Jeunes et incarcérés: visite au centre de la dernière chance à Saint-Hubert

Ils sont mineurs et détenus. Non pas dans une prison ordinaire, mais à Saint-Hubert, au cœur de la province de Luxembourg. Pour la première fois, notre équipe y pénètre. Nous sommes dans les couloirs de la section 1, un bloc réservé aux jeunes ayant fait l'objet d'une mesure de dessaisissement. Ces jeunes ont commis des délits graves. Le juge de la jeunesse s'est donc dessaisi du dossier et ils ont été jugés comme des adultes. 

Approche réparatrice

C'est l'Administration générale des Maisons de Justice qui gère ce centre. Aujourd'hui, 10 jeunes y sont détenus. Pour les réintégrer, le centre prévoit un régime plus ouvert, avec des activités personnalisées : une approche plus réparatrice que punitive. C'est le sens d'un projet de décret du ministre francophone de l'Aide à la Jeunesse, Rachid Madrane (PS), en visite ce jour-là.

Depuis le 1er janvier 2015 et la sixième réforme de l'État, c'est la Fédération Wallonie-Bruxelles, et non plus le fédéral, qui gère le sort des jeunes ayant été dessaisis. Elle le fait en collaboration avec les Maisons de Justice, dans une approche plus pédagogique que purement carcérale.

"On est vraiment dans une logique d’insertion du jeune dans la société, indique Carine Pitrebois, directrice du centre pour Jeunes ayant fait l'objet d'un dessaisissement. On va créer, avec le jeune, un projet particulier et individuel qui sera en accord avec ses capacités individuelles et sociales. C’est le concept de 'désistance' pour créer ce projet et nous sommes là en soutien afin de le concrétiser et permettre la réinsertion, ou plutôt l’insertion dans la société."

L'espoir d'une deuxième chance

Tounsi a 18 ans. Il compte déjà plusieurs séjours en institution à son actif. Condamné pour des faits de vol à l'arraché, il séjourne à Saint-Hubert depuis plus d'un an. Il veut pourtant croire à une deuxième chance dans la vie, et tourner la page, lorsqu'il sortira de la section 1.

"Avant, quand c’était géré par le fédéral, c’était l’enfermement 'H24'. On allait au préau une heure et demi le matin et le soir. Ce n’était pas beaucoup. Aujourd’hui, il a des activités en matinée, puis le préau, ensuite l’heure de table avec tout le monde. C’est convivial, c’est social, et il n’y pas de problème."

"Quand je sortirai d’ici, je ferai la promotion sociale pour terminer mon diplôme de cuisine. Et puis ouvrir mon restaurant, être patron et avoir des projets à grandes échelles."

Un suivi à la sortie

Ce projet pédagogique ne s'arrêtera pas à la sortie des jeunes. Ils bénéficieront toujours d'un accompagnement social et judiciaire, pour une réinsertion dans la société, et éviter les récidives. Car une récente enquête de la VUB a révélé que 90% des jeunes dessaisis ont connu une nouvelle condamnation après leur sortie. Pour éviter ces situations, la Fédération Wallonie-Bruxelles a l'intention de rendre le dessaisissement plus compliqué. 

 

 


La Belgique en vidéos et en sons