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Grève: "La colère est grande. Je ne réponds de rien...", dit Anne Demelenne (FGTB)

BELGIQUE | dimanche 29 janvier 2012 à 14h57

  • La grève de ce lundi était évidemment au centre des débats de Mise au Point ce dimanche midi. À quelques heures de ce rendez-vous, les syndicats défendent le mouvement, les politiques le comprennent et le patronat l'attaque. Comme souvent. Une seule chose est certaine: le gouvernement, qui devra prochainement trouver des dizaines de millions, ne touchera pas à l'index. Pas sûr que cela suffise à calmer les esprits.

    La grève générale paralysera le pays ce lundi. Un mouvement légitime ou irresponsable ? Les avis divergent. Sur le plateau de Mise au Point ce dimanche midi, les syndicats ont expliqué vouloir simplement faire entendre leur voix et s’opposer aux mesures d’austérité planifiées par le nouveau gouvernement.

    "L’austérité, ce n’est pas la solution, l’austérité, c’est le problème", assène d’entrée Anne Demelenne. Et la responsable de la FGTB de prendre pour exemples d’autres pays européens (comme le Royaume-Uni) dans lesquels les mesures d’austérité n’auraient fait qu’aggraver la situation. "Ceux qui pensent que l’austérité va nous permettre, à terme, de redémarrer et de faire en sorte de relancer l’économie se trompent", annonce celle qui estime que "la grève est inévitable".

    Son collègue de la CSC ne dit pas autre chose lorsqu’il indique que la grève n’est qu’une réponse à l’inaction des dirigeants. "Nous avons dit clairement qu’il y avait une série de choses qui étaient inacceptables pour nous", rappelle Claude Rolin. "Nous l’avons dit à la rentrée sociale. Nous l’avons dit lors d’une concertation avec plus de 6000 militants. Ils étaient aussi plus de 80 000 dans les rues de Bruxelles pour leur dire. Et tous ces messages-là ont reçu quoi comme écoute, comme entente ? Rien !"

    Une catastrophe pour l'image du pays (FEB)

    Sur le banc patronal, on n’est évidemment pas d’accord avec ces déclarations. "Cette grève est inutile, non-justifiée et irresponsable", résume Rudy Thomaes, administrateur délégué de la FEB. Et d’indiquer que la grève aura notamment un impact "catastrophique" en termes d’image pour la Belgique. "Chacun a le droit de faire grève mais aussi l’obligation de se demander si c’est un acte responsable. Et j’en doute…"

    Les membres de la majorité gouvernementale présents sur le plateau de la RTBF assurent respecter le choix des travailleurs qui feront grève ce lundi. Laurette Onkelinx, fille de syndicaliste, note que ni les citoyens belges ni le gouvernement fédéral ne sont responsables de la situation délicate actuelle. Et la ministre PS de pointer du doigt l’Europe. "Il y a une angoisse par rapport à ce qui se passe au niveau européen, où à chaque fois on demande des mesures fortes, sans proposer une alternative en termes de croissance et d’emploi", note-t-elle.

    Olivier Chastel (MR) estime quant à lui que les syndicats se trompent lourdement lorsqu’ils évoquent des mesures d’austérité lourdes et anti-sociales. "Ce gouvernement a pris des engagements de retour à l’équilibre budgétaire en 2015. Et pour ça, il faut prendre un certain nombre de mesures. À côté de cela, le gouvernement a mis en place un certain nombre de réformes. Sans réformes, c’est la pérennité de notre système de sécurité sociale qui est mise en cause. C’est aussi simple que cela", note le Carolo.

    Un gouvernement "aveugle et sourd" (CSC)

    Pour le ministre du Budget, la réaction des travailleurs est surtout inappropriée. "Cette grève s’attaque à un gouvernement, probablement le seul d’Europe, qui garantit de ne pas augmenter l’âge de la retraite, qui garantit l’indexation automatique des salaires et qui garantit le caractère non-limitatif dans le temps des allocations de chômage. Est-ce que vous connaissez un autre gouvernement en Europe qui garantit jusqu’à la fin de la législature ces trois éléments-là ? Aucun !"

    "Si le gouvernement veut rester dans une position d’aveuglement et de surdité totale, il y aura une grève générale lundi mais il y aura encore beaucoup d’autres mouvements sociaux après", avertit, en guise de réponse, Claude Rolin (CSC), qui exige que le gouvernement retravaille sa copie.

    Plutôt silencieux durant ce débat dominical, l’écologiste Jacky Morael dénonce un problème qui n’est pas "belgo-belge" mais européen. "Quelles sont les causes de cette grève ? Elles sont européennes, elles sont les 20 ou 30 années d’austérité qui ont été effectuées", analyse-t-il. "Je ne sais pas si cette grève sert à quelque chose mais elle est le signal d’un ras-le-bol."

    La grève générale de ce lundi changera-t-elle quelque chose ? Les politiques invités ce dimanche par Olivier Maroy et Caroline Hick ne répondent pas directement à la question. "Moi, ce qui m’intéresse, c’est plutôt après-demain", affirme Joëlle Milquet (cdH). "C’est après-demain que, si on veut être efficaces avec les syndicats, nous devrons nous retrouver autour d’une table de concertation."

    Le désarroi d'un jeune chômeur

    Invité de ce débat, Eliel, un jeune chômeur de 24 ans, rejoint les protagonistes. Et dresse la liste des soucis qu’il a rencontrés durant les derniers mois : un dernier employeur peu scrupuleux qui "oublie de déclarer en temps et en heure", des formations inaccessibles pour le moment ("Car je n’ai pas assez de chômage"), des plans d’aide à l’embauche qui ne le concernent pas encore,  … "Et là, je suis bloqué", conclut-il.

    "C’est ce qu’il manque dramatiquement dans le plan du gouvernement aujourd’hui", rebondit Claude Rolin (CSC). "L’objectif doit être de permettre aux gens de retourner à un emploi de qualité." "C’est pour cela qu’on a besoin de travailler avec vous à une table de négociations", lance Joëlle Milquet en direction des syndicats. "Et ce plan pour les jeunes, pour l’emploi des jeunes, on doit l’avoir. Pour que les entreprises prennent leurs responsabilités : offre de stage, offre de contrats, qu’on maintienne le plan Win-Win, pour voir comment on responsabilise l’ensemble pour un travail de qualité pour les jeunes…"

    Cette semaine, la ministre de l’Emploi Monica De Coninck a estimé qu’il y avait, en Belgique, du travail pour tout le monde. "Mais si on ne nous donne pas l’occasion de prouver ce qu’on vaut…", souffle le jeune Eliel. "Si on ne lui donne pas l’occasion de travailler, un jeune, pour finir, ne fera plus rien. (…) Bientôt, il faudra attendre deux ans pour travailler."

    "Moi, je ne suis pas d’accord avec ce que dit Monica De Coninck", glisse Laurette Onkelinx. "Il n’y a pas malheureusement pour le moment en Belgique du travail pour tout le monde."

    "En Belgique, on est loin de l'austérité" (O. Chastel)

    D’ici un mois, la Belgique connaîtra un contrôle budgétaire pour lequel le gouvernement devra trouver 1 à 2 milliards. Mais où trouver cet argent sans plomber définitivement la croissance, s’interroge Olivier Maroy. D’éminents économistes estiment par ailleurs que l’austérité est "suicidaire" et mènera à la perte des États qui la pratiquent.

    "Ne bradons pas le mot austérité", supplie Olivier Chastel, ministre du Budget. "Moi, je considère qu’en Belgique, on est très loin de l’austérité. Ne comparez pas les mesures que le gouvernement belge a prises avec les mesures que certains gouvernements du Sud de l’Europe ont dû prendre parce que justement, ils n’avaient pas eu cette politique de rigueur." Une déclaration qui ne manque pas de faire bondir CSC et FGTB.

    Toucher à l'index? "C'est non", assurent-ils

    Pour trouver les sommes nécessaires, certains, comme Thierry Giet (PS), prônent une nouvelle taxation de la fortune et du patrimoine. D’autres, notamment dans les rangs du CD&V, ont proposé de rouvrir le débat sur l’indexation des salaires.

    Face aux interrogations des syndicats, les représentants du gouvernement Di Rupo  l’assurent : on ne touchera pas à l’indexation. "Vous pouvez nous garantir qu’on ne touchera jamais à l’index dans les mois qui viennent ?", lance Anne Demelenne. "Toucher à l’indexation des salaires, on peut le faire, mais sans le PS", prévient Laurette Onkelinx. "Ce n’est pas et ce ne sera pas à l’ordre du jour", enchaîne Joëlle Milquet. "Et Steven Vanackere, quand vous lisez son interview dans L’Echo, il ne dit pas ça."

    Mais où trouver l’argent alors ? Rudi Thomaes refuse que les entreprises soient les victimes de nouvelles mesures complémentaires du gouvernement. Le patron de la FEB indique que durant les derniers mois, les négociateurs ont répondu positivement à toutes les demandes des syndicats (intérêts notionnels, voitures de société, précompte mobilier,…). "Le grand public, chaque personne qui fait grève demain doit savoir qu’il y a eu équilibre et qu’il y a eu des mesures très difficiles à expliquer aussi aux entrepreneurs", affirme Rudi Thomaes, évoquant "un ras-le-bol du côté patronal".

    Les prochaines semaines s'annoncent chaudes

    Le responsable de la FEB est le seul, sur le plateau, à défendre la reprise du débat sur le saut d’index, évoquant une manière d’augmenter la compétitivité du pays. "Il faut un débat serein et non-conflictuel. Une obsession, en ce qui concerne le tabou de l’index, mène à la destruction économique", lance Rudi Thomaes.

    Agité, virulent, ce débat dominical n’aura guère permis de réconcilier syndicats, patronat et membres de la majorité. Les prochaines semaines s’annoncent chaudes. Et la journée de lundi devrait être brûlante. Les syndicats assurent avoir fait circuler certaines instructions et exigé que les grands axes ne soient pas bloqués par les barrages. "Mais la colère est grande. Et moi, je ne réponds de rien…", avertit la patronne de la FGTB.

    PIAB


    Olivier Maroy et Caroline Hick recevaient ce dimanche midi : Laurette Onkelinx, vice-première ministre (PS) ; Joëlle Milquet, vice-première ministre (cdH) ; Olivier Chastel, ministre du Budget (MR) ; Jacky Morael, chef de groupe Ecolo au Sénat ; Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB ;  Claude Rolin, secrétaire général de la CSC ; Rudy Thomaes, administrateur-délégué de la FEB.

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      La socialiste, L. Onkelinx, ne veut pas qu’on touche à l'index

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      A. Demelenne de la FGTB et Cl. Rolin de la CSC sont nos invités

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      Le gouvernement modifiera-t-il sa politique de rigueur ?

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      A. Demelenne de la FGTB et Cl. Rolin de la CSC sont nos invités

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      La journée de demain s’annonce chahutée

  • Dessin paru dans l'émission du dimanche 29/01.
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    Dessin paru dans l'émission du dimanche 29/01.

    Kroll / RTBF
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