Le président du Rassemblement Wallonie France (RWF), Paul-Henry Gendebien, n'est pas surpris par les résultats du sondage selon lequel la moitié des Wallons se verraient bien français. "Au RWF nous avons toujours été convaincus que la logique institutionnelle belge conduisait à sa perte", a-t-il commenté.
Paul-Henry Gendebien souligne que la question posée aux sondés était de savoir s'ils envisageaient un rattachement à la France en cas de disparition de la Belgique. "Habituellement, on demande aux sondés s'ils sont favorables au rattachement à la France. Or, comme les gens n'aiment pas le changement, la majorité répond négativement. A partir du moment où la question implique de toute façon un changement, ils laissent parler leur coeur plus librement", note -t-il.
Il relève aussi que le "comportement de la classe politique belge et plus spécialement wallonne avec les 'affaires' et l'absence de solution économique fait réfléchir". "Les gens se disent qu'ils ne vont pas confier leur sort à une classe politique indigène qui a fait les preuves de son incompétence. Les vieux sentiments refoulés apparaissent maintenant", a-t-il ajouté.
Quant à l'attitude des Français dont 60% se disent ouverts à un rattachement de la Wallonie, Paul-Henry Gendebien reconnaît que les dirigeants français sont tenus par des aspects diplomatiques et par un devoir de réserve. "Ils ne feront rien pour accélérer les choses mais le moment venu ils savent qu'ils devront se prononcer et sont dès lors très attentifs à notre situation politique".
"Au RWF nous avons toujours été convaincus que le système institutionnel belge conduisait à sa perte. On nous a toujours raconté des salades comme quoi nous étions un modèle pour l'Europe. On nous a toujours trompés avec du politiquement correct. En fait, nous sommes un exemple de ce qu'il ne faut pas faire. Les compromis à la belge sont la somme des mécontentements et ne font que conduire à de nouvelles frustrations", note encore Paul-Henry Gendebien.
Il donne en exemple la demande flamande de scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Or, dit-il, cet arrondissement ne concerne que la Chambre. Si les Flamands obtiennent gain de cause, dans quelques mois ils viendront nous dire qu'il n'est pas possible qu'un habitant de Zellik puisse voter pour un francophone sur les listes pour le Sénat ou pour le Parlement Européen. "C'est une histoire sans fin qui finira par des incidents et alors tout le monde jettera les bras au ciel et les autres pays européens viendront régler notre problème comme ils l'ont fait en 1830 en se disant qu'on ne peut pas nous laisser seuls jouer avec les allumettes".
Selon un sondage Ipsos réalisé pour Le Soir et La Voix du Nord, 49% des Wallons sont favorables à un rattachement à la France en cas d'éclatement du pays. 31% y sont "plutôt favorables" et 18% "tout à fait favorables".Ces résultats montrent une forte progression de cet état d'esprit sur quelques mois: une enquête de l'UCL réalisée entre le 10 octobre 2007 et le 15 janvier 2008, évaluait la proportion des Belges en faveur de cette issue à 29%. D'après le sondage Ispos, 60% des Français sont favorables à cette idée de rattachement. 23% des Wallons pensent par ailleurs que la Belgique va disparaître, contre 59% qui pensent le contraire. Enfin, les Wallons sont quasiment unanimes sur la gravité de la crise que traverse le pays. Ils sont en effet 93% à l'estimer grave, dont 49% la voient comme "très grave".
Le MR Daniel Ducarme a estimé, à la vue de ces résultats, qu'il s'agissait d'une véritable rupture des mentalités. "Les Belges étaient habitués au compromis mais ils constatent qu'il n'est plus possible d'en faire. Ils se disent que ce qu'on risque de négocier ne sera de toute façon qu'un emplâtre sur une jambe de bois et ils envisagent dès lors d'autres voies. C'est plus qu'un changement de mentalités. C'est une rupture", note le député MR. Et d'ajouter que cette évolution est "aussi un message pour les hommes politiques flamands".
Daniel Ducarme a créé en janvier 2006 un groupe de réflexion "Energies réformatrices" et dans ce cadre il a présenté une "proposition de loi organique" visant à créer une "Belgique française" qui comprendrait la Région Wallonne, la Région de Bruxelles-Capitale, les communes de l'arrondissement Hal-Vilvorde et des provinces flamandes dont la population aurait décidé, par référendum, de rejoindre la Belgique Française. Ce pays sera institué en "collectivité territoriale autonome" au sein de la République Française. La Belgique Française se gouvernerait librement et démocratiquement, par ses représentants élus et par la voie du référendum local.Â