Didier Reynders s'excuse: "Mes propos étaient maladroits"

Didier Reynders s'excuse: "Mes propos étaient maladroits"
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Didier Reynders s'excuse: "Mes propos étaient maladroits" - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA
Rédaction RTBF

Didier Reynders et Elio Di Rupo étaient les invités de Bertrand Henne pour un duel de campagne ce mardi. Le débat a tourné autour de la fiscalité et de la place de la N-VA. Un débat resté très centré sur l’opposition traditionnelle gauche-droite, jusqu’à une petite phrase, qui a déclenché une pluie de critiques sur les réseaux sociaux et de la part des autres partis. Didier Reynders a dû préciser sa pensée en fin d'après-midi.

A la fin du débat, parlant des réalisations des libéraux et des socialistes dans le gouvernement, Elio Di Rupo affirme : "Nous avons préservé l’index malgré que la plupart des partis voulaient y toucher. Nous avons augmenté les bas salaires, les basses pensions… Nous avons pu réaliser une grande partie de notre programme. Mais je dois constater qu’il y a cette volonté de regarder du côté de la N-VA. Si on veut un gouvernement de droite, c’est comme Martens-Gol, dans lequel il y a eu trois sauts d’index successifs…"

Et Didier Reynders de lui répondre : "J’ai beaucoup de respect pour ces deux hommes. Je rappelle juste qu’à l’époque il a fallu redresser ce qu’avait fait un gouvernement avec Guy Mathot comme ministre du Budget. Pendant les 10 ans qui ont suivi, sans les libéraux au gouvernement, ce qu’on a connu, ce sont les enlèvements et disparitions d’enfants, les affaires, la dioxine… Il a fallu le retour des libéraux pour remettre de l’ordre"…

Une petite phrase qui déchaîne déjà les réseaux sociaux. Quelques exemples:

Le président du MR, Charles Michel, a réagi sur le site du Soir: "Ce sont des propos que je désapprouve. Il n’y a pas de lien entre la composition d’un gouvernement et les enlèvements d’enfants. Mais je pense que ce n’était pas ce que Didier Reynders voulait dire".

Nombreuses réactions politiques

Du côté des autres partis, les critiques pleuvent.

Paul Magnette, président du PS:

Emily Hoyos, co-présidente d'Ecolo:

Le président du CD&V Wouter Beke qualifie d'"indignes" les propos de Didier Reynders. "On ne fait pas campagne sur le dos des enfants disparus", précise-t-il.

Quant à Jean-Denis Lejeune, père de Julie, candidat cdH à la Chambre pour la province de Liège, il réagit sur sa page Facebook: "Cher Monsieur Didier Reynders, comment pouvez vous vous permettre de dire que 'sans le MR c'est encore les enlèvements d'enfants"? c'est du populisme ! C'est odieux. C'est un manque de classe et de respect de votre part. Une vraie langue de vipère !"

"Je m'excuse"

Apparemment conscient du malaise engendré par ses déclarations, Didier Reynders s'est adressé à la presse à son retour de Vienne, en fin de journée. "Si mes propos ont pu choquer des personnes, je souhaite leur présenter vraiment mes excuses", a-t-il déclaré. "Je suis père de famille, je n'ai vraiment pas l'intention d'utiliser en quoi que ce soit ce genre de situation".

Le porte-parole de Didier Reynders avait réagi auparavant, en précisant a posteriori: "Ce qu'il a voulu pointer, c'est la gestion de la guerre des polices à l'époque de l'affaire Dutroux".

Le compte Twitter de Didier Reynders l'affirme également:

A l'agence Belga, Didier Reynders avait précisé: "C'était à la fin du débat, j'ai été coupé. Si mes propos ont été mal interprétés, je le regrette". "Je n'ai bien évidemment jamais voulu rendre responsable qui que ce soit des dramatiques événements qui se sont produits".

Et dans le reste du Duel...

Elio Di Rupo se voit-il rempiler comme Premier ministre ? Le socialiste esquive: "Il y avait 40 ans qu’il n’y avait pas eu de Premier wallon. Le plus important pour moi c’est que la famille PS-sp.a soit la première du pays, et le PS, la première de Wallonie. Tout dépendra si le PS peut être autour de la table…"

Quant à Didier Reynders, il se montre aussi prudent: "Laissez les électeurs se prononcer. Moi je suis candidat à la Chambre. Et mon ambition est que la famille libérale soit la première dans le pays, mais en tout cas à Bruxelles. L’ambition est de bousculer ce qui parait normal chez nous : les nationalistes d’un côté, les socialistes de l’autre". Mais lui, clairement, préférerait un Premier libéral : "Je dois vous dire que j’ai été très heureux de travailler avec Guy Verhofstadt"

Fiscalité

La fiscalité est au centre de la campagne. Que proposent les socialistes ? "Le PS est le parti des travailleurs, de la classe moyenne, des pensionnés et de la solidarité. Nous sommes dans une phase de relance, de reprise économique. Il faut que ça profite à tous et singulièrement à ceux qui en ont le plus besoin. En terme de fiscalité, nous avons un programme qui permet accroître le pouvoir d’achat des citoyens, des gens qui travaillent de 120 euros par mois, des jeunes de 160 et pour les gens qui iraient jusqu’à 65 ans, de 210 euros par mois. Nous voulons augmenter de 10% les allocations d'handicapés et les pensions et nous voulons une garantie jeune pour les jeunes qui sortent. Nous avons calculé tout ça en prélevant des moyens financiers chez les plus riches. Nous ne demandons pas la lune, nous demandons 6000 euros. Nous avons prévu aussi d’accroitre la lutte contre la fraude fiscale et sociale, et de faire payer les revenus du capital".

Mais faut-il baisser les charges des entreprises, comme le demande le MR ? "Il faut toujours mesurer : est-ce payable ou pas ? Je rappelle que nous avons une sécurité sociale. Et que l’impôt net des sociétés reste peu élevé. Mais nous voulons prélever un milliard et demi dans les intérêts notionnels et les octroyer aux PME qui créent de l’emploi", explique Elio Di Rupo.

Didier Reynders lui répond: "Je suis très heureux que les libéraux aient pu placer le thème de la baisse des charges au centre des préoccupations. La priorité, c’est l’emploi. Il faut baisser les cotisations sociales sur le travail, dans les petites et moyennes entreprises. On a déjà fait un effort sur les cinq premiers emplois avec Sabine Laruelle, il faut aller plus loin. Et puis, il faut soutenir le pouvoir d’achat, baisser l'impôt des revenus plus faibles et moyens. On finance à travers les efforts budgétaires. On peut trouver de nouvelles ressources. On peut imaginer de revoir la fiscalité sur les revenus du patrimoine..." Et de souligner: "C’est très bien que dans des partis,comme le parti socialiste, on parle aussi de la baisse des charges".

Mais Elio Di Rupo précise: "La grande différence c’est que nous voulons réduire les cotisations sociales pour autant qu’il y ait une création d’emploi!"

Didier Reynders, lui, pointe plutôt la nécessite que les entreprises forment les travailleurs: "Il faut surtout comme condition d’investir enfin dans la formation professionnelle. C’est différent selon les régions. Par exemple, les jeunes de moins de 25 ans : en Flandre, 16% sont sans emploi, plus de 30% en Wallonie et bien plus dans certains quartiers de Bruxelles… Il manque cette volonté de dire qu’il faut une formation professionnelle en entreprise. On doit massivement faire en sorte que la formaton se déroule en entreprise, donne une chance d’emploi, et sans discrimination".

Quelle place pour la N-VA ?

Elio Di Rupo répète ce qu'il a déjà affirmé: le MR est proche de la N-VA. "On a examiné tous les programmes et on constate une convergence. Par exemple : l’indexation. La N-VA veut la supprimer et il y a une remise en cause dans le programme du MR. La N-VA veut augmenter la TVA. Il y aussi une convergence…"

Didier Reynders s'en défend fortement: "J’ai été très clair : je ne souhaite pas organiser une majorité avec la N-VA. Surtout à Bruxelles. J’aimerais que tout le monde soit très clair. Rudi Vervoort était lundi très hésitant sur le sujet… L’indexation, nous ne la remettons pas en cause. La TVA, je me suis battu seul souvent pour la baisser quand j’étais aux Finances… Nous n’avons pas besoin de la N-VA pour mener une politique libérale ou de centre droit. On vient de mettre en place des mesures pour les indépendants, de faire des réformes du chômage, avec une ministre socialiste, on mène une politique de l’immigration quasiment parfaite, avec Maggie De Block, on sent bien que la population est derrière… Pourquoi voulez-vous qu’on ait besoin de la N-VA ?"

Un gouvernement à la politique de centre droit, le gouvernement fédéral actuel ? Une affirmation qui aura énervé Elio Di Rupo et conduit à l'échange en tête de cet article.

Regardez le débat ci-dessous:

Didier Reynders est vice-Premier ministre et ministre fédéral des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes MR, tête de liste à la Chambre dans la circonscription de Bruxelles, groupe linguistique francophone.

Elio Di Rupo est Premier ministre PS, tête de liste à la Chambre dans la circonscription du Hainaut.

 

RTBF


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