Vote électronique aux élections de mai 2014: PwC n'a pas débusqué le bug

Vote électronique aux élections de mai 2014: PwC n'a pas débusqué le bug
Vote électronique aux élections de mai 2014: PwC n'a pas débusqué le bug - © Tous droits réservés

On connait, enfin, tout le processus qui a conduit au gigantesque bug du vote électronique du 25 mai dernier : c'est une bonne vieille histoire de code source informatique. C'est la société Stésud qui a rédigé le code du logiciel responsable du comptage des voix. Mais c'est PricewaterhouseCoopers (PwC) qui devait contrôler ce code. Et le bug lui a échappé. Ce problème a mené à l'annulation de 2000 votes répartis dans 8 cantons bruxellois et 14 cantons wallons. Une nouvelle pièce s'ajoute au dossier des problèmes du vote électronique.

Le 25 mai dernier, des incidents informatiques ont émaillé les élections fédérales, régionales et européennes.

Un bug s'est produit quand un électeur changeait d'avis en cours d'opération, plus précisément quand l'électeur commence par voter nominativement pour un candidat et un effectif d'une liste, puis se ravise, modifie son choix sans passer pas la touche "annuler", en décochant les cases et en optant ensuite pour un parti avec un numéro inférieur.

Dans ce cas, son premier choix n'a pas été effacé. Et le second, le bon, n'est pas enregistré. Pour résoudre ce problème, une fois identifié, la cellule élections du SPF Intérieur avait demandé aux bureaux concernés d'annuler purement et simplement ces votes, estimant que leur nombre, 2000 environ, était insuffisant pour avoir eu un effet sur le scrutin.

Conséquences : cela avait retardé les résultats, et surtout un siège aurait pu aller à Vivant au lieu du CSP à Eupen en communauté germanophone, car 14 voix séparaient les deux partis et 20 voix ont été rejetées, et ailleurs, à Ixelles et Schaerbeek, le bug a peut-être affecté la répartition des sièges entre membres d'une même liste : un candidat a été envoyé au parlement plutôt qu'un autre sur les listes PS, où l'attribution de certains sièges s'est jouée à dix voix près.

L'erreur provient de la réécriture d'un programme destiné à tourner sur les deux systèmes en usage lors de ces élections.

Un co-responsable: PricewaterhouseCoopers

Outre ces problèmes, des disquettes (support encore utilisé pour transférer les données en 2014) n'ont pu être lues. Suite à diverses nouveautés informatiques introduites pour ce scrutin, des électeurs se sont retrouvés avec la mauvaise carte, leur donnant par exemple accès à une élection où ils n'avaient pas droit de vote, c'est le cas d'Européens qui ont eu accès aux européennes mais aussi aux régionales et aux fédérales. La technique du scanning du bulletin de vote imprimé dans le nouveau système SmartMatic a aussi entraîné des différences entre les décomptes électronique et manuel... Bref la liste des erreurs est longue et variée.

Tous ces cafouillages ont fait l'objet d'une enquête. Fin juin 2014, un collège d'experts a pointé du doigt les déficiences du programme informatique fourni par la société Stésud. Son rapport, accablant, avait déjà apporté de l'eau au moulin de ceux qui critiquent le vote automatisé.

Mais mercredi dernier, le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon (N-VA), révélait dans sa réponse au député Ecolo Benoit Hellings, que la vérification technique et la validation des logiciels de voté électronique n'avait pas détecté le bug, en l'occurrence deux lignes de code mal rédigées par la société Stesud.

Cette validation est du ressort d'une société agréée (par le SPF Intérieur) mais choisie et rémunérée comme le prévoit la loi par le fournisseur du logiciel lui-même. Il existe 4 sociétés agréées en Belgique dont PwC, choisie par Stesud. Jan Jambon précise que leur mission comprend le contrôle des codes sources des logiciels, ce qui permet à Benoit Hellings de conclure que PwC a bien failli à sa mission et "est donc co-responsable du bug informatique du mois de mai".

PriceWaterhouseCoopers, c'est l'une des plus grandes sociétés d'audit au monde. Et ce qui interpelle, c'est la relation entre les principaux acteurs de ce bug. C'est Stésud lui-même qui choisit et paie celui qui doit le contrôler, PwC. Pour Benoît Hellings, cela pose question : "Il faut une solution, où à la fin, n'importe quel citoyen pourrait recompter et contrôler les votes. C'est le cas du vote papier. Faut-il payer si cher pour un système informatique qui offre aussi cette possibilité ?"

Les prochaines élections sont prévues en 2018. Il y a un beau débat en perspective.

@jfherbecq avec Himad Messoudi

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