Emily Hoyos: "Ce ne sont pas les écoles qui vont financer les banques"

Emily Hoyos, présidente du parlement wallon
Emily Hoyos, présidente du parlement wallon - © Archive Belga/ERIC LALMAND
Rédaction RTBF

La présidente du parlement wallon, l'Ecolo Emily Hoyos, déclare à la RTBF que les Régions n'ont pas à financer des compétences qui ne leur ont pas encore été transférée du Fédéral. A propos des armes wallonnes, "personne ne veut ni fermer la FN ni faire en sorte qu'en Libye, en Syrie ou ailleurs, des armes belges permettent des choses inacceptables", ajoute-t-elle.

Interrogée par Bertrand Henne, la présidente du parlement wallon Emily Hoyos se dit "choquée" par l’intervention musclée des membres d’une milice dans l'usine Meister à Sprimont, en plein conflit social : "Ce qui s'est passé est particulièrement choquant. C'est d'une violence inouïe, c'est inédit, je pense que chaque Wallonne, chaque Wallon a été particulièrement choqué. Moi, je suis heureuse de voir qu'une information judiciaire est en cours. Ce qui s'est passé, est grave ; en même temps, c'est inquiétant, comment ça se fait qu'aujourd'hui, on en arrive là ? Dans un climat économique, avec une pression qui est celle-là. Je pense qu'on doit vraiment être vigilant parce que notre modèle de concertation sociale est précieux. Tout ce qui, d'une manière ou d'une autre, pourrait un peu légitimer des formes tout à fait inacceptables de pression sur les travailleurs et sur les entreprises de manière générale, doit être condamné de la manière la plus ferme possible". 

"Personne ne veut fermer la FN"

Emily Hoyos souligne que "la pression sur le travailleur n'a jamais été aussi forte. La violence de la séquestration de la direction n'est pas acceptable. On est en face aussi de la violence des décisions économiques qui sont parfois injustes et sans sens. Pensons par exemple à la décision unilatérale et incompréhensible d'ArcelorMittal qui, d'un coup, veut condamner tout un bassin d'emplois. Je constate que le contexte incite à la violence et c'est ça d'abord qui m'inquiète".

Les syndicats sont fâchés contre le gouvernement wallon à propos du dossier sur l’octroi des licences d’exportation d’armes. Emily Hoyos "comprend l'inquiétude des travailleurs métallos du bassin liégeois. Je comprends que les travailleurs soient à cran et donc à nous mandataires wallons, de les rassurer. Je pense qu'aujourd'hui personne ne veut ni fermer la FN ni faire en sorte qu'en Libye, en Syrie ou ailleurs, des armes belges permettent des choses inacceptables. Et donc il doit y avoir un consensus du bon sens". 

Compétences "usurpées"?

Si le Fédéral se décharge sur les entités fédérées d'une partie de ce qu'on appelle parfois "les compétences usurpées", qu'il finance toujours aujourd'hui mais qui seront bientôt exercées par les Régions, cela pourrait peser lourd sur le budget wallon. Emily Hoyos répond : "J’ai un problème avec le mot "usurpé", je ne vois pas très bien d'où il sort. Il ne se trouve nulle part dans l'accord institutionnel et puis surtout, en quoi, est-ce qu'un citoyen qui a, à un moment donné, bénéficié d'une prime fiscale à la rénovation énergétique de son logement, a usurpé quoi que ce soit ?"

Tant que l’accord institutionnel n’a pas été mis en œuvre, et que les compétences n’ont pas été transférées, "ces compétences sont du ressort du Fédéral, si le Fédéral veut arrêter des politiques comme il l'a fait pour des primes fiscales à la rénovation des logements, c'est son droit le plus strict mais il doit en assurer la responsabilité politique", ajoute Emily Hoyos, qui précise : "Le gouvernement wallon et la Fédération Wallonie-Bruxelles, par son ministre-président, ont dit que la Région et la Communauté faisaient déjà beaucoup d'efforts. A titre d'exemple, regardons les écoles, elles n'ont plus de sous et ce ne sont pas les écoles qui vont refinancer les banques !

"Antidote au fatalisme et à la résignation"

Ecolo va désigner ses nouveaux coprésidents. Emily Hoyos, qui  présente sa candidature au côté d’Olivier Deleuze, indique qu’il y a de vrais débats en interne au parti "qui font preuve d'une grande maturité collective de la part des militants, sur ce que l’on veut pour Ecolo dans les 4 ans qui viennent. Quel rôle devrons-nous jouer à un moment donné, crucial, où on voit que nos sociétés vont dans un cul-de-sac et que les technocrates et les familles politiques traditionnelles ne proposent simplement que de mettre leurs vieilles recettes au goût du jour ? Voyez le litre d'essence est à 1,7 euro, le gasoil, le mazout de chauffage à 1 euro du litre et, à ce moment-là, on diminue la dotation de la SNCB. On supprime les primes fiscales à la rénovation du logement, Ecolo se présente vraiment comme un antidote au fatalisme et à la résignation. Et ce débat-là, on l'a entre nous".

A.L. avec B. Henne