La Dernière Heure publie deux pages blanches, assorties d'un commentaire. "Ces pages sont blanches, écrit Stéphane Tassin, parce qu'elles témoignent d'un ras-le-bol total. L'interminable cirque continue. Face à l'incapacité des négociateurs à conclure un accord au bout de 207 jours. Face à ces petites phrases stériles, face aux réunions secrètes, face à cette confiance manifestement brisée, face à ce gâchis monumental, nous avons jugé qu'il n'y avait plus rien à dire", écrit encore Stéphane Tassin.
Et le ton est donné, celui d'une lassitude partagée par toute la presse, avec des nuances toutefois. Le Soir constate : "CD&V et N-VA ont osé: ils ont dit neen". Car le constat est unanime : "ce non mais, neen maar, est de fait un non tout court". Njet, nichevo, nada. "Alors, le chaos à nouveau ?", se demande Béatrice Delvaux. Qui s'emporte : "on se moque des francophones là, non ? La Flandre voulait une grande réforme de l'Etat, elle l'a". Même en Flandre, on le dit, poursuit en substance la rédactrice en chef du Soir. "Rappelons qu'on demandait aux sept partis de se remettre à table pour négocier, amender, moduler le texte proposé. Ne pas dire oui à ce stade, avec ce qui est sur la table est tout simplement, excusez le terme, minable. Et gravement irresponsable."
Côté francophone, on pointe donc clairement du doigt les flamands, responsables de cette crise. C'est le sens de l'éditorial de Pierre-Francois Lovens, dans la Libre Belgique. "Surenchère flamande", écrit-il. "Avant même de connaître le sort de la note du conciliateur royal, il serait peut-être bon de rappeler à messieurs Beke et De Wever que leur surenchère n'est pas acceptable. La note apporte tous les éléments pour une importante réforme de l'état. Elle fixe un cadre, un périmètre qu'il convient de respecter sans pinailler. Chaque négociateur devrait agir avec sincérité. La N-VA et le CD&V font exactement l'inverse : ils chipotent et divisent", conclut Pierre-Francois Lovens.
Dans les quotidiens du groupe Sud Presse, Benoit Jaquemart exprime aussi sa lassitude : "Passons à autre chose, on a tout essayé avec la N-VA, mais le constat est là, c'est un échec. Négocier avec De Wever, acceptez mes demandes et puis c'est tout. Si la NVa veut des élections, si le CD&V parie sur un scrutin pour se refaire une santé, qu'il le dise. Au moins, les choses seraient claires. Mais de grâce, arrêtons ce jeu, c'est indigne", conclut le commentateur.
Un ton pas plus modéré dans la presse flamande
En tous cas dans trois quotidiens, le Laatste Nieuws, le Morgen et le Nieuwsblad. Luc Vanderkelen, dans Het Laatste Nieuws, sort l'artillerie. En visant tout particulièrement le CD&V, "ce parti à l'orgeuil blessé, écrit-il, un parti qui n'accepte toujours pas de ne plus être le numéro un, et qui se noie dans ses rivalités internes. Mais de toute manière, explique encore le commentateur, quelle viabilité aurait une coaltion si, de prime abord, ses partenaires ne sont même pas prêts à se remettre autour de la table. Le jour des innocents est passé, et il ne reste qu'une solution: que les marchés financiers tancent vertement la Belgique. On aura alors vraiment des raisons de pleurer, mais on finirait presque par l'espérer", constate Luc Vanderkelen. Qui au passage s'en prend au patron de la N-VA : "Tiens, toute la journée, hier, on a vainement attendu un commentaire de sa part. Il a fallu attendre le soir, et l'émission de slimste mens sur la VRT, pour voir enfin Bart De Wever. Absurde, alors que le pays est au bord du gouffre. On ne peut imaginer meilleur exemple du côté 'Titanic' de Bart de Wever".
"C'est sans espoir, écrit Yves De Smet dans le Morgen. Il n'y a qu'au pays du surréalisme qu'on peut briser une négocation sur, par exemple, les compétences en matière d'entrées et de sorties sur le ring de Bruxelles. L'inaptitude du CD&V et de la N-VA à aller au compromis rend la situation désepérée et, surtout, très grave."
Seuls le Standaard, le Belang Van Limburg et la Gazet Van Antwerpen, proches du CD&V et de la N-VA, pointent du doigt les francophones, tandis que dans le Nieuwsblad, Liesbeth Van Impe n'a qu'un mot : "C'est à hurler."
Didier Delafontaine




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