Le pari risqué d'Erdogan

Le pari risqué d'Erdogan
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La Turquie menace de saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Elle veut faire condamner le gouvernement néerlandais qui a refusé à deux ministres turcs de tenir des meetings politiques aux Pays-Bas. Que le Président Erdogan veuille saisir la Cour est plutôt interpellant au regard de sa politique des droits de l'homme dans son pays. 

Un président qui emprisonne et qui en appelle aux droits de l'homme 

En quelques mois, le président Erdogan et son équipe ont fait emprisonner plus de 40 000 personnes soupçonnées de près ou de loin d’être liées au coup d’état de juillet 2016. Il y a des militaires, des juges, des enseignants, des journalistes, des écrivains. A côté des Turcs jetés en prison, il y a tous ceux qui ont perdu leur emploi, ils sont plus de 120 000. Il y a aussi ceux qui sont menacés au quotidien, ceux qui n’osent plus rentrer en Turquie, ceux qui n’osent plus parler en Turquie. 

La Turquie est aujourd’hui profondément divisée entre ceux qui soutiennent ce président autoritaire et ultra-nationaliste et ceux qui ne sont pas d’accord avec sa politique. Le président Erdogan veut renforcer l’islamisation de la société turque et s’octroyer un maximum de pouvoirs. C’est ce que dénonce une partie de l’électorat turc qui s’apprête à dire non au référendum du 16 avril. Modifier la constitution permettrait à Erdogan de mettre en place tous ses projets, personnels et politiques.

Un président qui inquiète par-delà les frontières turques 

L’homme inquiète et pas seulement parce qu’il n’hésite pas à mettre tous ses opposants en prison. Il inquiète aussi parce qu’il entend mener sa politique par-delà les frontières turques, parce qu’il considère qu’il peut faire campagne n’importe où pour réaliser ses desseins et surtout à n’importe quel prix. S’il faut une crise avec l’Europe pour qu’il puisse gagner son référendum et obtenir tous les pouvoirs, alors il y aura une crise. Et quand l'Europe appelle à la désescalade, le gouvernement turc continue ses critiques. 

Depuis une semaine, le président Erdogan et son entourage traitent les dirigeants européens de nazis, montrant d’ailleurs ainsi à quel point ils sont ignorants de l’histoire du monde. Ils accusent aussi Angela Merkel, la chancelière allemande qui a accueilli des dizaines de milliers de réfugiés sur son territoire, d’abriter des terroristes.

Il y a aussi le chantage. Depuis des mois, la Turquie menace l'Europe: s’il le faut, elle remettra en cause le pacte conclu avec l'Union européenne, un pacte selon lequel elle s’est engagée à garder sur son territoire les migrants qui fuient la guerre en Syrie, moyennant une aide financière.

Des conséquences à plus long terme 

Cette politique de la tension ne sera sans doute pas sans conséquences. Erdogan qui réclame des excuses, Erdogan qui insulte et qui menace, Erdogan qui se pose en victime et qui attise le nationalisme, le président turc est comme emporté par sa colère. Il n'a peut-être pas mesuré les conséquences de ses actes en dehors de la Turquie.

Les plus optimistes disent que cette affaire va renforcer le gouvernement actuel aux Pays-Bas et que c’est tant mieux face au danger que représente la progression de l’extrême droite. Et ce serait la même chose en Allemagne.

Mais qui peut mesurer les conséquences à plus long terme de la stratégie de la tension voulue par Erdogan. Il pense que provoquer la colère des turcs lui permettra peut-être de gagner le référendum. Mais ces images de centaines de manifestants turcs galvanisés par les propos belliqueux de leur président et qui se sont opposés violemment aux forces de l’ordre n'auront peut être pas uniquement l'effet espéré par Erdogan. L’extrême droite se renforce partout en Europe et le président turc est peut-être en train de l’aider à s’implanter encore davantage.

 

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