Didier Reynders: "Les tentatives de terrorisme existent (...) On ne vivra plus comme avant"

En cette veille des commémorations des attentats du 22 mars, c’est le ministre des Affaires étrangères (MR), Didier Reynders, qui s’est prêté au jeu des questions de Bertrand Henne dans l’émission Matin Prem1ère.

Apprendre à vivre avec cette sécurité

À l’instar de Laurette Onkelinx(PS) ce lundi, Didier Reynders partage le sentiment de la population qui n’a pas encore totalement évacué le traumatisme des attentats de Bruxelles en 2016. "Ce qui me frappe surtout, ce sont les efforts qui sont fait en matière de sécurité et le changement de l’approche que l’on a de la vie en société. Cela permet de réagir rapidement, il y a une prévention plus forte, une capacité de réaction. Mais on ne peut pas vivre en permanence avec ces mesures. On va d’ailleurs devoir les adapter. Il faut retrouver un équilibre entre les mesures en matière de sécurité et les libertés individuelles. On va devoir apprendre à vivre avec cette sécurité, les tentatives de terrorisme existent."

Ne pas entraver la liberté individuelle

Avec un niveau de menace toujours évalué à 3 par l’OCAM, cette situation est-elle susceptible de changer, d’évoluer, de s’adapter ? Pour l’élu libéral, "tant que l’on sera au niveau 3, on prendra des mesures fortes. Mais cela ne veut pas dire que l’on prendra des mesures plus fortes. On peut tenter d’intégrer les mesures de sécurité dans la vie de tous les jours. Il faudra continuer à mieux la définir sans entraver la liberté individuelle d’aller et de venir. Mais on ne vivra plus comme avant. Auparavant il y avait des cibles, il y avait l’antisémitisme, mais après le 13 novembre à Paris, on a compris que tout le monde pouvait être touché, sur les terrasses, dans un aéroport ou une salle de concert."

Sans passer par la case Syrie

La menace djihadiste est-elle maîtrisée pour autant ? " Non ", répond clairement le ministre des Affaires étrangères. "On en a pris la mesure, je ne dirais pas qu’elle est maîtrisée, il y a encore énormément de travail, ici et dans les zones de conflits. Car les premières victimes, ce sont les personnes qui tombent dans ces pays en guerre. Il y a moins de départs de combattants étrangers vers la Syrie et l’Irak, mais cela signifie aussi que des gens restent ici et qu’ils peuvent agir sans être allés en Syrie auparavant, qu’ils passent à l’acte, par mimétisme. C’est la crainte de tous les services de renseignements, elle est double. D’une part un retour plus important, d’autre part le risque de voir des cellules dormantes démarrer directement leurs activités chez nous sans passer par la case Syrie."

Pour appuyer son propos, Didier Reynders souligne aussi les attentats potentiels déjoués depuis le 22 mars 2016. "On a découvert un certain nombre de matériel à disposition de personnes prêtes à passer à l’acte, en Belgique mais aussi partout en Europe ou dans le monde. L’échange de renseignements progresse et cela a permis de réaliser des opérations permettant d’éviter d’autres attaques."

Demander de ne pas voter pour une femme

Cet entretien était aussi l’occasion de questionner l’ex ministre des Finances sur le contrôle budgétaire et l'élection présidentielle en France. À l’annonce des résultats du contrôle, le président du PS Elio Di Rupo s’est empressé de réagir en se demandant "si le gouvernement faisait de la magie ou s’il manipulait les chiffres."

Une réaction hâtive selon son éternel rival politique: "Je suis très surpris de voir que l’on réagit dans les minutes qui suivent à un contrôle budgétaire. C’est un contrôle, pas question de faire un budget ou de faire de grandes réformes. Il s’agissait ici de juste vérifier la situation."

Et Didier Reynders de terminer sur la question de l’élection présidentielle en France : "Pour l’instant, la seule chose que j’ai faite c’est demander de ne pas voter pour une femme." Marine Le Pen est prévenue. 

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