Trop de ministres, trop de députés ? Chiche !

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le budget 2017 rapidement remis sur les rails, les soucis et réformes budgétaires remis à plus tard (au mieux à l’été prochain), le Premier Ministre pouvait se permettre une sortie médiatique sur LE sujet politique de l’heure: la bonne gouvernance et souffler dans le sens du vent. Il y a trop de mandataires politiques en Belgique… sauf bien sûr dans son gouvernement (même si l’utilité de Pieter De Crem reste à prouver). Mais qu’en est-il exactement ?

Lasagne belge

En 1831, le gouvernement belge compte … 7 ministres avec déjà Finances, Défense, Intérieur, Affaires Étrangères, Justice plus un Premier Ministre et un ministre sans portefeuille.

A l’époque aussi, s’installent les conseils provinciaux, communaux, bourgmestres, députés permanents etc… Ensuite, ce fut l’inflation tant des ministres que des niveaux de pouvoir. La seule véritable rationalisation aura été la fusion des communes de 1977. Il y avait en 1831, 2739 communes (et donc bourgmestres), il y en a aujourd’hui 589.

La régionalisation allait amener une nouvelle couche de pouvoir, amenant le fédéral à fixer son nombre de ministre à 15… maximum (plus les secrétaires d’état à discrétion). On créait en même temps une nouvelle catégorie de parlementaires : les députés régionaux (1993). Tout cela fait aujourd’hui beaucoup de monde (53 ministres, 467 parlementaires) pour souvent s’occuper des mêmes matières (on pense ici à la mobilité, l’agriculture, l’économie, l’emploi, l’énergie, etc…).

La palme revient au gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles où on retrouve 7 ministres à temps plein… là où il y en avait qu’un seul il y a 20 ans !!

Comparaison

L’Allemagne, c’est 83 millions d’habitants et seulement 15 ministres " fédéraux " entend-on souvent. Mais outre-Rhin, il y a aussi 16 länder avec chacun un gouvernement entre 7 et 12 ministres. Exemple: la Sarre dispose de 7 ministres pour moins d’un million d’habitants.

En Belgique, les réformes de l’Etat successives qui ont pourtant réduit les compétences n’ont pas diminué le nombre de ministres fédéraux pour autant. La réflexion vaut également pour le nombre de députés fédéraux, voire aussi pour le parlement bruxellois.

Au fédéral comme dans les régions, le nombre de ministres pourrait être réduit de moitié.

Défi

Le fonctionnement régulier en "kern" prouve que cela est tout à fait concevable[1].

Le problème réside beaucoup plus dans le monde de fonctionnement de la démocratie belge. Quand il s'agit d'associer plusieurs partis dans une même coalition (six dans le gouvernement Di Rupo, trois flamands dans le gouvernement Michel, six dans l'actuel gouvernement bruxellois) il est difficile pour une formation d'accepter de ne disposer que d'un seul ministre !!

Les plus petites formations sont généralement réticentes à voir le nombre d'élus réduit.

Le débat mérite d'être engagé mais bien souvent, diminuer le nombre de mandats c'est souvent l'idée que l'on a pour un niveau de pouvoir où l'on n'est pas.

Après les paroles, les actes ? Chiche !

@PhWalkowiak

[1] Au fédéral, il "suffirait" par exemple, de partir des ministères de 1831 et y ajouter un portefeuille socio-économique (sécurité sociale, emploi, PME, etc.…) ; finances, budget, économie ne ferait qu'un, etc... Au niveau régional, trois ou quatre pôles : économie, social, infrastructures, pouvoir locaux. Quant aux conseils provinciaux, poser la question, c'est déjà y répondre...

 

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