Pour Estelle Cantillon, les milieux politiques ont été tout simplement dépassés par la procédure mise en place. "La procédure a été mal conçue. L'idée était que les parents s'inscrivaient dans toutes les écoles qui les intéressaient. Quand il y avait trop d'inscriptions dans une école, on tirait au sort. Donc en tant que parent, la meilleure stratégie c'était d'inscrire son enfant dans toutes les écoles acceptables. Et c'est ça qui a causé la bulle". A Bruxelles, les écoles ont reçu 2,5 demandes par place disponible.
Pour la chercheuse, on aurait pu et on aurait dû demander aux parents dès le départ de choisir un ordre de préférence, comme la ministre Simonet le fait maintenant dans une lettre envoyée aux parents.
Pourquoi vouloir à tout pris réguler les inscriptions ?
Estelle Cantillon rappelle que cette volonté vient d'un dur constat. "Le politique s'intéresse à la mixité à cause des études Pisa réalisées dans les pays de l'OCDE. Ce qui était frappant en Communauté française, c'était la diversité des performances: il y avait les très bons élèves et les très mauvais. L'ascenseur social ne fonctionnait pas en Belgique. La Belgique est avant-dernière, devant la Hongrie dans l'OCDE".
Donc, explique la chercheuse, l'idée était d'essayer de réduire cette homogénéité en donnant à chacun la même chance et en utilisant les inscriptions. "Il y a deux motivations pour cela. L'une est de dire qu'il y a de bonnes écoles, avec les privilégiés, et de mauvaises écoles. Et il faut s'assurer que les élèves moins favorisés aillent aussi dans les bonnes écoles. Et deuxièmement, c'est prouvé scientifiquement, c'est parfois une bonne idée de mélanger les élèves de différents niveaux, parce que cela pousse les plus faibles sans vraiment influencer les meilleurs".
Une administration centralisée
Estelle Cantillon estime que le tirage au sort n'est pas nécessairement une mauvaise idée. Mais la procédure doit être repensée. Le deuxième décret inscription, du ministre Dupont, a été recalé par Conseil d'Etat parce qu'il manquait des critères objectifs de décision pour les écoles. Pour la chercheuse, c'est possible d'en trouver. "On pourrait dire, par exemple, que tous les parents qui se rendent à une rencontre avec le directeur sont éligibles parce qu'ils adhèrent au projet pédagogique de l'école. Chaque parent soumettrait alors ses préférences et pourrait nommer trois écoles de son choix ou plus. Et puis il faut centraliser les inscriptions, comparer les listes, au niveau des bassins de vie. Car un élève de Bruxelles ne va pas dans les écoles d'Arlon. Il faut des commissions de coordination par bassins de vie, comme à Gand".
Ce que préconise la chercheuse est donc bien le maintien d'un tirage au sort, mais couplé avec l'établissement par les parents d'une liste de préférences et l'administration centralisée par bassins de vie des inscriptions. Car, selon elle, la Communauté française, qui faisait figure d'exception dans le monde, ne pourra pas faire marche arrière et rendre une totale liberté de choix aux parents...
(J.C., avec B. Henne)
Commentaires
Moi, cela me fait toujours rire de parler du "laisser le libre choix des parents". En réalité, c'est laisser "le libre de parents aisés du Brabant Wallon"! En effet, dans l'ancien système, où était le libre choix des familles plus défavorisées?
De toute façon, il est indéniable que les pays ayant le meilleur enseignement sont ceux où le choix n'est pas permis et l'enseignement identique partout (cfr. la Suède et la Finlande)! Et ne venez pas me sortir que c'est dû aux écoles privées de ces pays: il n'y en a quasi pas.
Dans le créneau : Faites ce que je dis mais pas ce que je fais......il serait très intéressant de savoir où tous ces gens pro décret et tirage au sort mettent leurs enfants!!!!!!
Afin de rendre crédibles leurs propos ,pourquoi n'inscrivent ils pas leurs rejetons dans ces écoles à discrimination positive,l'exemple doit venir d'en haut,non?
Inscriptions: "Le tirage au sort n'est pas une mauvaise idée". Effectivement, c'est une TRES mauvaise idée. Personne n'avait rien demandé. Est-ce tellement difficile de reconnaître que c'était mieux AVANT et de jetter aux oubliettes ce décret à la c... ?
Ami(e)s Belges Bonjour.
"L'Avenir dépend du présent, le présent du passé."
L'avenir des enfants est relatif aux décisions des adultes. C'est un jeu de loterie. Qui est l'enfant, qui est l'adulte?