Thierry Bodson (FGTB): "Personne ne mérite un salaire de 900 000 euros en Belgique"

Ce vendredi, au micro de Bertrand Henne, Thierry Bodson. Et une fois n’est pas coutume, c’est dans un climat apparemment positif, chômage en baisse, légère reprise économique, que le secrétaire de la FGTB wallonne est reçu dans Matin Prem1ère.

La multiplication des contrats précaires

Mais la situation de l’emploi s’améliore-t-elle réellement ou le rapport de l’Onem n’est-il qu’une interprétation portée par les nombreuses exclusions du chômage et autres mesures arithmétiquement efficientes ? "Que le chômage baisse, ce doit être en principe une bonne nouvelle. Mais la vraie question c’est de savoir pourquoi il baisse. Or, on constate que la diminution du nombre d’allocations payées au niveau du chômage est principalement due, d’une part à des effets démographiques et aux exclusions du chômage, et d’autre part, aussi à la multiplication des contrats précaires", répond d’emblée Thierry Bodson.

L’immense majorité des emplois créés sont précaires

Aucune amélioration donc ? Trouver un emploi est-il réellement devenu plus simple ces dernières années ?  Là encore, le syndicaliste temporise: "De nouveau, cela dépend quel type d’emploi. Aujourd’hui, l’immense majorité des emplois créés sont précaires, à temps partiel, de l’intérim. Et pour reprendre la formule du Premier ministre 'Job, job, job' d’accord mais 'précarité, précarité, précarité' surtout !"

Le parcours de l’aspirant travailleur passera-t-il de plus en plus fréquemment par un purgatoire fait de précarité, d’intérim et de contrats à durée déterminée avant de pouvoir espérer se stabiliser ? "Quand on regarde les offres d’emploi aujourd’hui, on constate que dans 90% des cas, c’est de l’intérim qui est proposé. Un intérim rarement transformé en durée indéterminée."

Une partie de ces économies est faire sur le dos des chômeurs

Pourtant, pour 2016, les dépenses de l’Onem sont en baisse de 445 millions d’euros. Difficile pour Thierry Bodson de contester l’impact, comptable, des réformes portées par le gouvernement de Charles Michel (MR) et celui de son prédécesseur Elio Di Rupo (PS). "Les chiffres sont là, le chômage coûte moins cher au contribuable belge. Mais il faut tenir compte qu’une partie de ces économies est réalisée sur le dos des chômeurs. La diminution des chômeurs s’accompagne d’une augmentation des travailleurs pauvres. Ceux à qui on dit ‘vous allez travaillez à temps partiel, pour 1 000 euros par mois et démerdez-vous avec ça’. Les travailleurs paient donc en partie."

 

Le taux d’emploi est d’ailleurs quant à lui en très faible hausse précise d’ailleurs Thierry Bodson. "À l’intérieur du taux d’emploi, la proportion du temps partiel augmente fortement par rapport au temps plein. Actuellement, un quart des emplois sont à temps partiel."

Le gouvernement actuel accentue la pression

Et puis, il y a les exclusions du chômage: 37 000, dont 66% en Wallonie. Des jeunes pour la plupart, victimes de la mesure prise par le gouvernement Di Rupo, qui visait à réduire la période d’allocations à trois ans. Période encore réduite par le gouvernement Michel. Une façon de faire qui attriste le secrétaire général de la FGTB wallonne, qui avait d’ailleurs prévu ce chiffre il y a plusieurs années déjà : "Je suis malheureux de cela. Nous avions raison à la FGTB il y a 5 ans lorsque nous avions dit quelle serait l’ampleur de la mesure. À chaque exclusion du chômage, il y a une drame social, un drame familial. Le pire, c’est que malgré cela, le gouvernement actuel accentue la pression sur le travailleur avec pour effet une précarisation du monde du travail."

J’ai du mal à comprendre ce qui s’est passé en Flandre

Au-delà des exclusions, c’est la disparité régionale de celles-ci qui pose question. La Wallonie est-elle plus stricte au niveau des contrôles ? "J’ai du mal à comprendre ce qui s’est passé en Flandre, la non-mise en application de ces contrôles, car si la matière a été régionalisée, des règles ont été définies au niveau fédéral. En Wallonie des progrès ont été réalisés afin d’améliorer l’accompagnement des demandeurs d’emploi et cela a porté ses fruits avec une diminution de 33% des sanctions."

Je ne vais plus au bureau du PS depuis de très nombreuses années

Figure importante de la gauche liégeoise et membre invité du bureau du PS, Thierry Bodson s’est très peu exprimé dans le cadre du scandale Publifin. Un silence réfléchi même s’il n’en pense pas moins: "Je ne vais plus au bureau du PS depuis de très nombreuses années. Je veux cependant dire deux choses pour rester dans la nuance. Il y a un projet industriel au niveau de Nethys, qui représente un projet réussi car il créée une activité économique importante, notamment 3 000 emplois, qui pourraient être menacés. Ce qui ne va absolument pas, c’est la gouvernance de l’entreprise. Même si c’est une réussite industrielle, il faut une transparence dans la gouvernance. Personne, ne mérite un salaire de 900 000 euros en Belgique. Ce n’est pas à moi à décider si Stéphane Moreau doit partir ou non. Il faut sortir du déni. Si belle soit-elle, une initiative ne peut justifier cette absence de gouvernance. "

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