Philippe Moureaux: "L'assassinat d'André Cools était politique"

Philippe Moureaux: il y existe  (à gauche) une frange qui a toujours eu la tentation de l’argent",
Philippe Moureaux: il y existe (à gauche) une frange qui a toujours eu la tentation de l’argent", - © THIERRY CHARLIER - AFP

Professeur d’université, vice-président du PS, bourgmestre de Molenbeek, ministre d’Etat… Philippe Moureaux a des souvenirs plein sa besace. Il en dévoile quelques-uns dans un livre rédigé comme une galerie de portraits. Des noms et des visages choisis parmi ses amis et ses adversaires. Les premiers se confondant parfois avec les seconds.

C’est peu dire que la politique actuelle déçoit l’ancien maître de Molenbeek: "On vit une  période très affligeante sur le plan international, européen et national. Mais comme historien, je me dis que ce sont de mauvais passages". Cette situation vient aussi de l’évolution de la classe politique qui, au nord comme au sud, ne saurait plus se parler. "Les liens de confiance que l’on pouvait lier entre adversaires ne sont plus aussi forts. Le personnel politique est peut-être moins ouvert que dans le passé".

Évoquant André Cools, qui fut son mentor, Philippe Moureaux salue l’homme d’Etat: "A Liège, lors des grandes difficultés de la sidérurgie, le monde syndical était parfois violent, l’atmosphère était électrique, mais un homme comme Cools se trouvait très bien dans ce milieu-là".

André Cools, le Maître

Pour beaucoup, le premier souvenir qui revient en évoquant André Cools est sa mort brutale. L’analyse de Philippe Moureaux est qu’André Cools était en conflit ouvert avec Guy Spitaels alors président du parti. "Il rêvait de détrôner le Calife. André Cools s’employait à réunir une majorité capable de censurer Spitaels mais son assassinat a mis un frein à tout cela". Pour Philippe Moureaux, il s’agit d’un assassinat politique dont on ne connaîtra jamais les commanditaires: "On n’a jamais pu dépasser le niveau des exécutants et il reste un grand mystère sur ce plan-là ". 

La fascination de certains pour l’argent

Évoquant le cas de Publifin, Philippe Moureau constate que dans le monde politique, "certains sont fascinés par l’étalage de l’argent et pactisent sans remord avec les nantis". Il déplore que cela existe aussi à gauche: "Il y existe une frange qui a toujours eu la tentation de l’argent". Mais il ne se retrouve pas dans les conséquences de l’affaire Publifin: "Il est dommage qu’au lieu de frapper durement cette frange, on frappe tout le monde. On va trop loin. On prend des mesures qui ne touchent pas les parvenus mais des cumuls qui, sur le plan opérationnel, sont utiles. J’espère que des mesures précises seront prises".

Di Rupo, le Janus sincère

Dans son livre "Portraits souvenirs", Philippe Moureaux décrit Elio Di Rupo comme un 'Janus sincère'. Un homme "capable de faire une analyse correcte sur les rapports de force, mais pour proposer ensuite une politique très éloignée de l’analyse première. L’homme est complexe, habité par une volonté de coller au réel pour l’influencer et en même temps un homme capable d’une analyse pointue, mais différente de ce qu’il fait".

L’ancien vice-premier ministre reconnaît à Elio Di Rupo d’avoir eu la réelle volonté de lancer la "chasse aux parvenus": "Ce n’était pas du foin, mais cela n’a pas été jusqu’au bout". Pourquoi cette traque n’a-t-elle pas été menée à bien? "Il y a un mystère que je n’ai pas encore percé est qui sera l’une des choses les plus importantes à découvrir un jour".

Garder Di Rupo à la tête du parti après les élections était un mauvais choix

Philippe Moureaux est plus critique à propos de la stratégie d’Elio di Rupo après les élections qui ont ramené le PS dans l’opposition au fédéral. Pour le Bruxellois, passer du poste de Premier ministre à celui de chef de parti était une erreur: "L’avenir nous dira s’il a réussi son saut périlleux". Mais  depuis, le PTB est à 18%. "Elio a très vite été la cible des médias. Il aurait dû y penser. Il est passé de positons médianes à l’opposition et a voulu être le redresseur d’un parti qui aurait dû être plus ferme dans l’opposition. Avec le temps, c’était un mauvais choix".

Sur Molenbeek, pas un mot dans son dernier livre, mais une phrase, sur les ondes de Matin Première, qui pourra relancer la polémique: "J’ai le regret de ne pas avoir pu continuer mon combat contre le radicalisme qui a malheureusement été mis sur le côté après mon départ".  Françoise Schepmans appréciera…

Qui disait, déjà: "Protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en occupe".

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