Plan de lutte contre la radicalisation: 1000 policiers supplémentaires d'ici 2019

Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) a présenté ce vendredi en conseil des ministres le plan fédéral de lutte contre la radicalisation, qui intègre notamment les mesures prévues dans le fameux Plan Canal.

Ce plan prévoit donc de confier à la police locale de huit communes – sept communes bruxelloises et Vilvorde – des missions de renseignement et de surveillance de lieux et de personnes suspectées radicalisées ou en voie de radicalisation.

Pour ce faire, le gouvernement a annoncé un renfort policier de 1000 hommes supplémentaires d'ici 2019, dont près de 300 dès 2016 et plus de 500 agents supplémentaires en 2017.

On apprend par ailleurs que le plan de lutte contre la radicalisation n'est pas seulement un "Plan Canal" exclusivement bruxellois, comme s'en inquiétait le bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode Emir Kir (PS). L'enjeu est bien "national et international" et ne se limite pas à cette seule zone de la capitale.

Mais elle fait malgré tout l'objet d'un traitement particulier et verra, à terme, son effectif policier renforcé de 300 personnes, pour un montant total de 39 millions d'euros.

La réserve fédérale sera elle majorée de 185 hommes et la police judiciaire de 96 personnes, dont 73 pour les différents parquets et 23 pour l'unité chargée du screening des personnes via Internet. Enfin, 139 personnes rejoindront la Direction des Unités Spéciales (DSU) et seront chargées des missions d'observation, d'écoute, etc.

Et, pour la Sûreté de l'État, 50 inspecteurs supplémentaires, 10 analystes, 6 officiers de liaison et 7 inspecteurs de screening supplémentaires seront engagés grâce à un bonus de 4,6 millions d'euros.

Côte belge, aéroports, suivi des imams...

Le plan de lutte contre la radicalisation intègrera également un contrôle des frontières aux aéroports: 35 agents seront ainsi détachés à Zaventem et à Gosselies.

La Côte belge n'est pas non plus en reste puisque la police de la navigation sera renforcée de 40 personnes, tout comme l'unité mobile de screening.

Côté matériel, le ministre annonce l'installation de 260 caméras sur les autoroutes, tandis que pas moins de 200 personnes supplémentaire s'attacheront à traiter et analyser les images récoltées.

L'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM) sera pour sa part renforcé de 16 personnes (700 000 euros injectés), tandis 30 nouvelles personnes rejoindront le Centre de crise et 15 autres seront dévoués à la mise en place du Passenger Name Record (PNR – l'enregistrement des données sur les passagers en déplacement au départ de la Belgique); le tout grâce à un montant de 4,6 millions d'euros.

L'État investira 11,2 millions d'euros en 2017, dans les outils informatiques à la base de la récolte et de l'analyse du renseignement de sécurité.

Notons encore :

  • 3,3 millions d'euros sont également dégagés pour le "suivi des imams et des mosquées par le SPF Justice via un financement du culte islamique";
  • 6,9 millions d'euros seront alloués aux prisons permettant l'engagement de 72 personnes pour la gestion des terroristes et des radicalisés en détention;
  • 2,1 millions pour le personnel de sécurité des ambassades "à risque"
  • 12,8 millions en matière de santé publique en vue de mettre en place des dispositifs et des ressources "nécessaires en cas d'un besoin urgent de grand ampleur"

Un plan ambitieux, mais aussi coûteux puisqu'il intègre des investissements atteignant au total 298 millions d'euros, sur les 400 qui avaient été rendus disponibles pour la lutte contre la radicalisation et le terrorisme.

"Nous avons mobilisé des moyens"

Le gouvernement s'en félicite évidemment, comme en témoigne le Premier ministre Charles Michel (MR): "Nous avons mobilisé des moyens comme je m'y étais engagé devant le Parlement, à la fois pour renforcer les capacités de nos services de renseignement, militaire et civil, faire aussi en sorte que l'on ait la capacité d'investir dans la technologie – des banques de données ADN par exemple –, faire en sorte que l'on puisse mieux organiser les signalements de la zone Schengen, un meilleur partenariat avec les pays voisins, la France par exemple, mais pas seulement...".

Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon avait, au lendemain des attentats de Paris en novembre dernier, dit vouloir "faire le ménage à Molenbeek". Passé le temps de l'émotion, c'est un plan rationnel qui est aujourd'hui proposé.

"C'est un message, mais aussi des décisions, répond le chef du gouvernement. Et les décisions, elles sont là : 39 millions d'euros pour soutenir un plan spécifique dans certaines endroits où nous pensons qu'il y a un peu plus de difficultés; 300 millions d'euros mobilisés pour soutenir nos magistrats, nos services de renseignement... Ça, c'est la réalité, c'est ce qui compte. Mais il ne faut pas se voiler la face : il y a manifestement, contre l'Europe, une organisation qui a décidé de semer la terreur, de semer le drame, et nous devons réagir, préventivement, mais aussi répressivement."

Et Molenbeek n'est d'ailleurs, rappelle-t-il encore, pas l'unique terrain de ce combat contre le radicalisme et le terrorisme : "On a considéré qu'il y avait une priorité dans une zone qui a été définie, qui a été arrêtée, mais il ne faut pas se tromper : nous annonçons 39 millions d'euros spécifiquement dédicacé, mais nous annonçons au total 300 millions d'euros mobilisés pour l'ensemble du pays. Plus de moyens policiers, plus de moyens pour les unités spéciales, plus de magistrats, plus de capacités pour le renseignement."

"Mais chacun a aussi observé, et cela a été conforté par des critères objectivés, qu'il y a quelques zones plus spécifiques où nous avons le sentiment qu'il faut agir encore un peu plus fort, encore un peu plus vite".