Charles Michel: "La priorité absolue est de donner du pouvoir d'achat"

Pour le formateur Charles Michel, une des missions du prochain gouvernement sera de mettre en œuvre la 6ème réforme de l’Etat votée par la majorité sortante.
Pour le formateur Charles Michel, une des missions du prochain gouvernement sera de mettre en œuvre la 6ème réforme de l’Etat votée par la majorité sortante. - © RTBF

Désormais formateur en compagnie de Kris Peeters (CD&V), Charles Michel va tenter de mettre sur pied cette innovante majorité "suédoise" que seuls les autres partis francophones qualifient encore de Kamikaze. Une combinaison inédite, qui permet(trait) pour la première fois à la N-VA d’accéder au pouvoir fédéral. Le formateur prévient que ses interventions dans les médias seront désormais comptées "car la discrétion est un gage d’efficacité".

Le premier point de l’agenda des négociations sera la définition d’une méthode de travail avec Kris Peeters. Aux yeux de Charles Michel, l’enjeu numéro 1 est la création d’emploi présentée comme "la garantie pour nos protections sociales et financières, les pensions, la santé et le sécurité sociale." Le deuxième point évoqué est le coût de l’énergie pour les particuliers et les entreprises. Le troisième est la défense de notre système de protection sociale.

Deux formateurs : une idée royale

Pour Charles Michel, la décision de désigner deux formateurs revient au roi. "Cela montre la volonté de respecter les deux grandes communautés. Le gouvernement fédéral est composé de manière paritaire avec autant de ministres francophones que néerlandophones."

Sur l’assurance qu’aurait reçu Kris Peeters d’obtenir le poste de Premier ministre, le formateur francophone répond que tout dépendra de l’accord sur le contenu. "Ce n’est qu’après que l’on démarrera les discussions sur la composition gouvernementale."

Disposer au Parlement de 20 députés sur les 63 francophones assure-t-il une légitimité suffisante au Gouvernement? "je défendrai l’intérêt des francophones et de la Belgique et il y a une large majorité pour la soutenir", argumente le président du MR qui constate que son parti est passé de 50 à près de 70 parlementaires. "Depuis des années, jamais un parti n’avait tant progressé." Charles Michel dit par ailleurs avoir analysé toutes les hypothèses, y compris une tripartite traditionnelle, mais a dû constater l’impossibilité du CD&V de monter dans un gouvernement sans la N-VA. "Et chez les francophones, il n’y avait pas de proposition par rapport aux partis flamands pour rapprocher les points de vue." Pour le MR donc, la seule formule pour éviter la guerre communautaire est la formule suédoise.

Une volonté gouvernementale revendiquée par le MR

L’ancien informateur montre du doigt le PS et le cdH qui, en prenant des décisions de manière précipitées, auraient compliqué la situation sur le plan fédéral. "J’ai hérité d’une fonction d’informateur très difficile. J’ai pris mes responsabilités et réussi à ce que l’on mette de côté les guérillas institutionnelles et communautaires. C’était un engagement fort des partis francophones, et c’est ce que nous allons faire dans cette coalition suédoise en mettant en œuvre la 6ème réforme institutionnelle".

Quant à l’éventuelle entrée du cdH dans la prochaine majorité fédérale, appelée de ses vœux par le CD&V, Charles Michel s’y dit ouvert, mais sans trop y croire au vu des dernières déclarations (sur nos antennes) de Benoît Lutgen. Un cdH qui reproche  par ailleurs au MR de vouloir être au pouvoir à tout prix et de compter sur 7 ministres au fédéral. Ce sera une "belle visibilité" reconnaît le président des libéraux qui renvoie immédiatement la balle aux humanistes: "Manifestement le cdH est moins embarrassé lorsque le PS a beaucoup de ministres, puisque je vois que la Wallonie et Bruxelles attribuent beaucoup de fonctions ministérielles aux socialistes. "

Charles Michel reconnaît la volonté du MR de figurer dans un gouvernement et le revendique: "Il y a bien entendu la volonté, pour un parti de 700 000 électeurs, de pouvoir traduire notre programme dans les faits.  Cela nous permet, dans une coalition de centre-droit, d’assumer nos responsabilités."

La priorité : l’emploi, en concertation avec les partenaires sociaux

A la veille des négociations, le MR place en tête de ses priorités l’emploi et l’aide aux entreprises pour leur permettre d’augmenter l’emploi. Mais cela impliquera des adaptations. "Comme on vit de plus en plus âgé, des réformes sont nécessaires pour les soins de santé et les pensions et nous prendrons des mesures structurelles dans le cadre de la concertation sociale qui correspond à notre modèle belge. Les acteurs sociaux et économiques devront être associés dans la manière dont on peut réformer notre système économique et social "

Non à la limitation du chômage

Disant refuser de "faire des négociations par presse interposée", Charles Michel évoque toutefois la réforme de l’indice des prix. "La philosophie est de rester dans le même type de démarche que celle initiée dans le gouvernement Di Rupo. La priorité absolue est de donner du pouvoir d’achat. En aucun cas il ne s’agit de réduire le salaire poche ou le salaire net." Par contre il faudra trouver des solutions pour régler le handicap que représente le coût salarial. "Pour l’entreprise ce coût peut représenter le double ou le triple du salaire poche. Et cela est un frein à l’embauche." Charles Michel l’affirme, malgré la volonté évoquée par la N-VA durant les élections, il n’y aura pas de limitation des allocations de chômage dans le temps.

Où trouver les 17 milliards d’assainissement ?

Face au défi budgétaire des prochaines années, déjà, le président du MR pointe les entités fédérées du doigt: "Il faudra procéder à des assainissements au niveau fédéral mais aussi au sein des gouvernements régionaux en bonne intelligence pour définir la stratégie budgétaire globale de la Belgique."  Le message est qu’il faudra dépenser moins et améliorer le rapport qualité/prix de la dépense publique. "On a débuté cela sous le précédent gouvernement et les nouveaux gouvernements wallon et Bruxellois ont déjà décidé de réduire la fonction publique. Nous allons devoir regarder cela avec les partenaires."

N-VA : le grand compromis

Le nouveau formateur revendique un "grand compromis" avec la N-VA qui aurait totalement mis de côté la guérilla communautaire et institutionnelle. Charles Michel ne se fait pas d’illusion sur la résurgence de "réflexions communautaires" mais promet d’être vigilent et de faire respecter les engagements pris par la N-VA. Il assure que l’essentiel de l’énergie politique sera consacré aux réformes sociales et économiques.

Sans s’enfermer dans un délai, Charles Michel espère pouvoir parvenir à la formation d’un gouvernement "d’ici quelques semaines ".

Jean-Claude Verset

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