans, lorsque la télévision redeviendra une agora.

    C’est le cas tous les cinq ans maintenant lorsque la controverse présidentielle prend sa place publique, si même ce que l’on guettera, ce sera surtout l’impréparé et l’impromptu, en supposant qu’il y en ait, tant il semble que la parole soit contingentée, le vocabulaire affûté, la posture imposée et l’image composée.

    Et c’est pourquoi, nous qui assisterons à ce face à face — qui ferons donc partie de l’assistance —nous attendrons impatiemment le premier moment où sera prononcé le mot " assistanat ". On veut bien parier qu’il montrera sa tête dans ce débat. Car il s’agit là, indubitablement, d’un mot très en cour pour l’instant.

    On le prononce pour stigmatiser et pour disqualifier. Il met à l’écart, il montre du doigt. L’assistanat, c’est un peu l’antonyme de courage, de dévouement ou d’effort. C’est assez curieux, parce que c’est assez précisément ce que cela veut pourtant dire. Car— le croiriez-vous ?— l’assistanat, c’est justement d’abord un métier de courage, de dévouement et d’effort.

    Le glissement du sens de ce mot interroge. L’assistanat, en effet, c’était ce dans quoi se lançait en début de carrière un postulant — un novice, un débutant — qui voulait connaître un métier en se portant aux côtés d’un maître et en l’aidant — en l’assistant — dans sa pratique. Un métier de l’ombre demandant, on le conçoit aisément, bien des sacrifices, du sang-froid et de la prise sur soi…

    Il existe des assistants à l’université comme au cinéma, comme en médecine. Et aussi à la radio. Il existe même des maîtres assistants, c’est dire. Car voilà et c’est le moindre de ses paradoxes, l’assistanat demande une certaine maîtrise. De sorte que " assistanat ", finalement, ça rime bien mieux avec " artisanat " qu’avec " se croiser les bras ".

    C’est pourquoi, tout à l’heure, sur le coup de 21 heures, nous aurons une pensée toute particulière pour ces candidats assistés et pour tous leurs assistants qui les auront aidé à contingenter leur parole, à affûter leur vocabulaire, à imposer leur posture imposée et à composer leur image. Allez, belle soirée et puis aussi bonne chance.

    Paul Hermant

     

     

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