"Former un gouvernement est plus facile que terminer la Belgique"

Kris Deschouwer
Kris Deschouwer - © RTBF

Le politologue Kris Deschouwer estime que le système politique belge fait qu'il n'y a aucune pression sur les négociateurs à aboutir vite à un accord de gouvernement. C'est ce qui explique la longueur record de la crise.

Pour Kris Deschouwer, professeur de sciences politiques à la VUB, la longueur record de la crise politique s’explique "aussi par le fait que l’absence d’un gouvernement n’est pas tellement grave. La vie continue, les communautés et les régions fonctionnent, l’Union européenne fonctionne. Ce qui ne fonctionne pas, c’est une réforme de l’Etat qui est la condition pour former un nouveau  gouvernement. C’est une crise très longue, mais pas une crise très grave, pas une crise très profonde. Le modèle de fédéralisme belge fait en sorte que le système peut fonctionner longtemps sans qu’un des trois niveaux qui nous gouvernent ait un gouvernement avec des pleins pouvoirs".

Système "consociatif"

La Belgique est un système "consociatif" : cela consiste à d’abord reconnaître formellement les différentes identités, avant de leur donner à chacune la garantie d’être présents au gouvernement fédéral. Pour Kris Deschouwer "c’est un très beau modèle, mais quand on ne trouve pas d’accord, tout le système bloque. Auparavant, le compromis était plus facile parce qu’il y avait une plus grande obligation de trouver le compromis". Le gouvernement en affaires courantes a pu assurer la présidence de l’Union européenne, a pu voter un budget ou une intervention militaire à l’étranger : il n’y a aucune pression ou urgence venant de l’intérieur du pays. Pour que cela change, "la pression devra venir de l’extérieur, hélas je crois qu’elle ne peut venir que des marchés financiers et il faudra aller au fond des choses". Si on convoquait de nouvelles élections, cela ne changerait : "On se trouverait dans la même logique", observe Kris Deschouwer.

8 mois de crise en Bosnie

Nenad Stojanovic, politologue né à Sarajevo et qui enseigne aujourd'hui en Suisse, explique qu’en Bosnie, "il y a eu des élections le 2 octobre 2010 et, depuis 8 mois, les partis n’arrivent pas à former le gouvernement. La Belgique et la Bosnie sont les pays qui respectent davantage le modèle consociatif. Il y a probablement quelque chose qui ne marche pas dans ce modèle consociatif, parce qu’en Bosnie aussi chacun des partis ethniques ou multiethniques ne sont pas obligés de chercher une coalition avant les élections. Donc ils la cherchent après et c’est difficile. Il faut remplir aussi des quotas ethniques assez rigides au gouvernement, à la présidence, ou au parlement et tout ça rend le système politique très, très compliqué".

Pour Kris Deschouwer, la fin de la Belgique "c’est possible en théorie, mais pas à court terme : cela demande une solution pure, simple et nette sur des choses sur lesquelles je ne crois pas qu’on se mettra jamais d’accord, comme le tracé des frontières intérieures, le statut de Bruxelles, etc. Former un gouvernement me paraît un peu plus facile que terminer la Belgique".

A.L. avec A. Ruyssen

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