110 000 manifestants à Bruxelles, violents incidents Porte de Hal

Les militants de la FGTB à Bruxelles
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Les militants de la FGTB à Bruxelles - © JASPER JACOBS - BELGA

La mobilisation sociale contre les mesures du gouvernement Michel a été très importante ce jeudi. Plus de 100 000 manifestants, d'après la police, ont défilé depuis midi en front commun dans les rues de Bruxelles. Les syndicats estiment la participation à 120 000 personnes, et demandent la reprise du dialogue social. Des incidents se sont produits entre policiers et manifestants dans le quartier de la gare du Midi.

Les violences ont éclaté entre certains manifestants et la police près de la Gare du Midi. D'après le porte-parole de la police de Bruxelles, il s'agirait de dockers. Une dizaines de voitures ont été incendiées. La Croix-Rouge de Belgique a enregistré jeudi 36 soins sur place et 24 évacuations vers des hôpitaux, selon le bilan final des interventions des secouristes. Des policiers et des manifestants figurent parmi les blessés. Deux policiers seraient dans un état grave.

Retrouvez ci-dessous le fil de la journée.

 

18 heures

Les manifestants se sont dispersés et la situation est revenue au calme, aux abords de la gare de Bruxelles-Midi. Les carcasses de voitures brûlées se trouvent toujours sur le Boulevard du Midi et un important dispositif policier est maintenu.

Les responsables syndicaux ont été reçus par le Premier ministre à 17 heures. La réunion s'est terminée aux alentours de 18 heures.

17h30

La Croix-Rouge de Belgique a décidé jeudi après-midi de déclencher le Plan d'Interventions médicalisées (PIM), a annoncé sa porte-parole Nancy Ferroni. Le bilan à 17 heures fait état de 33 interventions et de 21 évacuations vers des hôpitaux. Des manifestants et des policiers figurent parmi les blessés mais leur vie n'est pas en danger, a rapporté un responsable médical.

Le PIM est une phase supérieure au dispositif normal. La Croix-Rouge de Belgique a installé un poste médicalisé fixe à hauteur du 5 de la rue de l'Hôtel des Monnaies à Saint-Gilles et a prévu une ambulance supplémentaire. Le dispositif normal comptait déjà une vingtaine de secouristes répartis autour de deux ambulances, deux équipes d'intervention motorisées et deux postes de soins mobiles.

D'après le porte-parole de la police de Bruxelles, Christian De Coninck, 12 policiers ont été blessés, dont 2 grièvement.

16h50

La police a chargé la foule jeudi vers 16 heures afin de disperser plusieurs centaines de manifestants qui s'étaient rassemblés entre la Porte de Hal et la gare de Bruxelles-Midi, selon l'agence Belga. Des incidents se sont déclarés à l'issue de la manifestation nationale et plusieurs véhicules ont été incendiés.

Un noyau de plusieurs centaines de manifestants a continué à affronter les forces de l'ordre, qui ont utilisé du gaz lacrymogène et des arroseuses. Vers 16h, la police a finalement chargé les manifestants afin de les disperser.

Ils se sont réfugiés dans les rues adjacentes au Boulevard du Midi.

16h40

Des incidents se sont déclarés jeudi après-midi entre la Porte de Hal et la gare de Bruxelles-Midi, à l'issue de la manifestation nationale. Un noyau de plusieurs centaines de manifestants continue à affronter les forces de l'ordre, qui ont utilisé du gaz lacrymogène et des arroseuses pour disperser la foule. Des véhicules ont également été incendiés.

Les manifestants s'en sont pris à des véhicules en stationnement, en les incendiant et en les déplaçant sur la chaussée pour ériger des barricades. Les manifestants se sont également armés de bâtons, de pierres, de bouteilles et de barrières Nadar. D'autres brasiers ont été constatés à proximité de la gare de Bruxelles-Midi. Les manifestants ont par ailleurs dégradé des panneaux publicitaires.

La police a utilisé du gaz lacrymogène pour tenter de disperser la foule, en vain.

D'autres manifestants, également sur place, essayent d'empêcher les casseurs de s'en prendre aux véhicules.

16h20

Les représentants des syndicats FGTB, CSC et CGSLB se sont félicités jeudi du nombre estimé de 120 000 participants présents, dans leurs discours prononcés à l'issue de la manifestation nationale menée en front commun. "Le gouvernement et les patrons ne pourront rester sourds à cette mobilisation", a lancé Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB, signalant la présence de travailleurs tant du secteur public que du privé ou encore du monde culturel. "A ceux qui s'étonnent, je leur dis de lire l'accord de gouvernement, totalement asocial, injuste et qui fait tout peser sur le secteur public et la sécurité sociale. On prend l'argent de la collectivité pour le glisser dans la poche des actionnaires", s'est-il insurgé. Le secrétaire général du syndicat socialiste a posé quatre conditions à la reprise d'un dialogue social: supprimer le saut d'index et respecter la liberté de négociation, garantir la sécurité sociale, établir un plan de relance et, enfin, proposer une fiscalité juste. "Si nous ne sommes pas entendus, nous relancerons un nouveau plan d'actions dès le 5 janvier", a-t-il prévenu.

"Félicitations aux 120 000 verts, rouges et bleus venus de tout le pays malgré les intimidations des patrons", a lancé pour sa part Jan Vercamst de la CGSLB. "Cette mobilisation, c'est du jamais vu depuis 30 ans. Il y a des gens qui ne sont pas encore arrivés place De Brouckère", a signalé son collègue francophone depuis la Gare du Midi. Du côté de la CSC, la secrétaire générale Marie-Hélène Ska a également remercié les participants et notamment ceux qui n'ont pas l'habitude de manifester. "Vous êtes nombreux à vouloir le changement. C'était d'ailleurs l'un des slogans-phare de la campagne électorale. Mais de quel changement parlent-ils? Saut d'index, gel des salaires, recul de l'âge légal de la pension, la fin du crédit temps non justifié qui va pénaliser les femmes", a-t-elle énuméré. "De qui se moque-t-on? Il faut oser investir dans les services publics, dans une justice capable d'assurer ses missions, dans la culture". Le syndicat chrétien s'est dit prêt à discuter et réévaluera la situation le 15 décembre prochain, à l'issue du jour de grève nationale prévu en front commun.

15h45

De nombreux incidents ont eu lieu aux alentours de la Porte de Hal, en marge de la manifestation. Une centaine de manifestants jettent des projectiles, dont de nombreux pavés, sur les forces de l'ordre présentes en nombre. Plusieurs policiers ont été blessés lors des échauffourées.

Les policiers utilisent les arroseuses en continu contre les assaillants. Bon nombre de véhicules en stationnement à proximité du lieu des affrontements ont les vitres brisées, certains ont même été retournés sur leur toit ou incendiés.

La plupart des incidents se concentrent à la sortie du tunnel de la Porte de Hal, où sont massés la centaine de manifestants.

Croix-Rouge : 26 interventions et 14 évacuations

La Croix-Rouge de Belgique est intervenue à 26 reprises dans le cadre de la manifestation nationale et a évacué 14 personnes vers des hôpitaux, a indiqué jeudi, vers 15 heures, sa porte-parole Nancy Ferroni. Il n'y a pour l'instant pas de cas grave signalé. Le responsable médical sur place parle de bagarres, de chutes et de problèmes médicaux.

A la demande des organisateurs, la Croix-Rouge de Belgique a mis en place un dispositif composé de deux ambulances, de deux équipes d'intervention motorisées et de deux postes de soins mobiles. Une vingtaine de secouristes sont mobilisés au total.

15h00

La tête du cortège se trouve boulevard du Midi et la queue est à hauteur de la rue Saint-Jean Népomucène. La tension reste très vive dans les alentours de la gare du Midi. Certains manifestants ont monté le boulevard et ont été bloqués à hauteur de la porte de Hal.

14h10

La station de prémétro Bourse, située sur le boulevard Anspach à Bruxelles et se trouvant sur le trajet de la manifestation nationale, a été fermée jeudi vers 13h50 pour des questions de sécurité, a indiqué la Stib.

La FEB occupée par plus de 150 personnes

Le siège de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) à Bruxelles est occupé par plus de 150 militants des Jeunes Organisés et Combatifs (JOC), des Jeunes FGTB, des Jeunes ACV-CSC Bruxelles, de l'USE, des Jeunes Anticapitalistes (JAC) et de l'Union syndicale étudiante (USE) entre autres, a indiqué Antoine Roisin, porte-parole des JOC. La FEB a confirmé l'occupation mais n'a pas souhaité la commenter.

"Nous avons tenu une assemblée et un tribunal symbolique pour juger la FEB qui détruit l'emploi, s'accapare les richesses et détourne la démocratie. L'une des propositions de ce tribunal est de réduire le temps de travail avec maintien de salaire et embauche compensatoire. Quant aux responsables et administrateurs de la FEB, le jury populaire envisage de les condamner aux travaux forcés", a indiqué Antoine Roisin, porte-paroles des JOC.

"Depuis des années, la FEB et ses membres prêchent l'austérité et la destruction de nos avenirs au nom des profits de leurs actionnaires. Pour l'imposer via leurs relais politiques, ils ont pris en otage la démocratie", a-t-il ajouté.

Selon Antoine Roisin, ces mesures ne créent pas d'emplois mais concentrent toutes les richesses "dans les mains d'une petite élite". "Au nom de la crise que cette élite a créée, ils justifient aujourd'hui le démantèlement du droit du travail, la destruction de nos conditions de vie et de travail et la mise entre parenthèses de la démocratie", a-t-il conclu.

13h30

Une confrontation a lieu entre les manifestants et la police à la gare du Midi. Elle a débuté peu après 13H30. Certains manifestants, majoritairement des dockers venant de Gand et d'Anvers, ont dévié vers le boulevard du Midi. La police est rapidement arrivée sur les lieux. L'ambiance sur place est tendue: des pavés, des panneaux de signalisation ont été lancés, et la police a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau anti-émeute.

Un travailleur sur dix du secteur chimique participe à la manifestation

Un travailleur sur dix du secteur des industries chimiques et des sciences de la vie participe à la manifestation nationale. 75% des entreprises de ce secteur doivent faire face à des absences, d'après une estimation réalisée par la fédération Essenscia.

L'action des syndicats a un effet limité mais perceptible sur la production. Cette dernière est perturbée dans environ trois entreprises sur dix.

Essenscia demande la reprise de la concertation sociale dans un cadre serein. "Il est important que toutes les parties se réunissent autour de la table afin de donner toutes les chances au dialogue social. L'emploi de nos collaborateurs et la compétitivité de nos entreprises vont de pair. En tant que fédération industrielle, nous avons toujours plaidé pour la recherche conjointe de solutions : employeurs, autorités et syndicats réunis", déclare Yves Verschueren, administrateur délégué d'Essenscia.

Voka : "Les travailleurs sont bien à l'œuvre dans les entreprises privées en Flandre"

Les travailleurs sont actifs dans près de 90% des entreprises du secteur privé en Flandre, d'après une estimation réalisée par le Voka. "Les principaux problèmes auxquels ont été soumises les sociétés flamandes sont des retards de leur collaborateurs et des perturbations dans les livraisons", poursuit l'organisation patronale flamande.

Au total, 1,6 million de travailleurs flamands du secteur privé sont au travail aujourd'hui, selon le Voka. L'organisation indique avoir interrogé auprès d'un millier d'entreprises.

Dans les 10% d'entreprises ou les effectifs ne sont pas au complet, moins de 10% des collaborateurs sont absents. Seules trente entreprises doivent faire face à l'absence de plus de 30% de leur personnel.

Perturbations limitées chez bpost

L'impact de la manifestation nationale est resté limité chez bpost. Les quotidiens ont pratiquement tous été distribués et 98% des bureaux de poste restaient ouverts jeudi midi. Le courrier n'a cependant pas pu être distribué dans toutes les régions, a indiqué le porte-parole de bpost.

C'est dans les provinces de Liège et du Luxembourg que la mobilisation s'est le plus fait ressentir, puisque 35% du courrier n'y a pas été distribué. Dans les provinces de Namur et du Hainaut, une tournée sur quatre n'a pas été effectuée.

Au nord du pays, les provinces de Flandre occidentale et orientale connaissaient une distribution à 98% normale. A Anvers, au Limbourg, dans les deux Brabants et à Bruxelles, une tournée sur dix n'avait pas pu être menée.

Les bureaux de poste étaient pratiquement tous ouverts (98%) mais certains guichets pouvaient néanmoins être fermés, principalement en Wallonie.

13h15

La tête du cortège se trouve à hauteur de la rue de l’Écuyer, alors que la fin du cortège n'est pas encore parti de la gare du Nord. La FGTB estime déjà le nombre de manifestants à 120 000, alors que tous les militants ne sont pas encore arrivés à Bruxelles. Selon la CSC, c'est le chiffre de 200 000 manifestants qui circule dans le cortège. Selon la police, ils sont 100 0000 dans le cortège. "C'est la mobilisation la plus importante depuis des années", se félicite Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC. "Ce qui me frappe, c'est la présence de personnes qui ne manifestent jamais d'ordinaire."

Marc Goblet, le secrétaire général de la FGTB, a tenu à rappeler que cette manifestation constituait "un signal fort pour le gouvernement". "Les mesures prévues touchent tout le monde. Le pouvoir d'achat sera mis à mal, tant pour les travailleurs que pour les allocataires sociaux et les petits indépendants." Jan Vercamst, le président de la CGSLB, a pour sa part indiqué qu'il était ravi de répondre à l'invitation du Premier ministre, ajoutant que son organisation conservait des contacts avec les partis libéraux.

"Ici, dumping social"

La mobilisation est très importante. Les manifestants sont partis dès le matin des quatre coins du pays, la plupart en car ou en train. La SNCB a annoncé avoir vendu au total plus de 80 000 billets "événements" pour la manifestation.

Le boulevard Simon Bolivar, qui fait face à la gare du Nord, s’est rempli depuis 9 heures. Les affiliés aux syndicats FGTB, CSC et CGSLB ainsi que des militants du PS et des partis de la gauche radicale sont présents.

Alors que le boulevard Simon Bolivar était encore ouvert à la circulation, des automobilistes ont été bloqués quelques instants par les militants syndicaux. "Michel 1er nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage", stipule un paquet de cigarettes géant porté par des affiliés CSC Metal. "Ici, dumping social", annonce une vaste banderole installée devant l'entrée de la tour GDF Suez.

Surfant sur la mode des clowns, un membre du syndicat chrétien, avec son nez rouge et son chapeau, signale sur sa pancarte: "Je suis un clown triste, un plat de misère pour nous".

Les trains circulent au compte-gouttes

La circulation des trains en gare du Nord s’est fait au compte-gouttes en fin de matinée. Le ralentissement des trains a été réalisé sur ordre de police en raison de la présence de nombreuses personnes sur les quais, a indiqué la SNCB.

Le départ de la manifestation a été donné à midi à la gare du Nord. La gare a dès lors été évacuée par les nombreux manifestants présents. Le trafic des trains a repris de manière plus régulière, quelques retards sont néanmoins à prévoir.

 

Marc Leemans (CSC) fustige Luc Coene (BNB)

Marc Leemans, le président de la CSC, a émis de violentes critiques à l'égard de Luc Coene, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique. "Luc Coene est nanti, bien payé. Il semble ignorer que d'autres gagnent 1.200 ou 1.300 euros par mois", a déclaré le responsable syndical en réponse aux propos du gouverneur, qui avait égratigné les manifestants dans la presse.

Dans une interview accordée au magazine Trends, Luc Coene a déclaré que les manifestants désirent en fait renvoyer la facture à leurs enfants et leurs petits-enfants. "Ces personnes descendent justement dans la rue pour leurs enfants et leurs petits-enfants, pour leurs parents et leurs grands-parents", a répondu le président de la CSC.

Marc Leemans a également tenu à rappeler que la manifestation cible le caractère déséquilibré de l'accord gouvernemental. "Toute l'addition est à charge des gens. Le saut d'index n'est rien d'autre qu'un impôt unilatéral. C'est un cadeau fait aux employeurs."

Le mouvement de protestation de jeudi n'est pas un signal envoyé uniquement au gouvernement, "mais également aux employeurs, qui ne s'engagent d'aucune manière", estime Marc Leemans.

Le dirigeant du syndicat chrétien indique que la manifestation réunira plus de 100.000 personnes, dont au moins 50.000 de la CSC, selon lui.

Cela fait presque quinze ans qu'une manifestation n'avait plus réuni 100.000 personnes à Bruxelles. En 2001, une manifestation européenne avait dépassé ce cap, avec une importante participation étrangère.

 

La FEB lance le hashtag #AujourdhuiJeTravaille sur twitter

Pieter Timmermans, le CEO de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), a lancé jeudi matin sur twitter le hashtag #AujourdhuiJeTravaille (#IkWerkVandaag), "pour pouvoir donner un visage à ceux qui ne soutiennent pas les actions syndicales". Après une heure et demie, près de 1.000 personnes avaient utilisé ce hashtag, selon Pieter Timmermans.

"Personnellement, je suis fermement convaincu que ces actions font inutilement subir des dommages à nos entreprises, et ce à un moment où tout le monde attend précisément d'elles qu'elles sortent notre économie de l'impasse", a déclaré le CEO de la FEB. "Mais le succès de ce hashtag montre que les gens ont de nombreuses raisons de ne pas être d'accord avec l'opposition des syndicats et qu'ils veulent également le faire savoir via les médias sociaux. J'espère que leur voix aussi sera entendue dans les jours à venir. Le statu quo n'est pas une option. Les réformes sont indispensables", a-t-il ajouté.

 

 

Notre galerie d'images prises dans la manifestation

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