La situation de la prison de Saint-Gilles n’est pas exceptionnelle, explique Axel Piers. "Le contexte de surpopulation concerne toutes les prisons, sauf quelques maisons de peine, qui ont une plus grande facilité de gestion des détenus." Quelquefois, ajoute-t-il, le taux de détention dépasse même largement celui de Saint-Gilles.
Le problème est global, et c’est de façon globale qu’il faut le traiter, dit-il : "Régler des situations ponctuelles ne fera que déplacer le problème." Axel Piers estime que le Master Plan prévu par le gouvernement aborde ce problème de façon volontariste, car un certain nombre de solutions en termes d’hébergement y sont abordées. Mais "c’est tout un problème en termes de procédures pénale et de politique pénale qu’il faudrait aborder."
Forest: surpopulation et vétusté
Magda Da Galan est d’accord, mais insiste cependant sur les problèmes auxquels la prison de Forest est confrontée : "On cumule les facteurs de vétusté et de non-entretien régulier de la prison et de certaines ailes; on a 402 places alors qu’au mois de janvier on avait 740 détenus ; (…) dans les cellules des ailes C et D, les plus récemment rénovées, il y a 25 ans, les détenus font des tournantes sur une paillasse au sol; quand on voit la capacité de la machine à laver le linge, on change les draps une fois par mois… Il y a donc un problème de santé publique et d’hygiène générale; les douches ne sont pas fréquentes car il n’y pas assez de gardiens, car le taux d’encadrement n’est pas aussi élevé qu’il devrait être aussi… " Elle pointe également le délabrement qui s’ajoute à la surpopulation, et rappelle que la prison de Forest, qui est une maison d’arrêt, comporte malgré cela des détenus condamnés et des personnes internées en attentes de places dans des établissements psychiatriques.
Les juges n'envoient plus à la prison de Forest
La bourgmestre de Forest n’a pas été inactive pour alerter le gouvernement à propos de la situation intenable de la prison. "J’ai fait parvenir le dossier concernant la sécurité du bâtiment aussi (que) j’ai transmis au Premier ministre."
Elle estime que malgré la Master Plan, qui prévoit la construction de nouveaux établissements pénitentiaires, il faudrait "des travaux en extrême urgence." "Le 3 mai, il y a eu une visite des pompiers (…) pour vérifier l’accessibilité en cas d’incendie : le rapport laisse perplexe", cite–t-elle encore comme exemple.
Magda De Galan réfute l'idée que la situation de la surpopulation croissante, selon les gardiens, à la prison de Saint-Gilles soit due à son arrêté concernant la prison de Forest : "Depuis que j’ai pris cet arrêté en laissant sept semaines à l’administration pénitentiaire pour se débrouiller, il n’y a pas eu un seul transfert vers Saint Gilles." Ce sont les juges, dit-elle, qui assortissent les condamnations de la condition de ne plus purger les peines à la prison de Forest. La situation de la prison de Saint-Gilles s’en ressentirait donc.
Axel Piers insiste sur le fait qu’il faut aujourd’hui déterminer, dans le cadre budgétaire, ce qu’on doit faire en termes d’investissements de structures et d’encadrement : "Ce vers quoi on doit aller est explicite dans les textes de lois, mais les pistes qu'on doit suivre pour y arriver sont multiples", tant il y a également des disparités entre établissements.
Une question de... budget
Il rappelle que le nombre d’agents au cadre du personnel pénitentiaire est, pour la majorité des prisons, déterminé par des décisions prises à leur création. "Dans les prisons plus récentes, comme à Ittre ou à Andenne, il a été déterminé qu’il fallait deux agents par section. A Forest ou à Mons, on en est resté à un… Avec la surpopulation que l’on connait maintenant, il en faudrait certainement deux. " Mais cela, ça coûte cher, ajoute-t-il aussitôt.
Le sujet des droits des détenus et de la situation des prisons est certes difficile et délicat, estime Magda De Galan, mais il faut prendre son temps pour expliquer. "Ça demande évidemment de l’humain à tous les échelons pour arriver dans une maison où il y a des briques et des gardiens, c’est logique. Donc ça demande des moyens." L’objet de la prison, pour elle, est d’enfermer, de punir, et, insiste-t-elle, "Badinter y ajoutait même éduquer". Pour des détenus majoritairement jeunes, il faut consolider le volet éducation, avec des associations ou d’autres moyens de remédiation, sinon ces détenus "sont partis pour un long parcours."
Investir dans l'humain en prison
"Ce devoir-là on l’a aussi. Mais ça c’est de l’investissement dans l’humain, comme d’ailleurs toutes les peines alternatives, les bracelets, le snelrecht, tout ça existe, mais tout ça demande de l’humain, ça coûte." Et, insiste-t-elle, le citoyen demande de la justice.
Mais faire remplacer les agents pénitentiaires par des policiers en cas de grève n’est certainement pas une solution : "dans la zone midi, ce sont mes policiers qui parfois ont arrêté des gens qui viennent les surveiller !" Il y a donc eu des bavures. De plus, les policiers sont en prison, et non en rue. "On a écrit six fois au ministre de la justice", s’exclame-t-elle.
Peines incompressibles et libération conditionnelle
Les gardiens sont parfois confrontés à des profils difficiles. Axel Piers estime que dans certaines situations, l’agent pénitentiaire est en rupture, et ne peut plus gérer certains cas. D’où l’idée de l’administration de créer des établissements dédiés à ce genre de profils difficiles.
Le cas de détenus difficiles ou médiatisés n’est pas aisé à résoudre, estime Magda De Galan. Dans des situations comme celles de Michelle Martin "il faut rester à la fois respectueux de tout ce que les parents ont pu subir. Mais il faut aussi être réaliste."
La loi s’est dotée d’instruments, rappelle-t-elle, pour éviter la situation précédente, où c’était le ministre de la Justice qui prenait les décisions de libération conditionnelle. "Quand tout ce qui est juridique est terminé, et que tout est accepté, je crois que le politique s’il est local n’a pas à s’élever contre ceci ou contre cela, c’est une décision qui est prise par les instances ad hoc." Sinon, ce serait à nouveau une politisation des dossier, alors que c’était justement l’écueil que les mesures prises après le dossier Dutroux avaient voulu éviter.
Magda De Galan rappelle aussi qu’une mesure de libération conditionnelle n’est pas une remise en liberté, "mais c’est une mesure d’exécution de la peine puisqu’il y a des conditions " à respecter.
En ce qui concerne les lois incompressibles, la bourgmestre de Forest estime que cela ne règlera pas le problème de la surpopulation, à l’instar de la procédure de libération conditionnelle.
Axel Piers rappelle que les détenus sont de moins en moins libérés de nos jours avec la mise en place du Tribunal d’application des peines (TAP) : "Aujourd’hui, de nombreux détenus vont à fond de peine, car ils savent que le TAP ne les libèrera pas. Il y a des détenus qui savent que la date butoir est celle qui est écrite sur leur billet d’écrou."
W. F.




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de jipef Et si l'on travaillait en amont, si l'on commençait par humaniser la société et ses individus ? Qu'en est-il aujourd'hui des notions de respect, des cadres éducatifs en général, obsolètes ?
01-08-2012 16:18 |
de Pepper Je pense pas; que ça soit le réelle problème à savoir "investir dans l'humain". Investir tout court; dans des prisons prévue pour 250 détenue est logique. Investir dans une prison prévue pour 250; avec 300 détenue n'est pas logique.
01-08-2012 15:11 |
de Anonymous L'humain, c'est d'abord le respect des victimes avant le respect des coupables. La victime d'abord, le coupable ensuite. La justice d'aujourd'hui, c'est une justice à l'envers : elle défend d'abord le coupable avant de défendre la victime. Quand il faut faire un choix, quand il y a doute, la justice privilégie toujours le coupable, jamais la victime. Pourquoi ? Pourquoi ? Mais quelqu'un peut-il expliquer clairement pourquoi ?
01-08-2012 13:23 |
de Michel Husson Faudrait savoir : ou bien la prison est une punition (ce qu'elle semble définitivement bien être mais ce qu'elle ne prétend pas être) ou bien la prison est sensée être un lieu de rédemption (mais alors quel énorme gâchis !). Cessons de parler de rédemption quand les seules préoccupations des politiciens est de dépenser le moins d'argent possible et que les seules mesures effectives relèvent toutes de la punition. Cessons de faire semblant de croire que le prisonnier apprend un métier qui lui permettra de ne plus devoir voler pour survivre, cessons de faire semblant de croire que les discussions entre détenus portent sur un avenir radieux et pas sur le meilleur moyen de ne pas laisser de traces lors d'un cambriolage. Cessons de croire que la prison est une réponse adéquate à un problème donné. Cessons de croire que les magistrats s'en inquiètent. Cessons d'accepter de vivre dans un monde imbécile.
01-08-2012 12:31 |
de athos Urgence pour les gardiens de revoir la formation psychologique, physique et la maîtrise de la négociation, avec recyclages réguliers . Les gardiens doivent être capables de contrôler toute situation qui dégénère, plutôt que de se retrancher systématiquement dans la grève des services.
01-08-2012 12:12 |