Plus de 5000 sidérurgistes de 18 pays européens ont manifesté à Bruxelles

De milliers de personnes ont manifesté ce lundi à Bruxelles pour défendre le secteur de la sidérurgie européenne.

Au nombre de 5250 selon les estimations de la police, ils se sont rassemblés au Parc du Cinquantenaire vers 11h30 pour investir le rond-point Schuman puis entamer une marche, en cortège, autour du Berlaymont et dans les environs de la rue de la Loi. Un peu avant 14h, tous les manifestants étaient de retour au Parc et l'entièreté du parcours était rouvert à la circulation.

Pour une fois, ce ne sont pas les syndicats qui appellent à se mobiliser, mais bien les patrons de ce secteur inquiets de la concurrence chinoise. Ils viennent demander à l'Union Européenne qu'elle n'accorde pas le statut d'économie de marché (SEM) à la Chine. En marge de la manifestation, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a reçu une délégation de représentants du secteur.

La Chine a intégré l'OMC, l'Organisation Mondiale du Commerce en 2001. Mais une clause particulière prévoit que pour une cinquantaine de produits, on n'évaluerait pas tout à fait de la même manière la loyauté commerciale des prix pratiqués par les entreprises chinoises, et cela parce qu'on ne pouvait pas considérer jusqu’ici que la Chine avait le statut d'économie de marché. C’est ce qui pourrait changer à la fin de cette année.

"Notre premier message aujourd’hui, est que la Chine n’est pas une économie de marché et par conséquent elle ne devrait pas être considérée comme telle" a déclaré sur les ondes de la RTBF Renaud Batier, le Vice-Président d'Aegis Europe, la fédération des entreprises manufacturières.

18 pays européens représentés

Avant le départ du cortège, Geert van Poelvoorde, président de la fédération européenne de l'acier Eurofer, a pris le temps de saluer chacune des délégations nationales présentes, au nombre de 18 au total. La Roumanie, l'Espagne, la Grèce, le Royaume-Uni, la Bulgarie, la Finlande ou encore les Pays-Bas sont notamment représentés.

Le député européen Antonio Tajani, ancien commissaire européen à l'Industrie, a ensuite pris la parole. "Nous ne sommes pas contre la Chine, nous voulons seulement défendre l'industrie européenne", a-t-il assuré. "Nous devons changer les règles de la compétition", dans le but d'assurer une concurrence loyale, ce qui passe pour les manifestants par un refus du SEM pour la Chine, "qui n'est tout simplement pas une économie de marché". Une dizaine de parlementaires européens participent d'ailleurs à la manifestation, selon Aegis.

Parmi ceux-ci, l'eurodéputé belge Claude Rolin (cdH) qui estime aussi que la Chine est "loin de respecter les cinq critères auxquels est conditionné le statut d'économie de marché". Le lui accorder "accentuerait la concurrence déloyale sur des secteurs déjà fragilisés en Europe, comme la sidérurgie, mais aussi l'aluminium, le verre et la céramique, entre autres" note l'humaniste. "Les pertes en matières d'emplois et de produit intérieur brut peuvent être conséquentes et déréguler le marché, alors qu'il est justement indispensable d'assurer la relance économique et de garantir que l'industrie européenne reste compétitive à l'échelle mondiale", observe-t-il encore. Claude Rolin plaide donc pour l'instauration de mécanismes d'ajustement aux frontières "afin de rétablir une égalité dans les échanges et de mettre un terme aux pratiques de dumping de certains États."

85 000 emplois perdus en Europe et 25 000 emplois concernés en Belgique

Les quantités d'acier importées de Chine par l'Union Européenne ont doublé ces deux dernières années, avec des prix en chute libre de 40 %. Depuis 2008, 85 000 emplois ont été perdus dans la sidérurgie en Europe.

Il y a quelques jours le Ministre de l'Economie Kris Peeters et cinq de ses collègues européens avaient interpellé la Commission. La réaction apparaît quand même tardive, regrette Renaud Batier. "Je pense qu’en Belgique, surtout en Flandre, il existe encore beaucoup d’emplois dans la sidérurgie. Vous avez des industries aussi en Wallonie qui tournent autour de la sidérurgie, qui existent toujours. Ces industries seront impactées indirectement. "

En Belgique, la sidérurgie représente 25 000 emplois directs et indirects dont 6400 chez Arcelor Mittal à Gand et Genk, et 1300 à Liège.

Les sidérurgistes ne sont pas les seuls à s’inquiéter. Des agriculteurs wallons affiliés à la FUGEA viendront également manifester ce matin dans le quartier européen. Ils protestent contre la dégringolade du prix du lait. Des problèmes de circulation pourraient intervenir près des institutions européennes.

Ce lundi en fin d'après-midi, la Commission européenne a répondu à ces critiques par la voix de porte-paroles. Elle s'est déclarée consciente des difficultés rencontrées notamment par l'industrie de l'acier et a indiqué vouloir tout mettre en oeuvre pour protéger l'industrie européenne du dumping et d'autres pratiques commerciales non équitables.

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