Grande mosquée: "On devrait rompre la convention qui nous lie à l'Arabie Saoudite"

La radicalisme islamiste en Belgique naîtrait-il dans certaines mosquées? C'est le ressenti des téléspectateurs de "A votre avis" ce dimanche mais elle n'est pas partagée, au contraire, par un spécialiste et acteur de terrain venu en débattre sur notre plateau.

"On n’a pas d'information selon laquelle, à Molenbeek ou à Bruxelles, il y aurait des prêches radicaux qui pousseraient au radicalisme violent au sein des mosquées", indique ainsi Olivier Vanderhaegen, fonctionnaire de prévention à Molenbeek. "On a plutôt l’impression que cela se passe à l’extérieur des mosquées".

"Cela touche essentiellement des jeunes jusqu’à 25-30 ans, qui ont justement une connaissance extrêmement superficielle de l’islam", et donc, les lieux de culte, en informant de manière correcte sur la religion dont ils sont la vitrine, pourraient au contraire être une partie de la solution contre le radicalisme. 

Les mosquées sont clairement dépassées par les discours de certains recruteurs

"Nous travaillons à Molenbeek avec le conseil consultatif des mosquées qui regroupe 16 mosquées pas forcément reconnues officiellement mais avec lesquelles on peut travailler. Car elles sont elles-mêmes clairement dépassées par les discours de certains recruteurs qui créent avec ces jeunes une relation de proximité dans leurs espaces de socialisations", informe Olivier Vanderhaegen.

Reste qu'au sein des mosquées, un "imam qui ne parle pas français, c’est choquant en Belgique", dénonce un auditeur. "La question de la langue est en effet fondamentale", renchérit Olivier Vanderhaegen qui souligne que "les premiers qui le disent ce sont d’ailleurs les membres de la communauté musulmane qui souhaitent qu’il y ait une connaissance approfondie du français par les imams et qu’ils soient formés ici. Mais surtout, je pense que c’est une demande des imams eux-mêmes et des mosquées elles-mêmes. Les 16 mosquées avec lesquelles nous travaillons, la première chose qu’ils demandent auprès de la commune ce sont des cours de français".

"Au-delà de l’aspect linguistique, il y a aussi l’aspect sémantique", complète l'invité. "Comment est-ce qu’un imam peut comprendre la vie d’un jeune ici, comment il peut comprendre ses problèmes. Donc il faut que les mosquées soient aussi investies dans la société. Parce qu’actuellement, de nombreux imams n’ont pas été formés en Belgique et ne connaissent pas forcément la réalité belge. Dès lors, la désaffiliation sociale qu’un jeune de Belgique peut rencontrer, ici et maintenant, et bien c’est du charabia pour imam".

"Il y a une quarantaine de mosquées rien qu’à Molenbeek, ce qui témoigne de la pluralité, de l’extrême hétérogénéité de l’islam à Bruxelles et en Belgique", rappelle l'employé communal. "Ce qui est sûr c’est que quelque chose doit être fait parce que même s’il n’y a pas de prêche qui pousse à l’extrémisme violent, des prêches radicaux, cela existe".

On a laissé certaines puissances étrangères transformer l’islam de Belgique qui était tolérant et ouvert en quelque chose de plus refermer sur lui-même

"Je crois qu’on a laissé faire certaines pratiques, on a laissé certains discours se répandre, on a laissé certaines puissances étrangères instrumentaliser, manipuler, contrôler l’islam et transformer progressivement l’islam de Belgique qui était très tolérant et ouvert en quelque chose de plus refermer sur lui-même, de plus communautariste qui met à mal la cohésion sociale", développe pour sa part Georges Dallemagne.

"On n’a pas voulu voir cette instrumentalisation et pourtant aujourd’hui, ce sont les services de renseignements qui nous le disent, il y a un lien d’une part entre les financements de l’Arabie Saoudite, cette grande mosquée qui est le navire amiral de la ligue islamique mondiale en Belgique dont l’objet social est de 'salafiser' la communauté, et d’autre part des fractures de notre société. Alors c’est vrai, les mosquées la plupart du temps ne sont pas le lieu d’où les combattants partent faire le jihad mais cela crée un bain idéologique, une espèce de permissivité qui de temps en temps autorise ou pourrait autoriser des comportements qui deviendraient alors menaçant et violents", estime le député cdH qui ne l'affirme cependant pas de façon définitive, restant dans le conditionnel.

Le danger c'est la polarisation de la société

Pour un de nos téléspectateurs qui interpelle via Facebook, il faudrait carrément "arrêter le financement public des cultes en Belgique". Une question évidemment sensible pour l'élu de l'ancien parti social-chrétien.

Mais plutôt que de se prononcer sur le cœur de l'interpellation, à savoir le financement public des cultes par l'Etat belge, qui est la règle en vigueur aujourd'hui, Georges Dallemagne la contourne en évoquant les "financements étrangers".

"Clairement il faudrait arrêter le financement international des cultes en Belgique. Il est inadmissible que des millions d’euros soient déversés sur des cultes en provenance de l’étranger, il faut arrêter avec cela", lance le député sans répondre à la question de départ. "Je pense qu’on peut déjà aujourd’hui empêcher le financement international sur base de l’arsenal juridique dont on dispose déjà parce que des lieux de culte sont en contravention avec les règles de financement".

"On pourrait rompre la convention qui nous lie à l’Arabie Saoudite pour la Grande mosquée. Elle a été signée en 1969 pour 99 ans. Mais on peut la rompre pour cause d’utilité publique. Or, la sécurité publique est une cause d’utilité publique qui pourrait permettre de mettre fin à cette convention", estime le député qui a beaucoup travaillé sur ce dossier.

Toutefois, c'est à un travail beaucoup plus en profondeur qu'appelle Oliver Vanderhaegen.

"Les conditions de possibilité qui ont impliqué que des jeunes entrent dans un processus de radicalisation n’ont pas changé entre avant les attentats et aujourd’hui", alerte-t-il. "C’est la polarisation de la société qui est inquiétante", estime l'agent de prévention. "On est dans une société où la possibilité d’un consensus qui fait sens pour tout le monde paraît impossible. Et ça, c’est un débat qu’il faut pouvoir tenir et dont on ne peut pas faire l’économie", exhorte-t-il.

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