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Quand une certaine Belgique soutenait l'apartheid

BELGIQUE | Mis à jour le vendredi 6 décembre 2013 à 18h09

  • Si le système politique raciste de l’Afrique du Sud a pu émerger sous une forme primitive en 1652, durer jusqu’à prendre sa forme moderne en 1948 et n’être aboli qu’en 1991, c’est aussi parce qu’il a reçu du soutien de l’extérieur. De la part de dictatures, comme celles sévissant en Espagne et au Portugal, d’Israël, qui avait besoin de ressources stratégiques, mais aussi de la Belgique. D’un certaine Belgique.

    En 1984, c’est sur la proposition de Paulette Pierson-Mathy juriste internationale et professeur émérite de l’ULB que Nelson Mandela est fait docteur honoris causa de cette université. Or le futur président est à l’époque un prisonnier politique, toujours emprisonné et pour 6 ans encore. C’est donc le représentant de l’ANC auprès de l’ONU qui vient de New York pour recueillir pour lui, in absentia, les insignes de docteur.

    "Ce doctorat honoris causa a été conféré à l’occasion du 150e anniversaire de l’ULB, en présence des plus hautes autorités du pays, notamment le Roi Baudoin", se souvient Paulette Pierson-Mathy. "Or à l’époque, seule l’opinion publique éclairée ne considérait pas Nelson Mandela comme un terroriste, au contraire de certains gouvernements étrangers, mais aussi d’organisations pro-apartheid belges. Elles comptaient dans leurs rangs d’éminentes personnalités comme l’ancien ministre des Finances Vlerick, par exemple. Ce geste de l’ULB avait donc énormément de signification."

    Travail de sape au Parlement

    Manuel Abramowicz, enseignant à la HELB et auteur d'essais politiques sur l'extrême droite anime le web-journal RésistanceS, un observatoire belge de l'extrême-droite. Il rappelle que de tout temps, en Belgique comme ailleurs, l’extrême-droite a soutenu l’apartheid : "Dans les années 80, c’était le VMO (Vlaams Militanten Orde) et le FJ (Front de la Jeunesse). De nos jours, le Vlaams Belang entretient la nostalgie d’une Afrique du Sud blanche. L’apartheid était soutenu à l’époque par le Nouvel Europe Magazine, qui était le carrefour entre l’extrême-droite et les branches les plus conservatrices du PSC, le CEPIC, et du PLP."

    A titre personnel – et non officiellement comme représentants de leur parti – de nombreux parlementaires flamands de l'ex-Volksunie (parti nationaliste dissout en 2001), du CVP (l'ancien CD&V démocrate-chrétien flamand) et du PVV (l'ancien Open VLD libéral) étaient membres de Protea, un lobby flamand de soutien à l'apartheid. "Ils agissaient au Parlement pour éviter ou retarder ou adoucir des résolutions anti-apartheid, ou des décisions contre le boycott de l’Afrique du Sud", explique Manuel Abramowicz. "Ils faisaient aussi un travail de sape en coulisse en commissions. Par exemple quand la loi antiracisme est enfin venue au parlement, après avoir été 'encommissionnée' depuis les années 60, ils ont déposé un nombre énorme d’amendements, toujours pour retarder sa mise en application. Ils voulaient soutenir le racisme en Afrique du Sud, en tâchant d’édulcorer la loi pour en faire un texte light, mais ils craignaient aussi pour eux-mêmes. Cette loi permettrait de les poursuivre en justice pour appartenance à une organisation raciste."

    Protea a finalement été dissoute dans les années 90. Mais les partisans sont toujours là. Selon Manuel Abramowicz , "il existe des liens de sang entre les Flamands et les Afrikaners – et l’on sait que le sang est important pour ces gens-là. Par exemple l’organisation raciste d’extrême-droite Voorpost, qui existe encore, avait autrefois trois sections : Flandre, Pays-Bas et Afrique du Sud. Cette dernière a disparu récemment."

    "Le ventre est encore fécond d’où est sorti la bête immonde", écrivait Bertolt Brecht. Et ce ventre peut enfanter partout : selon RésistanceS, la Belgique avait instauré elle aussi un apartheid "soft" au Congo entre 1908 et 1960.

    Patrick Bartholomé

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  • Le discours haineux de l'extrême-droite a contribué, même chez nous, à faire durer l'apartheid.
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