Patrick Dewael au directeur de la grande mosquée: "Je prends cette audition comme une gifle"

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La commission d'enquête sur les attentats du 22 mars pourrait clôturer ses travaux vers la fin avril. Depuis le 9 mai dernier, les députés travaillent autour de trois thèmes: les services de secours, l'architecture des services de sécurité et le radicalisme en Belgique. C'est sur ce dernier volet que la commission poursuit ses auditions. Tout cela devrait déboucher sur un rapport et des recommandations.

Le directeur de la grande mosquée parle mais donne peu de réponses

C'est une première : ce mercredi, Jamal Saleh Momenahle directeur de la grande mosquée de Bruxelles a accepté de se rendre devant les députés. Précédemment, ils avaient entendu un imam de cette même mosquée mais ses explications n'avaient pas été jugées suffisantes, entre autres à propos du financement de cette mosquée.

Seulement voilà : le directeur ne répond vraiment à aucune question ou se limite au strict minimum. Ce sont toujours les mêmes réponses, les mêmes phrases répétées à tel point que les commissaires sont excédés par son attitude : ils l'ont dit à plusieurs reprises et le président de la commission Patrick Dewael a dû répéter plusieurs fois que Jamal Saleh Momenah se trouvait devant une commission d'enquête parlementaire avec des pouvoirs d'un juge d'instruction. Sans obtenir plus de précision dans les réponses.

En arabe (certains députés déplorent qu'il ne maîtrise aucune de nos langues nationales), mais avec traduction, Jamal Saleh Momenah est donc venu clarifier la question du financement et des flux financiers à la grande mosquée et au Centre islamique et culturel de Belgique (CIC) : "Notre centre fait partie d'une organisation mondiale, la Ligue islamique dont le siège est à La Mecque mise en place depuis 1962. Chaque année, nous recevons un budget annuel : 1 million, 1,2 millions. (...) C'est la seule source de financement. (...) Nous ne faisons pas de versements à des organisations mais nous faisons des dons aux malades au nécessiteux. Des dons humanitaires. C'est l'un des rôles du centre. Et nous faisons ces dons à des musulmans et pas seulement. Pas à des organisations".

Les dons "Syrie"

Clair. Mais pour le président Patrick Dewael (Open VLD), "quand vous faites un don et que vous mentionnez "Syrie" cela suscite des questions". Réponse sur directeur de la mosquée : "Il se peut que ce soit un virement à un réfugié syrien sur le sol belge qui a besoin d'argent. Mais faire un don à une organisation, nous ne le faisons pas". Pareille réponse pour un don à la ville de Liège, au service population : "Il se peut qu'il s'agisse d'un particulier qui ait besoin d'aide financière pour payer son loyer (...) une aide humanitaire".

Sur la question des "foreign fighters" qui auraient étudié au CIC, le directeur est moins net : "Je ne pense pas que quiconque soit parti de notre centre en Syrie. M. Jambon dit que personne n'a été embrigadé depuis notre centre. C'est via les réseaux sociaux qu'ils ont été approchés. Je n'ai aucune info à ce sujet pour dire qu'il y a des individus qui sont partis en Syrie. Aucune info de ce type, à mon souvenir". 

Suite à une question de Servais Verherstraeten (CD&V), le directeur assure que la grande mosquée va lancer la procédure de reconnaissance par l'exécutif musulman tout en disant qu'il veut aussi analyser la question.

Laurette Onkelinx (PS) fait remarquer que malgré l'assurance donnée par le directeur que la grande mosquée est exclusivement alimentée budgétairement par la Ligue islamique, il y a pourtant d'autres sources de revenus, comme les cotisations ou la certifications halal.

Louvoiements et manque de clarté 

Face aux questions sur le wahhabisme diffusé par la grande mosquée, Jamal Saleh Momenah explique : "Nous enseignons un islam modéré, un islam du milieu. Rien à à voir avec le salafisme ou le wahhabisme. Un enseignement en arabe mais pas que... Ce sont aussi des cours de langues pour enfants, ados, adultes". "Nous avons inauguré un dialogue inter-religieux. Toutes les semaines, nous recevons des gens d'autres religions, des députés, des étudiants pour faire connaître notre religion."

Demandant s'il est prêt à renoncer aux financement saoudiens, Denis Ducarme (MR) déplore le manque de précision dans les réponses apportées aux questions et attaque : "J'ai beaucoup de respect pour l'islam et les musulmans. Je pense qu'ensemble nous pouvons garantir le vivre ensemble. Mais je n'ai pas de respect pour l'idéologie que vous véhiculez. Car votre centre est un vecteur du radicalisme dans notre pays. Il y n'a pas dans vos réponses d'échanges francs".

"Je prends cette audition comme une gifle"

Le directeur considère que ses financements ne sont pas saoudiens, mais proviennent d'une organisation mondiale basée à La Mecque et répète une fois encore que son centre ne participe pas au terrorisme ou à l'extrémisme. 

Tant de réponses identiques, quasi automatiques, rendent certains députés furieux.

A ce stade, et passablement énervé le président Dewael le met en garde : "Vous êtes devant une commission enquête parlementaire. Avec des pouvoirs du juges d'instruction et vous ne répondez pas aux questions. Répondez plus sérieusement. Vous ne rendez pas un bon service à votre communauté en ne répondant pas aux questions des commissaires".

A la fin de l'audition, Patrick Dewael prend la peine de dire au directeur: "J'ai toujours pris le soin de remercier tous les intervenants qui ont été entendus ici. Je ne vais pas le faire ici. Je prends cette audition comme une gifle car cela va à l'encontre de nos travaux. Tout ce que vous avez dit est indigne. Je vous rappelle que vous êtes devant les représentants de la population belge".

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