"Aucune raison fondamentale" de ne jamais relancer Doel 3 et Tihange 2

Jan Bans, directeur de l'AFCN
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Jan Bans, directeur de l'AFCN - © RTBF
Rédaction RTBF

Pour le directeur de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire Jan Bens, il n'y a aucune raison fondamentale de ne jamais relancer les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2, dit-il à la RTBF. Il refuse d'être qualifié de "pro-nucléaire".

L’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) a demandé des informations supplémentaires à l'exploitant Electrabel avant de se prononcer en faveur d'un éventuel redémarrage des réacteurs de Tihange 2 et Doel 3. Le nouveau directeur de l’AFCN Jan Bens constate qu’"il n’y a pas d’indication qu’il y ait une raison fondamentale que ces réacteurs ne pourront plus jamais redémarrer". Après avoir réalisé ces nouveaux tests, "avec toute la connaissance réunie, si tous les résultats vont dans la même direction, je crois qu’on aura les bases pour être certain que les marges de sûreté qu’on impose sont toujours assurées" poursuit Jan Bens au micro de Bertrand Henne. A l'issue de ces nouveaux tests, l'AFCN rendra son avis, mais c'est gouvernement fédéral que reviendra la décision finale de relance de ces réacteurs.

Il rappelle que c’est en Belgique sur le réacteur de Doel qu’on a découvert pour la première fois ces anomalies sur les cuves, puis on s’est aperçu qu’une vingtaine de cuves de réacteurs dans le monde ont été construites par la même usine : "On a immédiatement averti les régulateurs des autres pays qui ont alors fait contrôler les réacteurs provenant du même fournisseur". Mais ils n’ont pas découvert "les mêmes indications" qu’en Belgique, probablement suite à des processus différents de construction, indique-t-il.

"Tout le monde est impliqué"

Juste avant de quitter la tête de l’AFCN, Willy De Roovere a déclaré que le risque nucléaire n’était pas acceptable. Son successeur Jan Bens a dirigé la centrale de Doel jusqu’en 2007 avant d’occuper à Paris le poste de directeur adjoint de la World Association of Nuclear Operators (WANO), un organe chargé de veiller à la sécurité et la fiabilité des centrales nucléaires. Il refuse de se prononcer sur des décisions politiques ou stratégiques sur le nucléaire, il se focalise sur la mission de l’Agence, "c’est-à-dire de protéger les travailleurs et la population contre les effets de la radioactivité". Il refuse d’être taxé de "pro-nucléaire: j’ai aussi travaillé dans le secteur de l’énergie renouvelable et les parcs éoliens".

Le parti Ecolo avait critiqué en novembre dernier le choix de Jan Bens comme directeur de l’AFCN, parlant de "signal catastrophique pour l'indépendance et la crédibilité de l'organe de contrôle nucléaire" et affirmant : "Le contrôlé devient le contrôleur". A ces critiques, Jan Bens répond qu’il "faut d’abord les connaissances techniques de ce dossier. Tout le monde a été impliqué". Pendant les cinq ans qu’il a passé dans la WANO, cela "lui a permis de voir la situation dans beaucoup d’autres pays et de se faire une opinion indépendante".

Fukushima

Quelles leçons tire-t-il de la catastrophe de Fukushima ? Pour Jan Bens, "la vraie catastrophe, c'est le tsunami qui a fait 25 000 morts".

Dans l’état actuel des choses, le réacteur de Tihange sera prolongé de 10 ans : Jan Bens précise que "la durée de vie n’était pas limitée à 40 ans. En Belgique, on regarde tous les 10 ans l’état des réacteurs. On a vu que Tihange 1 était toujours en bon état et qu’on pouvait le prolonger, moyennant certains investissements" sans augmentation de risque.

A.L. avec B. Henne