Turquie: l'Europe prise à son propre piège

Turquie : l’Europe prise à son propre piège
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Les meetings de soutien au président turc Recep Tayyip Erdogan mettent le feu aux Pays-Bas. Le débat est fort aussi en Allemagne en Autriche et en France. Tandis que chez nous, l’incendie n’a pas encore commencé. Pas encore.

Il faut dire qu’à la différence des Pays-Bas, de la France ou de l’Allemagne, nous ne sommes pas en campagne électorale. Et puis, difficile d’interdire quelque chose qui n’existe pas. Il n’y a pas de grand meeting de soutien à Erdogan organisé chez nous. Enfin, pas encore.

Manifestement, les représentants de l’AKP en Belgique chercheraient à louer une grande salle à Anvers, Hasselt ou Bruxelles, sans succès jusqu’ici. Faute de combattant sur le ring, il n’y aura pas de grande explication. Mais évidemment, le ring est bel et bien dressé en Europe et la Belgique ne reste pas imperméable à tout cela.

Le débat a déjà commencé au nord du pays

Au nord du pays, le débat a déjà commencé. Le chef de groupe N-VA Peter De Roovere a dit au nom de son parti qu’il voulait interdire ce genre de meeting chez nous. Lundi, le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) s’est montré beaucoup plus modéré. Il renvoie clairement la responsabilité au bourgmestre. Il juge qu’une interdiction éventuelle doit être motivée strictement par la sauvegarde de l’ordre public.

Les raisons politiques ne sont pas recevables, dit-il: "Bien sûr, nous préférons ne pas penser que la politique turque est importée ici, mais on ne peut pas interdire toute réunion où un Turc prend la parole. Cela ne correspond pas à nos valeurs démocratiques”. On en revient donc à cette belle question de philosophie politique: la démocratie doit-elle tolérer ses ennemis, ceux qui la remettent en cause?

Erdogan réussit à se faire passer pour le démocrate que l'on bâillonne 

Les démocrates européens sont quelque part mis au défi par le président turc. Alors qu'Erdogan conduit la Turquie sur la voie de la dictature et de l’autoritarisme, il parvient grâce à ses interdictions à passer pour le démocrate que l’on bâillonne.

Les Européens sont victimes de leur faiblesse, de leur division, de leur incohérence. Les Pays-Bas ont beau jeu d’interdire des meetings de soutien à un dictateur au nom de la démocratie, ce sont eux qui ont poussé tant et plus l'Europe à signer avec Erdogan un accord de 6 milliards d’euros pour bloquer les réfugiés à la frontière.

Un accord a permis au président turc d'asseoir son influence régionale et intérieure, de devenir à ce point incontournable qu’il nous insulte sans crainte. L’Europe est prise à son propre piège.

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