Transversales: comment Bruxelles est devenue la cible des terroristes le 22 mars

Transversales: comment Bruxelles est devenu la cible des terroristes le 22 mars?
Transversales: comment Bruxelles est devenu la cible des terroristes le 22 mars? - © Tous droits réservés

En février 2016, un sommet entre Charles Michel et Manuel Vals consacré au terrorisme se tient à Val Duchesse. Il évoque les enquêtes suite aux attentats de Paris et signe la fin du "Belgium bashing". Il recentre aussi le débat sur l'enjeu essentiel: arrêter Salah Abdeslam et ses complices. Car au fil des mois les victimes du 13 novembre et leurs familles ne comprennent pas comment l’unique fuyard des attentats de Paris demeure introuvable en Belgique. La population s’exaspère à mesure que les médias mettent au jour des " failles " dans les enquêtes.

Ecoutez le reportage radio (Transversales)

Dans les deux pays des commissions d'enquête sont désignées pour faire la lumière sur les circonstances des attentats. La pression sur les enquêteurs s’accentue au fil des semaines. L’important désormais est de parvenir à trouver rapidement Salah Abdeslam.

Le cercle des suspects

Depuis le 13 novembre pourtant les enquêteurs travaillent sans relâche, trois caches des terroristes de Paris ont été découvertes en Belgique : Auvelais, Charleroi, Schaerbeek. Les indices recueillis ont permis d’identifier de nouveaux suspects. Parmi ceux-ci les frères Khalid et Ibrahim El Bakraoui, deux délinquants au parcours inquiétant. L’un d’eux n’a pas hésité déjà à tirer à l’arme lourde sur la police. Pour les besoins de l’enquête, leurs noms sont gardés secrets.

Rue du Dries, une planque " froide "

Les enquêteurs suivent la trace des deux frères. Ils ont découvert que Khalid a loué avant le 13 novembre la cache de Charleroi mais aussi un mois après Paris, sous un autre faux nom, l'étage d’une maison située rue du Dries à Forest. Les compteurs de gaz et d’électricité ont été fermés fin février 2016. Les enquêteurs pensent la maison inoccupée. Une équipe d’enquêteurs belges et français se présentent sur place pour perquisitionner mais les unités spéciales n'ont pas été mobilisées. L'arrière de la maison n'est pas surveillé. A peine ont-ils ouvert la porte de l'appartement qu'ils sont accueillis par des tirs à l'arme lourde. Deux occupants parviennent à s’échapper par l'arrière. Quatre policiers seront légèrement blessés dans l'opération. Le tireur est abattu.

La traque de Salah Abdeslam à Bruxelles

Les enquêteurs apprennent qu’un des deux fuyards n’est autre que Salah Abdeslam. Tout est mis en œuvre pour le retrouver. Il va commettre une erreur en appelant son cousin Abid Aberkan. Salah Abdeslam n’a plus d’endroit où se cacher. Son cousin accepte de l’héberger chez sa mère rue des quatre vents à Molenbeek. Durant trois jours, des observations vont permettre de retrouver sa trace.

La fin de quatre mois de cavale

L’après-midi du 18 mars, les unités spéciales cernent la maison de la rue des quatre vents en plein coeur de Molenbeek. L’opération destinée à arrêter Salah Abdeslam a été avancée. C'est la suite de révélations dans la presse française. Il est question de la présence de Salah Abdeslam le 15 mars à la rue du Dries. Les autorités judiciaires craignent en effet la réaction de Salah Abdeslam. Après les sommations d’usage, l’homme tente une sortie par l'arrière. Mais cette fois, l'immeuble est cerné par les forces spéciales. Il est finalement légèrement blessé alors qu'il sort par l'avant sans opposer de résistance. L'autre fuyard de la rue du Dries est également arrêté.

Bruxelles cible des terroristes

La fusillade rue du Dries, puis l’arrestation de Salah et la publication dans la presse de l’identité et des photos des frères Bakraoui, rien de tout cela n’a échappé aux derniers membres du commando de Paris. Désormais ils le savent, leur arrestation n’est plus qu’une question de jours, peut-être d’heures… Aucun ne veut terminer ses jours en prison. La décision est prise de " travailler " sans tarder à Bruxelles. Ils décident de joindre leur chef en Syrie pour obtenir un feu vert. La décision est prise de frapper l’aéroport et le métro mardi 22 mars

Des attentats et des victimes

Le matin du 22 mars, les enquêteurs ont programmé une perquisition dans un immeuble de Jette. Ils espèrent y trouver les terroristes qui manquent à l'appel. Mais les terroristes ont appris que l'immeuble était repéré. Ils ont déménagé de Jette depuis plusieurs semaines. A l’autre bout de la Ville, ceux-ci se préparent pour leur ultime mission. Trois d'entre-eux commandent un taxi et partent en direction de l’aéroport. Deux autres un peu plus tard en direction de la station de métro "Pétillon". Peu avant 8H00, une première bombe explose à Zaventem. Une seconde au même endroit onze secondes plus tard. Une troisième explosion retentit dans la station de métro Maelbeek. Le plan "alternatif" des terroristes a fonctionné malgré son caractère improvisé. Il atteint le résultat escompté: une situation chaotique dans la Capitale européenne et un bilan humain très lourd.

Le chauffeur de taxi

A l’aéroport, le chauffeur de taxi qui a déposé les trois kamikazes livre de précieuses informations aux enquêteurs. Notamment la présence d'une troisième bombe. Elle sera retrouvée sur un chariot à proximité des équipes de secours. Son explosion "contrôlée" évitera de compter de nouvelles victimes. La chauffeur de taxi va permettre aussi de retrouver l’adresse où il a chargé les trois hommes. Le quartier est entièrement cerné. Mais il n'y a plus personne à l'intérieur de l'appartement situé rue Max Roos à Schaerbeek. Sauf une quatrième valise... remplie d’explosifs. Faute de place dans le taxi les terroristes n'ont pu l'emporter. Les riverains sont alors évacués. Dans une poubelle au pied de l'immeuble, un ordinateur portable jeté par les terroristes, sera retrouvé. Son contenu va se révéler très utile pour la suite de l'enquête.

Deux terroristes ont renoncé à la dernière minute

A l’aéroport, l’un des kamikazes n’a pas fait exploser sa bombe. Il l'a abandonnée avant de fuir en direction du centre ville. A "Pétillon ", un autre terroriste a fait de même, il n’a pas suivi Khalid El Bakraoui dans la rame de métro. Il est ensuite retourné à la cache pour se débarrasser de ses explosifs. Les deux hommes se retrouvent seuls sans plus de lieux où se cacher. Ils finiront par être interceptés trois semaines après les attentats.

Mohamed Abrini, " l’homme au chapeau "

Le 8 avril, l’homme au chapeau qui a fui Zaventem est arrêté par les enquêteurs. Quelques heures plus tôt, Ossama Kraeyem, le second kamikaze de la station "Pétillon" a également été appréhendé. Les deux hommes vont répondre aux questions des enquêteurs. Le premier pour raconter le changement de plans des terroristes suite à la progression de l’enquête et le choix de frapper Bruxelles plutôt que la France. Le second pour mener les enquêteurs à la dernière planque des terroristes à Etterbeek, à la rue des casernes. C'est là qu'il explique avoir versé le contenu de son sac-à-dos dans les toilettes. Avant de se cacher chez une connaissance.

Un mystérieux commanditaire en Syrie

Les deux hommes vont confirmer l'existence de contacts entre les terroristes et un certain "Abu Ahmed" en Syrie. C'est à lui qu'ils ont confié les dernières informations la veille des attentats. Les frères El Bakraoui semblaient le connaître. Les enquêteurs sont convaincus de l'existence d'un "coaching" depuis la Syrie. Ils soupçonnent Oussama Atar, le cousin des deux frères, d'être le relais vers le sommet de l'Organisation Etat Islamique mais n'ont pas de preuve formelle. L'ordinateur trouvé rue Max Roos a livré des renseignements sur les derniers contacts des terroristes. Les juges français ont déjà lancé un mandat d'arrêt contre Oussama Atar pour le volet Paris. Probablement toujours en Syrie, il est toujours introuvable.

La menace toujours présente

Si les membres actuels connus du commando terroriste des attentats de Paris et de Bruxelles sont neutralisés, le risque d'attentats n'est pas écarté. Les organisations djihadistes ont toujours la volonté de frapper le continent européen. Malgré une situation militaire défavorable en zone irako-syrienne, leur potentiel d'action leur permet encore de recruter via les réseaux sociaux. Si les modalités de la menace ont changé, le risque demeure. Les récents événements en Allemagne ont démontré qu'un homme seul avec des moyens artisanaux peut faire pas mal de dégâts.

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