« On est tous des Gaulois, non ? »

Vendredi 28 mai 2010

Comme les autres savent toujours bien, ce qu’eux, les Flamands de Bruxelles, veulent. Mais est-ce qu’ils peuvent s’exprimer pour eux-mêmes, aussi ? Une soirée avec les Flamands de Bruxelles entre une chope et une pinte.
(Article paru dans De Standaard du vendredi  28 mai 2010)

‘Vous savez ce qui m’agace profondément ?‘ dit Johan (32 ans). ‘Que les gens qui décident de l’avenir de Bruxelles, ce sont les gens qui se font conduire à la rue de la Loi dans leur belle voiture avec chauffeur, et se font ramener le soir dans leur village dans la même belle voiture. Qu’est-ce qu’ils savent de ce qui nous préoccupe ?

Pas BHV en tout cas, disent Johan et ses amis. Ils sont à Roskam, un café ‘flamand’ de Bruxelles, mais ça, on peut leur prendre : ils se sentent Bruxellois, même si Damien (30 ans) vient de Knokke, si Yannik (31 ans) a des parents wallons et Bart (34 ans) est né et a grandi à Halle. ‘Mon père est un vrai flamingand : chez nous, on a toujours eu un lion flamand au-dessus de la cheminée. Imaginez ce que mon père a pensé quand mon frère et moi avons tous les deux ramené une francophone à la maison’ (il rit). 

Néerlandais ou français : tous les quatre passent de l’un à l’autre pendant la discussion – le bilinguisme n’est pas un problème, c’est une évidence. ‘Vous croyez qu’on se préoccupe de la langue ou de l’identité à Bruxelles ? Dit Bart. Il n’y a que des minorités ici, on y parle plus de trente langues. Même mes amis flamingants de Halle utilisent sans arrêt des mots comme “putain”, et “quoi” (en français dans le texte, ndt). Et pourtant ils continuent de s’accrocher de toutes leurs forces à cette frontière linguistique’

C’est dommage, disent Ina (36 ans) et Ulrike (35 ans), deux vraies ‘Flamandes de banlieue’ : ‘le bilinguisme est une telle richesse, et pourtant on le gère si mal’.

‘Voyez mon jeune fils’, dit Ina, qui habite à Grimbergen. ‘A Vilvoorde, où il va à l’école, on n’a le droit de parler que néerlandais dans la cour de récréation. Alors qu’il pourrait aussi bien apprendre un peu de français grâce à ses camarades francophones’.

Et la progression des francophones, que craignent tant de Flamands ? Ulrike ne peut qu’en rire : ‘J’habite à Meise et je ne me sens absolument pas menacée. Et alors quoi, s’il arrive davantage de francophones. BHV, ce sont des fadaises’.

‘Je peux comprendre les inquiétudes à BHV’, dit Hans (28 ans), un jeune régisseur. ‘Les Flamands sont des paysans, nous sommes attachés à notre terre. Mais au lieu de chercher des compromis, certains partis s’acharnent à jeter de l’huile sur le feu. Et c’est Bruxelles qui en paie le prix : aucun homme politique n’en a quoi que ce soit à faire de Bruxelles’.

Ne serait-ce que la manière dont la ville est gérée, trouve Hans, avec dix-neuf communes et zones politiques. ‘Un jour, ma voiture a été coupée en deux à la gare du Midi : le premier morceau se trouvait sur le territoire d’Anderlecht, l’autre sur celui de Bruxelles-ville. Et la police qui se disputait pour savoir de quelle zone était compétente’.

Alors Hans, après dix ans passés à Bruxelles, va vivre à Anvers. ‘Bruxelles est une jungle : il y pousse des plantes magnifiques, mais il y a aussi plein de mauvaises herbes, et il n’y a personne pour les enlever. Essayez d’élever vos enfants ici’.

Il est surpris par la colère dans sa voix – ‘ça alors, qu’est-ce que je suis en colère !‘ – mais quand Bart apparaît soudain à sa table, il retrouve le sourire. Bart lui demande s’il veut être sur la photo, avec le drapeau flamand –  ‘on est tous des Gaulois, quoi’, (en français dans le texte, ndt) mais Hans préfère rester assis.

‘C’est pour une bonne cause, non ?‘ dit Liesbeth (44 ans), qui elle, va sur la photo. Elle aussi est agacée par ‘tous ces Flamands qui savent si bien ce qu’on veut à Bruxelles’. ‘La semaine dernière, pendant la Zinneke Parade, j’ai entendu un homme dire à ses enfants : “regarde, ça c’est Bruxelles au top”. Alors j’ai pensé : “allez, monsieur, Bruxelles est tous les jours au top‘.

Cela fait déjà quinze ans que Liesbeth habite la capitale, et elle se sent bien plus Bruxelloise que Flamande. Son collègue Yannick (28 ans) est tout en même temps, dit-il : Flamand – il vient de Flandre occidentale – Bruxellois et Belge. Et oui, il trouve qu’il devrait y avoir une réforme de l’Etat. ‘Mais alors une réforme qui rend certaines compétences fédérales, comme le tourisme et l’environnement. Je trouve que notre pays doit simplement être mieux gouverné, et c’est valable aussi pour Bruxelles’.

Il n’attend pas de miracle de la N-VA, mais il est convaincu qu’une solution existe. ‘Ces élections sont la fête de la démocratie. Beaucoup de gens pensent que ça ne changera rien, mais si aujourd’hui on n’est pas d’accord, on peut faire entendre notre voix. En votant pour le sp.a ou Groen! par exemple, qui n’étaient pas dans le gouvernement fédéral’.

Ou pour le PVDA+ (PTB+,ndlr), dit Yannik. ‘On doit être cohérent dans la vie. Le PVDA+ est le seul parti qui ne se soit pas encore divisé en une aile flamande et une aile wallonne. Pour qui d’autre pourrais-je voter, sinon ?‘.

 Griet Plets, rédactrice en chef

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