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La saga ArcelorMittal: chronique d'une négociation mort-née

BELGIQUE | mardi 18 septembre 2012 à 17h33

  • Depuis l'annonce en octobre dernier de la fermeture de la phase à chaud, les syndicats n'ont jamais renoncé à leurs ambitions de conserver une sidérurgie intégrée dans le bassin liégeois. Mais la direction d'ArcelorMittal n'a rien cédé, au contraire. Et l'avenir du site semble plus bouché que jamais.

    On s’en souvient, début 2003 déjà, un plan "Apollo" concocté par le groupe sidérurgique Arcelor prévoyait la fin de la phase à chaud sur le site liégeois.

    Mais en 2007, Mittal, après avoir réussi son OPA sur Arcelor, avait annoncé qu’il allait relancer la phase liquide. Une annonce qui aura pourtant été suivie de peu d’effets.

    Ainsi le haut-fourneau 6 (HF6) de Seraing ne sera rallumé que quelques mois et le haut-fourneau B (HFB) d’Ougrée est mis à l’arrêt dès juillet 2011.

    Le 12 octobre 2011, le couperet tombe définitivement : la décision de la fin de la phase est chaud est annoncée par la direction d’ArcelorMittal. Les deux hauts-fourneaux sont condamnés. "Un véritable cataclysme" social, commente à l’époque le délégué syndical de la CSC David Camerini.

    Jordan Atanasov, secrétaire général de la CSC-Métal fumine d’autant plus que "les travailleurs ont accepté depuis 2008 des mesures en matière de flexibilité, de transferts, de gels de salaires; ils ont dit oui à tout et ça n'a pas suffi", explique-t-il.

    Au total, 600 emplois sont concernés annonce-t-on alors. Mais la phase à froid est toutefois maintenue à ce stade.

    Première polémique : plus d’un milliard de bénéfices, zéro euro d’impôt

    Dès le surlendemain de l’annonce de la fermeture de la phase à chaud, une polémique éclate au sujet des intérêts notionnels dont a bénéficié le groupe ArcelorMittal en Belgique.

    Le service d’études du PTB révèle en effet que le grand groupe sidérurgique n’a payé que 496€ d’impôts en 2010 (pour l’exercice fiscal 2009 donc) malgré un bénéfice de 1,3 milliard d’euros.

    Pire, la même source stipule qu’en 2011 (exercice fiscal 2010), Arcelor n’a pas déboursé le moindre euro d’impôt malgré un bénéfice de 1,39 milliard d’euros. Ce n’est de loin pas la dernière polémique que suscitera le géant de l’acier (lire ci-dessous).

    Le genre d'annonces qui a le don de braquer les syndicats, déjà très remontés. Leur mobilisation atteindra son paroxysme au mois de décembre.

    Bras de fer entre direction et syndicat

    En décembre en effet, 40 000 travailleurs (selon les syndicats, 15 000 selon la police), manifestent au centre de Seraing pour exiger "du respect" de la part du groupe leader mondial de la métallurgie.

    Le tabou de la demande de nationalisation y est levé et l’appel du pied aux pouvoirs publics devient explicite. "Le combat ne fait que commencer. On ne lâchera pas le morceau", lance alors Francis Gomez, le président des métallos FGTB, à la foule rassemblée face à lui.

    Une démonstration de force qui n’impressionne en rien la direction. Joao Felix Da Silva, le CEO d’ArcelorMittal Liège juge même la mobilisation syndicale "néfaste pour la région liégeoise".

    Le ton est donné. Depuis cette époque, ni les syndicats, ni la direction n’ont infléchi leurs positions respectives.

    Cependant, le patron du site liégeois d’Arcelor rappelle que "la sidérurgie à froid liégeoise dispose d'outils de classe internationale et développe de nombreux nouveaux produits et procédés".

    A ce moment de l’évolution du dossier, la procédure de licenciement collectif (dite procédure Renault) est dans la phase d’information.

    Le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt commande alors une étude aux bureaux Syndex et Laplace, notamment pour alimenter son argumentaire lors des négociations liées à ladite procédure.

    Le rapport Laplace: la faute aux Liégeois

    Le rapport Laplace est à la base d’une nouvelle polémique. Même d’un mini-séisme dans le microcosme liégeois. Marcel Genet, le président de Laplace Conseil, y pointe notamment une responsabilité des organisations syndicales dans le déclin sidérurgique liégeois.

    Plus précisément, c’est "ce système de querelles et de difficultés permanentes qui n’est pas seulement le fait des syndicats, je le précise, mais qui est une partie de ces querelles... c’est ce système qui, à mon avis, est la cause profonde du déclin de la sidérurgie liégeoise", avance Marcel Genet.

    Ce rapport avalise la fermeture des haut-fourneaux, en avançant que la phase à chaud est de toutes façons condamnée. Mais la phase à froid peut être sauvée, selon son auteur, à conditions de changer la "façon de travailler", les "relations", de cesser les querelles et se réconcilier "entre Liégeois". Le déclin de la sidérurgie liégeoise serait donc le fait des Liégeois eux-mêmes, incapables de s’entendre entre eux et de mettre en place des processus décisionnels efficaces.

    Le ministre Marcourt s’emploiera dès le lendemain à étouffer le début d’incendie suscité par ce rapport, arguant qu’il n’est tout simplement "pas possible d’y donner suite en raison de ses incohérences intellectuelles" pointant entre autres les éléments "non argumentés, non étayés et incohérents" de ce document.

    Surtout, le gouvernement wallon ne peut se résoudre à accepter l’affirmation du caractère inéluctable de la fermeture de la phase à chaud à Liège. A cette époque (janvier dernier), on n’en est toujours qu’à la première phase de la procédure Renault, celle de l’information, et rien ne semble encore inéluctable.

    Deuxième polémique : les quotas de CO2

    Fin mars, l’Echo révèle que le groupe ArcelorMittal s’est vu attribuer par la région wallonne des quotas d’émission de CO2, des "droits de polluer gratuitement". Pour la période 2013-2020, l’exécutif wallon a octroyé des quotas équivalents à plus de 28 millions de tonnes de CO2 à ArcelorMittal, sur un total de près de 140 millions. Arcelor engrange donc près de 20% du total des droits de polluer attribués aux entreprises wallonnes sur cette période. Mais le plus interpellant est que ces droits concernent essentiellement… les haut fourneaux 6 et B que Mittal a décidé de fermer.

    L’explication est simple, ces quotas ont été négociés avant le 31 juillet 2011, autrement dit, avant l’annonce une dizaine de semaines plus tard, de la fermeture définitive de ces outils par le groupe sidérurgique.

    Le ministre wallon de l’Environnement, Philippe Henry aura beau expliquer qu’il s’agit d’une allocation provisoire de quota, l’impression que le gouvernement wallon s’est laissé embobiner demeure.

    Le rapport Syntex : pas d’avenir sans phase à chaud

    Début mars, une première étude du bureau Syntex (qui préfigure le rapport proprement dit, lequel sera remis en mai) remet en cause les options stratégiques du groupe ArcelorMittal.

    Il en ressort que le choix de fermer les hauts fourneaux risque de coûter très cher au groupe sans forcément lui rapporter grand-chose. Surtout, il y est démontré que le manque de compétitivité du site liégeois est artificiellement exagéré par des acrobaties comptables.

    Enfin, il y est clairement stipulé que coupé de la phase à chaud, le froid n’a pas d’avenir et que sa survie est gravement menacée dans ce nouveau schéma.

    Les syndicats qui ont toujours soutenu de tels points de vue, depuis l’annonce même de la fermeture des HF, réitèrent leur appel aux pouvoirs publics. "Les politiques doivent sortir du bois", exhorte David Camerini de la CSC. Tous les syndicats s’accordent sur le fait qu’il faut "sortir du groupe" Mittal pour assurer la survie du site liégeois et pour ce faire, le soutien des pouvoirs publics reste indispensable à défaut de repreneur privé.

    Le front commun syndical présente un plan alternatif

    Dès le mois de juin, les organisations syndicales présentent un plan en 70 pages basé sur les données issues des rapports Laplace et Syndex.

    Sans surprise, la recommandation centrale de ce plan est de convaincre ArcelorMittal de vendre, voire donner les usines et les outils. Une piste qui semble pour le moins utopique mais que l’on se doit d'explorer, estiment les syndicats.

    Les représentants des travailleurs en appellent une nouvelle fois au gouvernement wallon pour qu’il négocie avec Mittal, notamment en insistant sur le coût social (plan social lié à la procédure Renault) et environnemental (dépollution) d’une fermeture pure et simple.

    Début juillet, le gouvernement wallon embraie sur ces recommandations et fait part de son souhait de négocier avec la direction d’ArcelorMittal sur l’avenir du bassin sidérurgique liégeois. Celui-ci se dessinera-t-il avec ou sans le leader mondial du secteur ? Les autorités wallonnes privilégient la première option. Et comptent toujours sur le coût du démantèlement et de la dépollution pour convaincre. Un coût estimé autour des 800 millions à un milliard d’euros selon les différentes sources.

    Syndicats et politiques s’accordent donc sur la volonté de monter un plan d’avenir pour la sidérurgie liégeoise. Mais alors que les premiers ne veulent plus entendre parler de Mittal, les ministres wallons, eux, nourrissent encore quelque espoir de faire participer le groupe à la nouvelle mouture.

    ArcelorMittal annonce des investissements dans le froid, les syndicats n’y croient pas

    Une semaine après la rencontre entre syndicats et le gouvernement wallon, le groupe Mittal annonce ses projets pour l’avenir du site liégeois, une fois les HF définitivement fermés. La direction du groupe annonce en conseil d’entreprise des investissements dans le froid à hauteur de 138 millions d’euros.

    La carotte n’appâte toutefois pas les syndicats qui restent inflexibles et continuent de défendre le point de vue selon lequel le froid n’a pas d’avenir sans la phase à chaud à Liège. N’accordant plus la moindre confiance à la direction d’ArcelorMittal, les syndicats restent cramponnés à leur plan de relance alternatif, arc-boutés sur une sidérurgie intégrée (comportant une phase à chaud et une phase à froid sur le même site).   

    795 emplois à la trappe au lieu des 600 prévus

    La méfiance des syndicats monte encore d’un cran lorsque le 31 juillet, le Conseil d’Administration d’ArcelorMittal les informe que le nombre de pertes d’emplois liées à la fermeture de la phase à froid est revu à la hausse. Et nettement.

    En lieu et place des 581 emplois prévus dans l’annonce faite en octobre 2011, ce sont 795 postes qui sont supprimés. Et là, on ne parle plus de négociations puisque la décision est entérinée par le CA. Une façon pour la direction et les instances du groupe de signifier aux partenaires sociaux que la phase d’information est terminée et de les placer devant le fait accompli.

    Enlisement des négociations et mise à exécution des menaces par la direction

    La direction dit toutefois vouloir à présent mettre en place un processus de concertation sociale afin de définir les mesures d’accompagnement du personnel concerné.

    Inacceptable pour les syndicats qui crient à la violation de la procédure Renault et de plusieurs dispositions légales relatives aux licenciements collectifs.

    Mi-septembre, syndicats et direction ne sont toujours pas parvenus à s’entendre sur les modalités de la procédure de licenciement des 795 travailleurs concernés par le plan. La direction met alors un vieil ultimatum à exécution et annule son plan industriel et les investissements de 138 millions d’euros qui y étaient prévus.

    Nouvelle ire dans le camp syndical où l’on jure que l’ultimatum de la direction était impossible à respecter et qu’il était "impossible de négocier avec le couteau sous la gorge".

    Pour le ministre Marcourt, "les travailleurs" sont pris "en otage" par le groupe mutlinational.

    Face à l’impasse, le fédéral est entré dans la danse et la ministre de l'Emploi, Monica De Coninck (sp.a), a fait appel à un conciliateur social pour essayer de remettre la direction d'ArcelorMittal et les organisations syndicales autour de la table.

    Il faut dire que ce sont au total près de 2000 emplois qui sont en jeu dans la sidérurgie liégeoise.

    Voilà où nous en sommes aujourd’hui, près d’un an après l’annonce de la mise à mort des haut-fourneaux 6 et B.

    Julien Vlassenbroek

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    • de chaud'hier Bonjour,quel a été la part qu'a reçu Arcelor mittal sur le tas de ferraille artistique à Liège ,qu'on appelle une gare? ce fut surement une miroite à l'époque de sa reprise...et donc encore un qui s'en va après avoir empoché le pactole d'aides gouvernementale ;moins les pots de vin ...bien sur....

      19-09-2012 14:39 | Répondre

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