Que va vraiment coûter aux ménages belges le budget fédéral?

Vraie ou fausse cette histoire de 250 € ?
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Vraie ou fausse cette histoire de 250 € ? - © Kroll
Rédaction RTBF

Une étude de l’Écho/De Tijd a fait circuler le chiffre de 250 euros par an et par ménage. Est-ce vraiment le prix à payer ? Pour en débattre, les ténors socio-économiques et les vice-premiers ministres étaient réunis sur le plateau de "Mise au point".

"Carabistouilles !", c’est ainsi que Laurette Onkelinx qualifie le chiffre de 250€ par an que coûterait annuellement à chaque ménage belge le nouveau budget, d’après des calculs établis par l’Echo et De Tijd : "Le budget n’est pas indolore, en effet, mais il ne touche pas le pouvoir d’achat des citoyens. On a travaillé sur les dépenses de l’Etat, dites 'primaires', en limitant le remplacement des fonctionnaires, les dépenses de la Sécu, sans toucher le patient. Au niveau fiscal, oui certains seront touchés, mais le Belge moyen n’est pas propriétaire d’une holding, d’un paquet d’obligations, ne bénéficie pas d’intérêts notionnels."

Didier Reynders observe lui que même si on supposait que ce calcul de 250 euros par ménage soit exact, cela ne représenterait qu’une faible partie de l’effort budgétaire : "Car en supposant qu’on l’ait réparti uniquement sur les ménages, c’est 400 euros par Belge – non par ménage – que cela aurait coûté." Et il insiste sur le fait que cette modération salariale très mesurée va d’abord servir à réduire l’écart en coûts salariaux avec les pays voisins, donc préserver l’emploi.

Pour Philippe Defeyt également "ces 250 euros ne veulent rien dire. Certains vont en effet perdre beaucoup moins, d’autres plus. Ce qu’il aurait fallu c’est mettre sur la table des mesures qui ont du sens en expliquant pourquoi une contribution accrue des hauts revenus allait pouvoir maintenir l’emploi des jeunes et lutter contre la pauvreté. Ainsi, on aurait pu aller plus loin, du moins les personnes les plus généreuses l’auraient compris." Il considère enfin que le principal perdant de ce budget est l’emploi, pas seulement dans ce budget mais aussi dans les précédents : "Le problème c’est qu’on va repasser la barre des 600 000 chômeurs l’année prochaine. Et même si vous n’êtes pas touché directement par ce budget, vous pouvez l’être indirectement, par exemple parce que votre enfant n’a pas trouvé d’emploi suite à la décision de l’Etat de ne pas remplacer 2% des fonctionnaires… "

Salaires : bloqués selon les uns ou non selon les autres

Les syndicats estiment qu’on est face à un blocage des salaires alors que le gouvernement ne parle que de "légère modération". Pour Anne Demelenne, "On ne vient pas d’une page blanche : il y a déjà eu des mesures au début de cette année, qui vont faire que 100 000 chômeurs vont se retrouver à partir du 1er novembre avec 25 à 150 euros en moins. Maintenant c’est au tour des salaires bloqués pour 6 ans." Elle craint encore le fait que les organisations syndicales ne pourront plus revendiquer d’augmentations de salaires globales, mais que les négociations individuelles restent possibles, "à la tête du client".

Pour Claude Rolin, par rapport à ce qui était sur la table des négociations au début, on a évité le pire : la fin de l’index ou un saut d’index, c’est-à-dire 2,5% de revenus en moins, une perte qui s’additionne chaque année. "Une catastrophe", frémit-il.

Chacun paie sa part

Les syndicats estiment ce budget n’est pas juste parce que les autres revenus n’y contribuent pas de la même façon. "Faux, rétorque Joëlle Milquet, l’augmentation du précompte mobilier est un impôt sur le capital supplémentaire. Et c’est lui qui a permis de financer la baisse des charges sur le travail donc de favoriser l’emploi et de soutenir la compétitivité."

Elle observe aussi avec satisfaction que les syndicats remarquent tout ce qui n’est plus sur la table : "Ni la fin du système de l’index ni le saut d’index ne sont plus envisagés, les augmentations de salaire barémiques auront bien lieu. Mis à part l’Accord interprofessionnel qui tablait sur une augmentation de 0,3% et qui est à présent mis à zéro, les salaires ne sont pas bloqués. Parler de gel des salaires est une déformation de la vérité."

Karel Van Eetvelt et Pieter Timmermans accordent pour leur part un 8,5 sur 10 au budget fédéral et regrettent juste qu’on touche encore aux intérêts notionnels : "Surtout quand on voit les efforts que les entreprises ont déjà fait sur les 14 milliards d’économie, et cela alors que nous connaissons justement un problème de compétitivité. Dans tous les pays où on a ce problème, on renforce d’abord la compétitivité et puis l’emploi et puis le pouvoir d’achat. Chez nous on essaie toujours de faire l’inverse , déplore Pieter Timmermans.

"On se trompe de cible", réagit Claude Rollin, "le problème de la compétitivité ce n’est pas juste une question de coût salarial : c’est aussi les efforts de formation, la recherche-développement, la pertinence des produits fabriqués…"

Karel Van Eetvelt, représente les PME, un secteur qui, dit-il, "dépend directement du pouvoir des gens. Il faut un choc économique pour préserver le pouvoir d’achat et l’emploi. Ce choc n’est pas présent dans le budget."

Pouvoir d'achat préservé

Laurette Onkelinx rappelle qu’il y aura un saut d’index en décembre 2012 et encore un autre en 2013, donc que le pouvoir d’achat des ménages va pouvoir évoluer. Et que le budget prévoit de gros moyens pour le bien-être, la diminution des cotisations sociales, les petits salaires, la formation et l’innovation. Mais Pieter Timmermans s’insurge du fait "qu’en Belgique une indexation du salaire de 3,9% ne fait même plus partie de la négociation. Quand on n’obtient que cela et que le reste est bloqué on considère que c’est un échec, alors qu’en Allemagne, par exemple, où les salaires ne sont pas indexés, lorsqu’on obtient 4% d’augmentation c’est une victoire syndicale et tout le monde est content !"

Le débat se conclut sur la définition du panier de la ménagère, cet ensemble de plus de 500 produits qui servent à calculer l’index. Pour Claude Rolin, si le panier est recalculé en fonction de la consommation des ménages, aucun problème, "mais si c’est avec un objectif de raboter encore un peu plus l’évolution des salaires, c’est non." Pour les syndicats, l’index doit rester représentatif de la consommation des ménages belges. "La grosse question c’est de voir si le mazout va rester dans le calcul de l’index santé ou s’il va en être retiré comme c’est déjà le cas des carburants", ajoute Philippe Defeyt.

Seul point de quasi-unanimité entre les  interlocuteurs : la politique de retour à l’équilibre budgétaire trop sévère de l’Europe risque de tuer la relance et la croissance. "Nous devons porter ce débat au niveau européen, je ne veux pas d’une austérité inscrite dans les astres" conclut Laurette Onkelinx.

Le plateau réunissait Laurette Onkelinx, vice-première ministre PS, Joëlle Milquet, vice-première ministre CDH, Didier Reynders, vice-premier ministre MR, Philippe Defeyt, économiste et président du CPAS de Namur, Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB, Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB, Karel Van Eetvelt, administrateur délégué Unizo et Claude Rolin, secrétaire général de la CSC.

Patrick Bartholomé