Le parti "Islam" espère que la Belgique deviendra un jour un état islamique

Les membres du parti Islam (Redouane Ahrouch au centre)
Les membres du parti Islam (Redouane Ahrouch au centre) - © RTBF

Lors des dernières élections communales, un nouveau venu a fait son apparition sur les listes de certaines communes bruxelloises : le parti "Islam". Quel est son programme politique et quelle est sa vision de l'avenir ?

Avec ses trois candidats dans les communes d'Anderlecht, Molenbeek et Bruxelles Ville, le parti "Islam", encore inconnu il y a trois mois, s'en est plutôt bien sorti puisqu'il est parvenu à décrocher deux élus.

Un beau coup de stratégie politique

Selon Corinne Torrekens (ULB), chercheuse au FNRS – GERME et spécialiste des thèmes liés à l’Islam, "l’excellente stratégie marketing mise en œuvre par ce parti, lui a probablement permis, grâce aux trois listes qu’il a présentées, de décider un certain nombre d’indécis".

Lors de la conférence de presse donnée par les membres d’Islam, l’un des futurs conseillers communaux d’Anderlecht, Redouane Ahrouch, qui évite de serrer la main ou de croiser le regard des journalistes féminines de l’assemblée, présente son parti : "Nous sommes des élus islamistes mais nous nous sentons avant tout musulmans", déclare-t-il.

Le programme et la campagne

Le tract qu’ils ont distribué pendant la campagne, prône l'éthique en politique, ainsi que trois grandes revendications, à savoir : les repas halal dans les cantines, les jours de congés confessionnels et l'autorisation du port du foulard à l'école.

"Leur stratégie politique est assez faible", explique Corinne Torrekens. "On ne peut pas dire qu’ils n’ont pas fait campagne, mais celle-ci était très limitée et très ciblée".

Qui est Redouane Ahrouch ?

Redouane Ahrouch n'en est pas à sa première tentative de percée politique. En 2009, il était colistier de Jean-François Abdullah Bastin. Dix ans plus tôt, il avait déjà créé le parti Noor, dont le programme se décline en 40 points dont par exemple, le rétablissement de la peine capitale, favoriser le mariage dès l'adolescence,  être plus sévère en matière de divorces ou encore la révision de la mixité dans certains lieux publics.

"Et pourquoi pas un état islamique en Belgique ?"

"Aujourd’hui notre approche est différente", explique-t-il. "Il faut d’abord sensibiliser les gens en douceur et leur faire comprendre l’avantage d’avoir des dirigeants et des lois islamiques, pour aboutir pourquoi pas, tout naturellement à un état islamique en Belgique".

"Je suis pour la Charia", déclare encore Redouane Ahrouch. "C’est un combat de longue haleine qui prendra des décennies voire un siècle mais le mouvement est lancé".

Que pense "Islam " des élus musulmans des partis traditionnels ?

Le Coran sera la référence de ces deux nouveaux conseillers communaux, et ce afin de, selon leurs dires, "faire tomber les masques" des élus musulmans des partis traditionnels.

"J'ai la chance d’être légitimé", dit Redouane Ahrouche qui explique son excellent score par leur décision de ne présenter qu’un seul candidat par liste. Il y avait, dans les autres partis, selon lui, "une inflation de candidats d’origine musulmane avec des têtes de Turcs ou des têtes d’Arabes aux beaux sourires et aux belles promesses, ce qui finissait par dégouter les gens". Dans sa stratégie, le parti Islam a donc privilégié le porte à porte à l’affichage traditionnel.

Pour la chercheuse Corinne Torrekens, "les partis traditionnels on raté le coche. On a plutôt assisté à une attitude schizophrénique de l’ensemble de ces partis sur la question de la diversité et les questions liées à l’Islam.  Il est grand temps qu’ils arrêtent des positions claires et précises sur certaines questions comme celle du port du foulard, etc.  Il va falloir trancher un jour ou l’autre", conclut-elle.

En 2014, le parti Islam espère bien présenter de nombreux candidats aux élections régionales.

I.L. avec Laurence Brecx


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